Le coût du service de la dette : un élément du risque de taux des entreprises
La remontée des taux d’intérêt entraîne une hausse des coûts de financement des agents économiques. Ce billet étudie l’évolution des coûts de financement des sociétés non-financières européennes (ci-après « entreprises »), c’est-à-dire des intérêts qu’elles paient sur les crédits qu’elles ont contractés et sur les titres de dette qu’elles ont émis. L’existence de bases de données détaillées sur ces produits de dette permet d’effectuer une analyse complète de l’évolution des charges d’intérêts. Celles-ci ne représentent néanmoins que l’effet négatif d’une hausse des taux sur les entreprises : les taux élevés ont également un effet positif en augmentant les intérêts qu’elles perçoivent, en particulier sur leur trésorerie.
La charge d’intérêt payée par les entreprises résulte du produit de deux quantités financières : montant de dette en euros et taux d’intérêt moyen. Ce billet s’intéresse à l’évolution du taux moyen, sur lequel une certaine homogénéité est attendue au sein d’une zone monétaire.
À l’inverse du taux d’intérêt sur les nouveaux emprunts, qui réagit directement aux variations de l’environnement de taux, le taux moyen sur le stock de dette évolue d’une façon complexe combinant deux effets : un effet direct pour les emprunts à taux variable et un effet progressif pour les emprunts à taux fixe. Les intérêts d’un emprunt à taux variable sont périodiquement réajustés sur un taux de référence représentant le loyer de l’argent en vigueur ; ils reflètent donc immédiatement les hausses de taux. À l’inverse, les emprunts contractés à taux fixe avant la hausse restent peu onéreux jusqu’à leur échéance, mais à mesure que ces prêts sont remboursés et que de nouveaux emprunts sont contractés à des taux plus élevés, le taux moyen versé sur l’ensemble de la dette augmente progressivement. Ce mécanisme de substitution produit ses effets à une vitesse qui dépend du rythme de remboursement des encours à taux fixe.
Ainsi, la proportion de dette à taux variable et le calendrier de remboursement des emprunts à taux fixe structurent l’évolution du coût total de la dette lors de mouvements de taux d’intérêt. Pour comprendre l’effet sur les coûts des entreprises de la hausse des taux initiée en zone euro en 2022, il faut donc s’intéresser à la structure de leur dette au début de cette hausse.
Des données détaillées couvrent une partie de la dette des entreprises
L’Eurosystème dispose de bases de données détaillées qui fournissent tous les mois des informations précises sur chaque prêt bancaire souscrit et chaque titre de dette émis par des entreprises, et en particulier leur type de taux (fixe ou variable), leur échéance et leur mode d’amortissement.
Ces bases ne couvrent qu’une partie du montant du passif portant intérêt des entreprises tel qu’il peut être suivi à partir des comptes sectoriels établis par la comptabilité nationale. Ces comptes détaillent le passif au sens large : titres de dette, crédits — y compris prêts entre entreprises — et dettes commerciales. Pour l’étude du risque de taux des entreprises, on peut se limiter aux titres et aux crédits consolidés, c’est-à-dire excluant les prêts entre sociétés non financières du même pays ; cependant, même par rapport à ce champ restreint, la couverture des bases détaillées n’est que partielle, cf. graphique 2. Les raisons de ces écarts sont discutées dans un encadré du Bulletin de la Banque de France (décembre 2022) sur la structure de dette des entreprises. En particulier, les bases détaillées ne collectent que les prêts octroyés par les banques de la zone euro. Ainsi, si 50% des montants mesurés par la comptabilité nationale sont retrouvés dans les données détaillées au niveau de la zone euro, cette proportion varie de 71% dans le cas de l’Autriche à seulement 11% dans le cas de l’Irlande. La partie non couverte est exclue des analyses de ce billet, faute d’informations sur les taux qui s’y appliquent.