Note : les lignes correspondent à la moyenne nationale ; les aires correspondent à l’interquartile de la distribution par département pour 39 départements pour les bureaux et 64 pour le résidentiel, disponibles depuis 1998. Sources : MSCI, indice des notaires, OCDE.
Des cycles de prix fortement corrélés
Les biens immobiliers se répartissent en deux catégories : les logements ("immobilier résidentiel") et les locaux destinés à un usage professionnel ("immobilier professionnel"). Les modèles économiques standards (Roback 1982) prédisent une évolution similaire des prix des différents biens immobiliers sur le long-terme. En effet, la formation des prix répond à des fondamentaux macroéconomiques communs. De plus, les deux secteurs partagent une composante commune avec le prix du foncier et des mécanismes d’arbitrage empêchent une divergence durable : la possibilité, dans l’ancien, de transformer des logements en locaux professionnels (ou inversement), et la concurrence sur les terrains constructibles pour le neuf. Kishor (2019) décompose ainsi l’évolution des prix des deux marchés entre facteurs communs et effets de contagion.
De fait, la corrélation entre les prix de l’immobilier résidentiel et professionnel parmi les 64 départements de notre panel est de 60% en France, et les cycles de prix sont assez synchrones pour tous les segments (bureaux, commerce, locaux industriels). En particulier, les séries longues de prix des bureaux et de logements montrent que les épisodes de correction des années 1990 et de 2008 ont touché simultanément ces deux secteurs (graphique 1). Cette corrélation des variations de prix s’accompagne d’une stabilité du prix relatif des bureaux et des locaux industriels (ratio des prix au m² par rapport au résidentiel), mais d’un déclin du prix relatif des commerces, reflétant des évolutions structurelles comme l’essor du commerce en ligne. Enfin, cette forte corrélation n’est pas propre à la France : Gyourko (2009) identifiait déjà "plus de similarités que de différences" entre ces marchés aux États-Unis, affichant une corrélation de 40%.
Dans l’ancien, les changements d’affectation des biens subissent des contraintes réglementaires
La possibilité de modifier l’affectation d’un bien est une source de convergence des prix. Cet effet est théoriquement plus fort dans les zones où l’offre est plus contrainte, car le prix du foncier représentera une composante plus importante des prix et les transformations de biens pourront être plus attractives. Toutefois, des contraintes réglementaires limitent la substituabilité des usages des biens. Davis Huang et Sapci (2020) montrent que ces différences réglementaires expliqueraient jusqu’à 20% des différences de corrélation des prix entre villes aux États-Unis.
En France, un projet de transformation d’un logement en local professionnel (ou inversement) requiert une demande administrative de changement de destination et peut engager des coûts importants d’aménagement des espaces.
À l’exception de Paris, où la tension sur l’offre est la plus forte, la part des changements de destination dans les demandes de permis de construire est surtout élevée dans les zones peu denses (Graphique 2). De manière intéressante, ce constat était déjà souligné par une note administrative de 2006 portant sur la période 1990-2005, à une époque où la surproduction de locaux professionnels avait pu encourager la transformation de ces locaux en logements (Nappi-Choulet 2013) dans les territoires les moins dynamiques économiquement.
L’analyse des changements d’affectation révèle aussi une asymétrie attendue entre les transformations de locaux professionnels en logements (2,1 % des dépôts de permis de construire entre 2017 et 2019), et les opérations inverses (0,9%). Le code de la construction encadre plus strictement ces dernières, en exigeant notamment une demande de changement d’usage dans les zones les plus tendues.