Note : Les calculs ont été effectués sur l’ensemble des obligations y compris celles détenues au travers de fonds d’investissement.
En 2022, l’indice des prix à la consommation harmonisée a augmenté de 5,9% sur un an, avec une accumulation régulière de hausses sur l’ensemble de l’année, alors que depuis 1997, l'inflation en France n’a été supérieure à 2% que ponctuellement et de manière très modérée. Selon les prévisions de la Banque de France, l'inflation reviendrait vers 2% d’ici fin 2024-2025.
Les assurances de dommages sont plus particulièrement exposées à l'inflation
Comme souvent en assurance, il faut s’attendre à des impacts très différents entre les catégories d’assurance (épargne/retraite, assurance de personnes, assurance de responsabilité, incendies, accidents et risques divers...). En assurance vie, il n’y a pas en général d’indexation des rentes et capitaux sur l'inflation. En assurance de dommages et de responsabilité, les événements sous-jacents à l'inflation actuelle ont accru une tension déjà présente sur certains postes de dépenses depuis plusieurs années : rupture des chaines d’approvisionnement et de production, indisponibilité de certaines pièces de réparation, raréfaction des matériaux (métaux, bois, ...), hausse du coût de la main d'œuvre et des frais d'expertise. Une forte hétérogénéité est cependant observée dans l’évolution des éléments constitutifs des coûts des sinistres (matériaux de construction, pièces automobiles, frais de santé...). Il est par conséquent difficile de dresser un tableau général de la situation.
À cette dérive des coûts des sinistres, s’ajoute parfois une hausse du nombre des sinistres, notamment en matière de sinistralité climatique, comme en 2022. Les actions menées pour réduire le coût des sinistres (prévention, recyclage des pièces détachées, tarifs réglementés ou négociés auprès de réseaux de professionnels...) et maîtriser les frais (que ce soit par des solutions internes ou externes) seront donc déterminantes pour permettre aux assureurs non-vie de limiter les hausses de primes à venir.
L’impact pourrait être plus marqué sur les « branches longues »
Le risque de désajustement entre une prime calculée sur la base d’anticipations d’inflation insuffisantes par rapport à l’évolution réelle des coûts des sinistres est d’autant plus sensible que les cadences de règlement s’échelonnent dans le temps. En effet, à niveau d'inflation donné, l’effet sur le coût moyen des sinistres est amplifié pour les contrats qui donnent lieu à un règlement plusieurs années après la souscription de celui-ci. L'inflation est donc avant tout un défi pour les assureurs non-vie exerçant dans les branches à garanties longues pour lesquelles l’inflation peut peser sur plusieurs années sur des primes ne pouvant pas être révisées et ajustées.
Le ratio comparant le montant des provisions techniques constituées pour pourvoir au règlement de tous les sinistres survenus et non payés (les provisions pour sinistre à payer - PSAP) au montant des primes perçues chaque année est un indicateur de la longueur des engagements pris par les assureurs (Graphique 2). Il fait apparaître que les assurances de responsabilité ont les durées de règlement les plus longues. Il s’agit en particulier des assurances de responsabilité décennale en construction, des garanties responsabilité civile automobile et des couvertures en responsabilité civile pour les professionnels (RC générale ou professionnelle).