La mesure dans laquelle la numérisation accroît les inégalités économiques fait l’objet d’un débat animé. De nombreux éléments apparus au cours de la dernière décennie montrent que la numérisation alimente les inégalités de revenus : une technologie numérique employée par des travailleurs hautement qualifiés peut remplacer un travail répétitif peu qualifié. Toutefois, pour une analyse du bien-être, il ne faut pas considérer uniquement le revenu, mais la consommation et l’emploi dans leur ensemble. Ce billet avance qu’il existe un autre effet important de la numérisation sur la consommation. Il s’agit d’un effet prix relatif qui modifie le caractère abordable des paniers de consommation des différents déciles de revenus.
À l’aide de données américaines, nous montrons que plus un ménage est aisé, plus la part de la technologie numérique dans le panier de consommation global est élevée. Notre approche consiste à mesurer le contenu numérique de tous les biens et services de consommation en analysant la quantité de capital numérique utilisée dans le processus de production. Ainsi, chaque catégorie de consommation a une certaine part numérique – une part élevée indique qu’elle est issue d’un secteur utilisant une grande quantité de capital numérique, ou qu’elle inclut des intrants provenant de secteurs à forte intensité numérique. À partir des informations tirées de l’enquête sur les dépenses de consommation, nous pouvons alors calculer la part des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les paniers de consommation le long de la distribution des revenus (cf. graphique 1). Plus un ménage est aisé (plus le décile de revenus est important sur l’axe des abscisses), plus l’intensité en TIC du panier de consommation est élevée. Les ménages aisés consomment davantage de biens et services qui recourent à la technologie numérique au cours du processus de production. Il existe une différence significative entre les 40 % les plus pauvres et le reste de la population. La courbe de l’intensité en TIC s’aplatit pour les riches et la classe moyenne (les 60 % supérieurs). Par exemple, au cours de la dernière période d’observation, les 20 % les plus pauvres ont une intensité moyenne en TIC de 15 %, tandis qu’elle est de 17 % pour les 50 % les plus riches, soit deux points de pourcentage de plus. Ensuite, nous analysons quelles sont les catégories à l’origine de ces différences ; nous démontrons alors que ces différences peuvent avoir des implications significatives sur le bien-être.
Les déterminants des inégalités de consommation
Quelles sont les catégories de consommation qui déterminent la différence entre les ménages les plus pauvres et le reste de la population ? Avec notre nouvel ensemble de données, nous pouvons approfondir cette question. Le graphique 2 présente l’intensité en TIC de toutes les catégories de consommation. La taille du cercle pour chaque catégorie indique son importance en termes de parts des dépenses pour le ménage médian. L’axe des abscisses présente le ratio logarithmique pour chaque catégorie pour les 10 % supérieurs par rapport aux 10 % inférieurs. Cela signifie que plus on se dirige vers la droite du graphique, plus une catégorie est importante pour les ménages aisés en termes relatifs. Plus à gauche, on trouve les biens et services auxquels les ménages pauvres consacrent une part plus importante de leurs dépenses.