La Chine bénéficie d’une décote sur les prix du pétrole importé de Russie et de Malaisie
Si la guerre a entraîné une hausse importante de l’ensemble des prix de l’énergie dès la fin février 2022, le cours du pétrole russe a presque immédiatement été affecté à la baisse par rapport aux prix de référence internationaux comme le Brent. En effet, la réticence des acteurs du marché à acheter du pétrole russe, conjuguée aux sanctions annoncées puis progressivement mises en œuvre par les pays de l’UE et du G7, a entraîné une décote significative sur le prix du brut russe. L’écart de prix engendré semble avoir bénéficié à la Chine via ses importations de pétrole en provenance de Russie, et probablement par ricochet, de Malaisie. Les sanctions mentionnées incluent : d’une part, la politique de plafonnement du prix (« price cap »), visant à interdire à toute entreprise occidentale le transport – et l’assurance de ce transport - de pétrole russe si ce dernier a été facturé plus cher qu’un certain seuil (fixé à 60$/baril pour le brut) ; d’autre part, un embargo qui vise à interdire la quasi-totalité des importations par l’UE de pétrole en provenance de Russie.
Pour le pétrole importé de Russie en Chine, la décote s’est matérialisée dès le mois d’avril 2022 et a atteint un pic en juillet (-19% par rapport aux autres fournisseurs). Le prix a ponctuellement convergé avec celui du baril de Brent (de l’ordre de 80$/baril) en décembre 2022, mois où l’embargo et le « price cap » ont commencé à être appliqués, mais il s’en écarte de nouveau en 2023. Passant de 73$/baril en janvier à 67$/baril en juin, le prix du pétrole russe importé par la Chine reste à un niveau supérieur au price cap (60$/baril) mais inférieur au prix du Brent (-10% en moyenne sur le semestre). L’écart par rapport au prix moyen appliqué par les autres fournisseurs s’est par ailleurs accentué en 2023 (-12,7% au premier semestre 2023 contre -10,4% en 2022). Pour le pétrole importé de Malaisie, la décote existant avant la guerre en Ukraine ( -7% en 2021) s’est accentuée à partir d’avril pour s’établir en moyenne à -18,9% en 2022 et à -17,6% en 2023.
Ces décotes observées depuis 2022 par rapport au prix moyen des importations hors celles provenant de Russie et Malaisie, auraient permis une baisse de la facture énergétique chinoise de 6,6Md$ en 2022 et de 4Md$ au premier semestre 2023 sur le pétrole importé de Russie et de 4,9Md€$ en 2022 et 2,7Md$ en 2023 sur le pétrole importé de Malaisie. La Chine aurait ainsi économisé 18Md€ sur 18 mois (de l’ordre de 3,5% du total de la valeur des importations de pétrole brut).
Des importations de gaz naturel liquéfié reconfigurées, mais sans offrir d’opportunités similaires
Pour le gaz naturel liquéfié (GNL), les enjeux sont moins importants car les importations chinoises de GNL en 2022 ont représenté l’équivalent de 12% de la facture d’importations pétrolières de la Chine en valeur. Sur ce marché, l’importante hausse de la demande européenne, face aux besoins de substitution du gaz en provenance de Russie, a entraîné des tensions sur les prix. En l’absence de sanctions vis-à-vis des exportions russes de GNL, la Chine n’a pas pu bénéficier de décotes similaires à celles observées sur les exportations russes de pétrole brut. La Chine a certes renforcé ses importations de GNL en provenance de Russie (+42% en volume sur l’année), au détriment principalement de l’Australie, mais la Russie reste un fournisseur toujours minoritaire pour la Chine (graphique 3). La part de l’Australie a diminué de 5,7pp en deux ans, pour s’établir à 33,8% du volume des importations chinoises en juin 2023, et celle des États-Unis, qui avait sensiblement augmenté entre 2017 et 2021 pour atteindre 11,4% en 2021, est finalement retombée à moins de 3% en 2023. A contrario, les parts du Qatar et de la Russie dans les importations totales en volume ont augmenté respectivement de +13,3pp et +5,9pp en 18 mois.