Le Réseau pour le verdissement du système financier (NGFS) est un groupe de banques centrales et superviseurs dont l'objectif est de contribuer à la prise en compte des risques financiers liés au climat et à l'environnement, et de soutenir la transition vers une économie durable.
Les scénarios du NGFS modélisent les systèmes énergétiques, économiques et climatiques pour représenter des futurs plausibles. Ils sont classés en quatre catégories : les scénarios de transition ordonnée, où celle-ci commence immédiatement et progresse graduellement ; les scénarios de transition désordonnée, où le risque de transition est plus élevé car celle-ci est retardée ; les scénarios « hot-house world », qui sont sans transition et avec un risque physique élevé ; et les scénarios « too little, too late », avec des risques de transition et physiques élevés.
Le NGFS a publié une mise à jour de ses scénarios climatiques en novembre 2023 pour inclure : (i) les impacts de la guerre en Ukraine et les nouvelles politiques climatiques annoncées (ii) un usage plus restreint des technologies de capture de carbone pour refléter l’incertitude liée à leur déploiement, (iii) une meilleure modélisation des événements climatiques extrêmes. Deux nouveaux scénarios ont été ajoutés : un scénario ordonné de sobriété énergétique qui doit encore être modélisé au niveau macroéconomique, et un scénario de transition sans coordination entre pays qui échoue à limiter les risques physiques.
Prise en compte du retard accumulé mais aussi des nouvelles politiques annoncées
Les émissions provenant des énergies fossiles devraient moins diminuer à court terme qu’anticipé dans les versions précédentes des scénarios. En France, le scénario Politiques actuelles anticipe une baisse de -17% des émissions de CO2 dans les secteurs énergétiques entre 2020 et 2030 (contre de -27% précédemment). Selon le Haut Conseil pour le Climat, les rythmes de baisse doivent presque doubler pour aligner la France avec les objectifs européens du paquet Fit-for-55. La révision de la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), prévue en 2024 devrait en principe prendre en compte ces derniers.
Ce retard initial rendra l’atteinte des objectifs climatiques plus coûteuse, d’où un prix du carbone implicite plus élevé dans les scénarios du NGFS, reflet des efforts de transition supplémentaires nécessaires. Pour la France, dans le scénario Net Zero 2050 (NZ) le prix du carbone passe par 270 EUR en 2030 pour atteindre 910 EUR en 2050 (en prix 2020, cf graphique 1). Les pertes de PIB sont plus importantes à court terme dans le scénario NZ, soit -1,4% en 2025 en France par rapport à un scénario sans aucun risque climatique, car la demande privée chute en réaction aux politiques de tarification carbone plus ambitieuses. Cette baisse de la demande n’est que partiellement compensée par une hausse de l’investissement public et des exportations nettes (cf. graphique 2 droite). Entre 2040 et 2050, la contribution de la consommation redevient positive tandis que les autres composants de la demande concourent pour une baisse permanente du PIB, de -1,4% au total en 2050 par rapport au scénario de référence.
Les engagements de transition des pays ayant également évolué, le scénario des Contributions Déterminées au niveau National (NDCs) devient plus ambitieux, avec un prix du carbone pour la France de 134 EUR en 2030 (en prix 2020), traduction du plan Fit-for-55. Ce scénario ne respecte toutefois pas encore l’Accord de Paris et verrait un réchauffement moyen de 2,4° à horizon 2100. Ici, toutes les composantes du PIB chutent sur quasiment tout l’horizon, de sorte que les pertes de PIB atteignent -2,1% en 2050 (cf graphique 2 gauche).