Afin d’évaluer l’impact quantitatif des goulets d’étranglement au niveau de l’offre, un modèle vectoriel autorégressif (VAR) structurel de type bayésien, incluant les indices relatifs aux DLF ainsi qu’à la production manufacturière, est estimé pour la France. L’identification des chocs dans ce modèle via des restrictions de signe est fondée sur l’hypothèse qu’un choc de demande négatif est associé à une diminution de la production manufacturière ainsi que des délais de livraison – augmentation de l’indice DLF – et qu’un choc d’offre est associé à une baisse de la production et à un allongement des délais de livraison – diminution de l’indice DLF. Cette méthode d’identification est également supposée dans des travaux similaires récemment menés par la BCE au niveau de la zone euro.
Les goulets d’étranglement au niveau de l’offre ont fortement entravé la production manufacturière ces derniers mois
Entre janvier 2020 et décembre 2021, la contribution cumulée des chocs d’offre à l’allongement des délais de livraison s’est élevée à 62 %, contre 36 % en moyenne pour les chocs de demande (graphique 1a). Cette observation contraste fortement avec la période 1999-2019, durant laquelle la contribution cumulée des chocs d’offre était de 26 % seulement. Les résultats pour la France sont comparables aux estimations précédentes de la BCE pour la zone euro, indiquant que l’allongement des délais de livraison durant la pandémie peut être attribué pour les deux tiers environ à des perturbations du côté de l’offre. Enfin, le graphique 1a montre également que, durant le premier confinement au printemps 2020 – qui a entraîné un arrêt partiel de l’activité dans le secteur manufacturier, dans les transports et dans les services en France –, ce sont principalement des chocs d’offre qui ont contribué négativement au PMI de production manufacturière et à l’allongement des délais de livraison.
Le graphique 1b met en évidence que les goulets d’étranglement au niveau de l’offre ont contribué négativement à la production manufacturière, notamment depuis fin 2020. Quantitativement, la contribution cumulée absolue des chocs d’offre a été importante au cours de la pandémie (environ 60 % contre 40 % pour les chocs de demande), notamment par comparaison avec la période pré-pandémie pendant laquelle les chocs de demande étaient les principaux contributeurs aux mouvements du PMI de production manufacturière (71 % contre 26 % pour les chocs d’offre). Dans un contexte de renforcement de la reprise économique, la contribution des chocs de demande au PMI de production manufacturière a été notablement et constamment positive sur 2021. Toutefois, les fortes contributions négatives des chocs d’offre liées à un resserrement encore plus marqué des goulets d’étranglement au niveau de l’offre ont contrebalancé ces contributions positives de la demande à partir de septembre.
Les goulets d’étranglement vont probablement encore affecter la production manufacturière début 2022
Les résultats précédents soulignent le fort impact des goulets d’étranglement au niveau de l’offre sur les délais de livraison et la production manufacturière ces derniers mois. Par conséquent, selon la situation pandémique, leur résorption sera déterminante pour la trajectoire de reprise économique mondiale. Afin d’évaluer la durée potentielle des goulets d’étranglement au niveau de l’offre qui subsistent en France, le graphique 3 présente les prévisions inconditionnelles du modèle VAR bayésien concernant les délais de livraison et le PMI de production manufacturière.