Toutefois, la transmission des mouvements du prix du baril de pétrole brut ne s'arrête pas là : le pétrole rentre dans la production de nombreux biens et services, comme la chimie ou les transports aériens. Il affecte donc indirectement l'inflation hors énergie. Outre les effets directs et indirects, un troisième canal peut affecter l’inflation : celui des effets "de second tour" menant à une hausse des salaires au travers de mécanismes d’indexation (cas du SMIC en France) ou via les négociations salariales, ce qui alimente en retour la hausse des prix. Ce billet se concentre sur les effets directs et indirects des variations du prix du pétrole, hors effets de second tour qui interviennent avec retard.
Comment évaluer l’impact indirect du prix du pétrole sur l’inflation ?
Nous partons pour ce faire de deux idées simples. Premièrement, la France et la zone euro utilisent pour l'essentiel du pétrole importé. Les importations nettes de pétrole représentaient en 2016 l'équivalent de 3200 millions de barils en zone euro et 550 millions en France.
Deuxièmement, la demande de pétrole est très peu sensible à son prix à court terme. Une variation de 10 euros du prix du baril se traduit donc mécaniquement par une hausse proportionnelle de la facture pétrolière, à hauteur de 32 milliards d'euros en zone euro, soit 0,6% des dépenses de consommation des ménages, et 5,5 milliards d'euro en France, soit 0,5% des dépenses de consommation.
Cette hausse correspond ainsi à l'impact total, direct et indirect, sur les prix de la demande finale, avant prise en compte d’éventuels effets de second tour passant par la réaction des salaires à la hausse de l’inflation. En exploitant les tableaux entrée-sortie de la comptabilité nationale, nous estimons des contenus en importations énergétiques des différents postes de la demande. Nous montrons ainsi que la consommation des ménages compte pour environ 60% de l’utilisation finale des importations nettes de pétrole en zone euro comme en France (le reste étant majoritairement incorporé dans la production de biens exportés). À cela s’ajoute le pétrole déjà contenu dans les importations de biens manufacturés qui entrent dans la consommation. En supposant que la structure de production de ces biens est similaire à celle des biens produits en zone euro et en France, nous obtenons un contenu total en pétrole de la consommation égal à 65% de la facture pétrolière en zone euro et à 73% en France. Comme le montre le tableau 1, une hausse de 10 EUR du prix du baril se traduit ainsi par une hausse totale de 0,4 point sur l'IPCH en zone euro, dont 0,3 pt d'effet direct et 0,1 pt d'effet indirect. En France, l'impact total est aussi de 0,4 pt, soit 0,25 pt d'effet direct et 0,15 pt d'effet indirect.