La circulation des billets de 100 EUR présente une évolution atypique : pic en 2021, puis forte baisse de la durée de circulation, sans retour à la tendance haussière de long terme. Cette évolution pourrait s’expliquer par un retour massif de billets de 100 EUR en provenance de l’étranger – potentiellement expliqué par une saturation du marché et report sur les billets de 200 -, combiné à des envois plus faibles. L’exportation nette de billets est en effet en retrait depuis début 2022, cette dernière se mesurant par la différence entre les exportations et les importations de billets
L’approche macroéconomique confirme ces résultats
Une autre approche consiste à comparer les dépenses de consommation des ménages en espèces en valeur au stock de billets en circulation (toutes dénominations confondues). À consommation donnée, une hausse du stock de billets traduit une utilisation moins fréquente des billets à des fins transactionnelles. Cette méthode intègre l’effet des prix et des volumes de consommation : plus ces derniers augmentent, plus la demande de billets à des fins de transaction devrait augmenter. Les écarts à la tendance traduisent des changements d’usage non transactionnels.
L’indicateur macroéconomique (voir graphique 1) formalise cette approche. Il repose sur le logarithme du ratio entre les dépenses de consommation payées en espèces (estimées à partir de l’enquête SPACE de la BCE) et les émissions nettes cumulées de billets. L’indicateur s’interprète en variation et non en niveau.
Les résultats confirment une baisse tendancielle de la vitesse de circulation. En intégrant prix et volume, les tendances pré-Covid se prolongent pour les BMD, avec une discontinuité liée à la Covid limitée. À l’inverse, le 100 EUR suit une tendance exponentielle positive, confirmant une évolution spécifique de son usage.
Réponses opérationnelles de la Banque de France et de la BCE pour améliorer la qualité des billets
Malgré une tendance à la hausse de la thésaurisation et compte tenu du fort usage transactionnel de certaines coupures, la BCE et les BCN de la zone euro ont décidé de vernir les billets de 5, 10 et 20 EUR afin d’améliorer leur résistance. Le billet de 50 EUR n’est pas concerné, bien que sa durée de circulation semble inférieure à celle du 20 EUR : souvent retiré aux DAB, il alimente peu les fonds de caisse, circule moins et revient rapidement aux bornes, limitant son usure. Pour les 100 EUR et 200 EUR, aucune action n’est prévue : la baisse de circulation des 100 EUR observée depuis 2022 pour le reflète surtout un afflux temporaire lié aux importations (cf supra), et l’usage transactionnel du 200 EUR reste très limité en France.
Les billets de 5 EUR, fortement utilisés dans les transactions, posent parfois des difficultés d’approvisionnement pour les commerçants. Souvent conservés en fond de caisse pour le rendu de monnaie, les billets de 5 EUR reviennent peu aux bornes de la filière et sont parfois en mauvais état, malgré leur vernissage. Trois leviers sont envisagés :
- Arrêt du recyclage externe par les transporteurs de fonds et les banques, avec recyclage centralisé par la Banque de France pour permettre le remplacement par des billets neufs (une expérimentation conduite en 2025 s’est révélée concluante) ;
- Fluidification du circuit, via incitation des commerçants à restituer régulièrement ces billets de 5 EUR en échange de billets de même valeur mais de meilleure qualité (une expérimentation est prévue en 2026) ;
- Renforcement de l’approvisionnement des DAB en billets de 5 EUR, encore marginal.