Résilience comparée des entités bancaires appartenant à un conglomérat financier et des autres entités bancaires
Dans un papier de recherche récent (Pouvelle, 2022), nous tentons de mettre en lumière les effets pour une entité de l'appartenance à un conglomérat financier en matière de rentabilité (mesurée par le Rendement des Actifs – ROA), de prise de risque (volatilité du ROA), de risque de défaut (Z-score) et de résilience du financement intragroupe (volatilité de la croissance de ce mode de financement), particulièrement en période d’instabilité financière. À cette fin, nous estimons un modèle en panel, pour chacune de ces quatre variables d’intérêt. Les données, issues de la base prudentielle SURFI, couvrent 114 000 observations sur presque 2 000 banques sur base sociale, avec une fréquence trimestrielle sur la période 1993-2021. Les modèles incluent différentes variables de contrôle macroéconomiques, financières et individuelles bancaires, notamment la taille de l’entité, la densité de risque de ses actifs et la part des prêts au secteur non financier dans son total de bilan. Notre variable d’intérêt est un terme d’interaction entre une variable d’appartenance à un conglomérat financier et les périodes d’instabilité financière, c’est-à-dire que nous créons une nouvelle variable correspondant au produit des deux variables citées. Les périodes d’instabilité financière sont identifiées comme les périodes au cours desquelles l’indice VIX, un indicateur de volatilité financière traduisant l’aversion pour le risque des investisseurs internationaux, dépasse le 75ème percentile de sa distribution (valeur de 23,2).
Il convient de noter que les entités bancaires appartenant à un conglomérat financier représentent en agrégé une part prépondérante du secteur bancaire français, avec une part de 77% du total d’actifs bancaires, ce qui souligne la concentration du secteur bancaire français. En revanche, les banques n’appartenant pas à un conglomérat sont plus nombreuses : 380 contre 300 à la dernière date d’observation.
Nos résultats indiquent tout d’abord que l’appartenance à un conglomérat financier a un effet stabilisateur du point de vue de l’entité bancaire sur la volatilité du Rendement des Actifs (ROA), mesurée comme l’écart-type du ratio Résultat net annualisé sur total d’actifs sur une fenêtre glissante de 3 ans. L’effet est similaire sur la croissance du financement intragroupe. Cet effet est même plus fort lors des périodes de stress financier. Par ailleurs, l’appartenance à un conglomérat financier réduit le risque de défaut des banques, car elle a un effet positif sur leur Z-score, construit comme le ratio de la somme du ROA et du ratio de levier moyens, divisée par l’écart-type du ROA, calculés sur une fenêtre glissante de 3 ans. (cf. graphique 1). En revanche, en ce qui concerne l’effet sur la rentabilité de la banque, le fait d’appartenir à un conglomérat financier n’influe pas sur le niveau du ROA. Au total, ces résultats semblent invalider l'hypothèse d'aléa moral, c’est-à-dire de comportement moins prudent ou de prise de risque excessive, associée à l'appartenance à un conglomérat financier. Ils illustrent plutôt les bénéfices en termes de diversification des risques au niveau du groupe en période de stress sur les marchés, sans mettre en évidence de risques accrus pour la stabilité financière.
Implications prudentielles
Les relations financières croisées, les risques de concentration et les interactions entre entités bancaires et entités d’assurance dans le cadre congloméral militent pour une collaboration étroite entre superviseurs sectoriels (bancaires, assurance et marché financiers), ce qui souligne l’intérêt de l’existence d’un superviseur intégré couvrant plusieurs secteurs, tel que l’ACPR en France. Si les avantages pour la partie bancaire de son appartenance à un conglomérat financier semblent nets, la gestion de l’entité d’assurance doit répondre à sa mission première, qui est de servir les intérêts des assurés. A l’inverse, les actionnaires doivent pouvoir apporter un soutien à leur filiale en cas de problèmes sur les fonds propres de celle-ci.