Le rôle de la concurrence dans l’évolution du risque de crédit est ambigu
La concurrence bancaire exerce des effets contradictoires sur le risque de crédit, dont l’importance relative continue de faire débat. D’une part, la croissance de la concurrence bancaire favorise une amélioration de la qualité des portefeuilles de crédits, Elle contribue en effet à une meilleure efficacité opérationnelle et à une meilleure allocation des financements, au travers de la diffusion des meilleures pratiques et méthodes d’analyse du risque. Ces gains d’efficience se traduisent aussi par une amélioration de la collecte d’information par les établissements et réduisent l’incertitude, particulièrement forte en ASS, sur le risque de défaut des emprunteurs. Au total, la concurrence bancaire peut contribuer, à prise de risque constante, à un développement plus rapide des crédits, à un coût moindre.
Mais d’autre part, la concurrence entre banques peut en sens inverse exercer des effets négatifs sur la qualité des portefeuilles de crédit. Elle réduit en effet les marges bénéficiaires (ou les rentes de monopole/oligopole) et incite alors à une prise de risque croissante des banques afin de maintenir leur capacité de faire des profits ("franchise value"). Ces incitations stimulent certes la distribution de crédit mais peuvent avoir comme effet à terme d’augmenter le risque de crédit moyen du portefeuille de crédit.
L’effet net de ces différents canaux de transmission sur le risque de crédit dépendra de l’intensité de la concurrence, ainsi que de l’environnement macroéconomique, réglementaire et prudentiel. Brei et al. (2018) suggèrent que les effets positifs de l’intensification de la concurrence finissent par devenir inférieurs aux effets négatifs qui lui sont associés en ASS (cf. graphique 1). Ce résultat reste valide même si l’on utilise des mesures alternatives du risque de crédit (provisions pour créances douteuse et distance au défaut de la banque – Z-score) ou de la concurrence (en prenant un indicateur de structure de marché par exemple)
Le renforcement des cadres prudentiels apparait crucial pour faire face à la montée des risques
Compte tenu de l’effet potentiellement négatif de la concurrence sur le risque de crédit à partir d’un certain seuil, un développement soutenable des crédits doit aller de pair avec un renforcement des dispositifs microprudentiels en Afrique subsaharienne. Ces dispositifs sont en cours d’harmonisation avec les meilleures pratiques internationales. En 2014, respectivement 43 % et 40 % des pays d’ASS ont mis en place les normes comptables IFRS et des dispositifs prudentiels inspirés de Bâle II/Bâle III (Guérineau et al., 2016).
Une prise en compte des risques spécifiques des systèmes financiers apparait également souhaitable, notamment du fait de l’importance des titres publics dans les portefeuilles bancaires en ASS (20 % du bilan en 2015, Fitchconnect). Une pondération des risques souverains est déjà effective en Zone franc, tant dans les dispositifs microprudentiels que les mécanismes de refinancement des banques auprès de la banque centrale.
Dans la mesure où elle peut notamment favoriser une prise de risque croissante et une remontée du risque de crédit, l’intensification de la concurrence doit aussi aller de pair avec un renforcement graduel du cadre macroprudentiel. L’objectif poursuivi est de promouvoir une plus grande résilience des systèmes bancaires face aux chocs exogènes et de réduire la pro-cyclicité de la distribution du crédit. Là encore, les instruments de politique macro prudentielle peuvent différer des instruments utilisés dans les pays développés (cf. tableau 1).
Les pays en développement, en particulier en ASS, privilégient notamment pour des raisons opérationnelles, le recours aux réserves obligatoires ou, dans certains cas des mesures de rationnement du crédit (cf. Tableau 1). Assigner des objectifs macroprudentiels à ce type d’instruments pourrait cependant affaiblir les canaux de transmission de la politique monétaire, du moins dans les pays où ces canaux sont effectifs ou en devenir. Ils peuvent de surcroit exercer des effets négatifs en termes de profondeur, voire d’inclusion financière. A l’inverse, le recours aux instruments ciblant les débiteurs, qui pourrait limiter ces effets négatifs, gagnerait à être exploré davantage.