Le graphique 2 présente le classement des 250 villes les plus attractives en termes de nombre de projets d’investissements directs étrangers (IDE) reçus sur la période 2003-2014, en tenant compte de la présence d’un métro. Shanghai et Singapour arrivent en tête. Paris arrive en 7e position avec près de 1 500 projets reçus, juste devant New York. Dans l’ensemble, les villes possédant un métro (en bleu) semblent se trouver dans le top du classement en termes de nombre d’IDE reçus, alors que les villes ne possédant pas de métros se trouvent plutôt dans le bas classement, suggérant l’existence d’un lien positif entre métro et attractivité internationale des villes.
Pour l’analyse économétrique, tout l’enjeu consiste à isoler l’effet du métro de tous les autres facteurs susceptibles d’influencer les investissements directs étrangers. En effet, des études réalisées au niveau des pays ou des régions montrent que d’autres déterminants, en particulier économiques, affectent les choix de localisation des entreprises multinationales (Py et Hatem, 2009). Par ailleurs, les autres infrastructures de transport public (aéroports et routes en particulier) peuvent avoir un effet sur la localisation et le dynamisme de l’activité économique (Strauss-Kahn et Vives, 2009 ; Duranton et Turner, 2012).
Dans cette perspective, nous avons collecté pour chaque ville des informations sur: i) leur taille économique (valeur ajoutée, population, capitale), ii) les autres infrastructures de transports (tramways, routes, ports et aéroports), iii) l’organisation de grands évènements (Jeux olympiques, Coupe du monde de football, Exposition universelle). L’analyse empirique, reposant sur les choix de localisation des multinationales dans près de 3 500 villes du monde, est menée en contrôlant pour tous ces facteurs.
Les résultats indiquent que disposer d’un large réseau de métro améliore significativement l’attractivité internationale d’une ville. Ils sont cohérents avec ceux de Mayer et Trévien (2017) selon lesquels le nombre d’entreprises multinationales est plus élevé dans les villes connectées au Réseau Express Régional (RER) en Île de France.
Quels effets attendre du Grand Paris Express ?
Avec un coût total qui pourrait dépasser 35 milliards d’euros selon les dernières estimations de la Société du Grand Paris, le projet du Grand Paris Express suscite des débats. Étant donné l’ampleur des moyens engagés, il est important de s’interroger sur ses effets potentiels.
Le Grand Paris Express prévoit la construction de 68 nouvelles gares et 205 km de nouvelles lignes, soit un doublement de la taille du réseau parisien. Selon nos résultats, toutes choses égales par ailleurs, doubler la taille d’un métro dans une ville attirerait environ 15 % de projets d’investissements directs étrangers supplémentaires.
Paris a attiré 1 310 projets entre 2003 et 2014, soit environ 110 projets par an, générant, d’après les données fDi Markets, en moyenne 52 emplois chacun. Sous l’hypothèse de la réalisation des projets (il s’agit de projets annoncés donc la taille effective peut varier) et de la persistance de ces tendances, la réalisation complète du Grand Paris Express contribuerait à des créations d’emplois directs relativement modestes (de l’ordre d’un millier d’emplois) par les multinationales.
Cependant, cet exercice de chiffrage doit être relativisé. Premièrement, certaines hypothèses retenues pour cet exercice pourraient être remises en causes et entraîner des modifications significatives en termes de créations d’emplois. Deuxièmement, à plus long terme, l’implantation de ces multinationales peut avoir des effets d’entrainement importants sur l’activité économique locale et contribuer par ce biais à stimuler l’emploi.
Troisièmement, au-delà de ses effets sur l’attractivité d’une ville pour les investissements directs étrangers, le développement d’un réseau de métros peut avoir des effets significatifs sur le marché du travail via son impact, notamment, sur le marché du logement (Bono et al., 2017). Ils peuvent aussi contribuer à réduire la pollution (Gendron-Carrier et al. 2018), autant d’éléments qui devraient être intégrés à l’analyse coût bénéfice de tels investissements en infrastructure.