Note : Flux nets trimestriels en investissements de portefeuille (actions et titres de dettes) des résidents de la zone euro, en milliards d’euros. Un nombre positif (négatif) signifie des achats (ventes) net(te)s de titres étrangers par les résidents de la zone euro.
Des fortes ventes de titres étrangers par les résidents de la zone euro lors de la première vague de mars 2020
Le choc de la pandémie en mars 2020 a conduit les résidents de la zone euro à se défaire de leurs placements en titres étrangers, avec des ventes nettes atteignant 134 milliards d’euros au cours du premier trimestre de 2020. Il s’agit du montant de ventes le plus élevé depuis la grande crise financière, caractérisée par 165 milliards d’euros de ventes nettes au troisième trimestre 2008.
Du point de vue géographique, ont fait principalement l’objet de cessions les titres émis au Japon, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ces pays représentent 25%, 18% et 17%, respectivement, des ventes nettes totales au cours du 1er trimestre 2020. Les ventes de titres japonais sont principalement concentrées sur les actions (-25,3 milliards d’euros), alors que celles de titres américains (-24,0 milliards d’euros) touchent plus particulièrement les titres de dette. En comparant les montants vendus aux détentions totales de la zone euro vis-à-vis de ces pays, on trouve que la zone euro a vendu 7% du stock de titres japonais qu’elle détenait, contre 0,6% pour les titres américains.
Le début de la crise du coronavirus a provoqué un rapatriement des fonds par la vente des titres étrangers, en lien avec une préférence pour les titres domestiques ("home bias") généralement observée pendant les crises. En effet, un rapatriement en temps de crise peut être motivé par des avantages informationnels, un meilleur statut relatif des investisseurs domestiques en cas de défaut ou le besoin de réduire les risques venant des taux de change. À cette dynamique s’est ajoutée une forte pression à la vente sur les marchés internationaux de capitaux et une réduction des positions d’investissement avec effet de levier.
La première vague passée, la zone euro investit dans les actions étrangères, notamment américaines
Les interventions des banques centrales ont amené à une abondance de liquidité qui a pu affecter les placements des résidents de la zone euro. Après les ventes au premier trimestre 2020 et avec la reprise des marchés, les investisseurs de la zone euro ont de nouveau investi à l’étranger au cours des deuxième et quatrième trimestres de 2020, établissant de nouveaux records d’achats, respectivement à 383 et 342 milliards d’euros. Sur l’ensemble de 2020, les flux sortants de la zone euro ont été de 685 milliards d’euros, à comparer à 442 milliards en 2019.
L’année 2020 affiche une hausse spectaculaire des investissements des résidents de la zone euro dans les places boursières étrangères. Les achats d’actions non résidentes atteignent, 288 milliards d’euros des achats à l’étranger, ce qui constitue un record. La part des actions dans les flux sortants de la zone euro s’établit ainsi à 42% en 2020, contre une moyenne de 22% entre 2017 et 2019. En part relative du portefeuille titres de la zone euro, le poids des actions étrangères a donc augmenté en 2020. Les résidents de la zone euro ont notamment investi un total de 207 milliards d’euros en actions américaines en 2020 (soit 72% du total), contre seulement 50 milliards en 2019. Ceci s’explique notamment par la rapidité du rebond des marchés américains en 2020 (Carvalho et Schmitz, 2021).