Les Negotiable EUropean Commercial Paper (NEU CP – maturités inférieures à un an) désignent les titres de créances négociables de maturité inférieure à un an émis sur le marché français. Le marché comporte aussi un segment de titres de maturité supérieure à un an, les Negotiable EUropean Medium Term Note (NEU MTN). Crée en 1985 et profondément réformé en 2016 pour accroître son ouverture internationale, il constitue le plus important marché de dette à court terme au sein de l’Union européenne avec des encours en circulation d’environ 320 milliards d’euros à date (360 milliards d’euros en intégrant les NEU MTN). Ces encours ont connu une progression près de 25% entre janvier 2022 et juillet 2024 (contre +11% pour l’encours total de titres de court terme émis par l’ensemble des résidents de l’Union européenne). À titre de comparaison, selon CMDportal (un fournisseur de données privé), les encours de titres de dette de court terme sur les marchés allemands et belges seraient de l’ordre de, respectivement, 100 milliards d’euros (à fin mars 2024) et 50 milliards d’euros (à fin mai 2024).
Un marché clé pour le financement de l’économie et la transmission de la politique monétaire
Le marché des NEU CP constitue un outil de diversification des ressources empruntées par les acteurs de l’économie pour financer leurs activités : tant du point de vue des maturités utilisées (les emprunts de court terme complétant la dette de long terme), que de celui des canaux de financement (emprunts effectués directement sur le marché, à côté des financements intermédiés). Les NEU CP jouent ainsi un rôle clé dans la gestion actif-passif des émetteurs, qui sont des établissements financiers, des entreprises non financières, des entités publiques, ou des organismes de titrisation (graphique 1). Ces émetteurs sont localisés en France et également, au sein et en dehors de l’Union européenne (pour environ 15% du total).
S’agissant des entreprises non financières françaises, les encours de titres NEU CP et NEU MTN représentent un montant d’environ 60 milliards d’euros soit un peu moins de 10% du total de la dette qu’elles lèvent sur les marchés (voir Banque de France). Les investisseurs les plus actifs (les fonds monétaires) étant en général à la recherche de transactions de montants élevés, le marché a la capacité d’absorber d’importants besoins de trésorerie émanant des émetteurs. Par ailleurs, il offre une grande souplesse s’agissant tant de la maturité des titres que du type de taux d’intérêt proposé aux investisseurs ou encore de la devise d’émission, permettant aux émissions d’être ajustées au gré des besoins de l’émetteur et des conditions de marché.
En raison du rôle qu’il joue en matière de financement de court terme des banques et des entreprises, le marché des NEU CP appelle une vigilance particulière des autorités monétaires sous le double rapport de la stabilité financière et de transmission de la politique monétaire. Par exemple, en mars 2020 lors de la crise du COVID, l’Eurosystème est intervenu en réponse à un assèchement de la liquidité de marché et au renchérissement des primes de risque, diagnostiqués notamment grâce aux données fines collectées quotidiennement par la Banque de France dans le cadre de sa mission de surveillance du marché NEU CP. L’intervention a consisté à acheter des titres de court terme émis par les entreprises dans le cadre d’une décision du Conseil des gouverneurs de la BCE d’étendre le périmètre du Corporate Sector Purchase Programme (voir de Guindos et Schnabel, 2020). Indépendamment de ce type de mesures, ponctuel et ciblé, le marché des NEU CP est reconnu par l’Eurosystème dans le cadre permanent de sa politique de collatéral : les titres émis, dès lors qu’ils respectent l’ensemble des critères d’éligibilité (notamment en termes de qualité de crédit), sont ainsi directement acceptés comme garanties aux opérations de refinancement.
Sur la période récente, marquée par la normalisation de la politique monétaire de la BCE, le marché des NEU CP, en tant que segment du marché monétaire, a contribué à assurer la transmission à l’économie de la remontée des taux directeurs (hausse 450 points de base entre juillet 2022 et septembre 2023) (voir graphique 2).