Évaluation des risques du système financier français

Évaluation des risques du système financier français - Décembre 2022

20 Décembre 2022

L’environnement macroéconomique et financier demeure très incertain, même si la probabilité des scénarios les plus pessimistes a diminué depuis l’été. L’économie mondiale reste soumise à de nombreux chocs de grande ampleur, qui dégradent les perspectives de croissance économique, et maintiennent l’inflation à un niveau toujours trop élevé. Conjugué à la hausse rapide des taux d’intérêt, cet environnement est de nature à amplifier les sources préexistantes de vulnérabilités, en lien plus particulièrement avec la volatilité de marché et les fragilités de certains acteurs de l’intermédiation financière non bancaire moins régulée. Les ajustements ont été jusqu’à présent ordonnés et la capacité des principaux acteurs financiers et non financiers à absorber des chocs reste élevée. Ce contexte d’incertitude, propice à des chocs d’ampleur qui pourraient conduire à des ajustements désordonnés, nécessite que les autorités micro et macro-prudentielles, ainsi que les acteurs financiers, exercent une stricte vigilance pour préserver cette résilience.

Les sources de vulnérabilités pour le système financier demeurent fortes et s’accroissent pour certaines d’entre elles.


Le système financier est exposé à une forte volatilité. Les marchés financiers, actions et taux notamment, sont caractérisés depuis juin par une forte volatilité et une moindre liquidité, en réaction à la remontée rapide des taux d’intérêt. Des tensions localisées sont apparues à plusieurs reprises, notamment sous l’effet de stress de liquidité chez certains acteurs moins régulés. L’envolée des prix du gaz et de l’électricité sur les marchés physiques a provoqué de nouvelles tensions de liquidité sur les marchés dérivés en août 2022. Confrontés à la diminution des approvisionnements de gaz russe, les États européens ont pris des mesures permettant de réduire le risque d’une pénurie pour l’hiver 2022-23 mais le risque persiste et alimente la volatilité sur ce segment de marché.


Les vulnérabilités des acteurs de l’intermédiation non bancaires les moins régulés pourraient conduire à des ajustements désordonnés de marché. Les plus fragiles de ces acteurs, qu’il s’agisse de fonds de pensions, fonds ouverts ou fonds alternatifs, pourraient connaître des besoins de liquidité importants dans un scénario de stress de marché. Les acteurs dont le recours à l’effet de levier est élevé sont particulièrement vulnérables face à des mouvements de marché adverses. La gestion du risque de liquidité par ces entités peut conduire à des comportements procycliques potentiellement déstabilisateurs qui conduiraient à amplifier les mouvements de volatilité sur certains segments de marché. Dans un environnement de marché volatile, les fonds d’investissements français se sont montrés résilients au second semestre 2022. Un chapitre thématique de cette évaluation a pour principale conclusion que le niveau de levier des institutions financières non bancaires françaises reste globalement maîtrisé. Notre système financier pourrait néanmoins être exposé à un risque de contagion, via les marchés financiers, de tensions issues d’institutions financières non bancaires non résidentes, souvent moins encadrées.


Le système financier reste ensuite exposé à l’endettement élevé des acteurs non financiers. Grâce au crédit bancaire, le financement de l’économie réelle est resté abondant au second semestre 2022. Ceci a toutefois conduit au maintien à un niveau élevé de l’encours de dette nette des sociétés non financières françaises au regard des standards européens.


Les ménages et les entreprises non financières sont toutefois protégés de la remontée des taux grâce à une structure d’endettement à taux fixe et à moyen et long terme. Cette structure de dette les place dans une position favorable par rapport aux autres ménages et entreprises européens dans le contexte actuel de remontée des taux d’intérêt.
La capacité de remboursement des entreprises est en outre soutenue par le maintien d’une rentabilité relativement élevée. Le taux de défaillance reste actuellement contenu, même s’il se normalise sur un niveau mensuel équivalent à celui de 2019.

À ce stade, les SNF (sociétés non financières) françaises semblent donc en mesure de faire face à l’environnement macroéconomique d’inflation élevée, de remontée des taux et de ralentissement de la croissance, même si certains secteurs sont davantage fragilisés.
Les entreprises et les ménages français bénéficient en outre d’un crédit bancaire toujours peu coûteux. Les taux d’intérêt des prêts immobiliers et des crédits aux entreprises, s’ils s’inscrivent en hausse, restent en effet inférieurs à ceux des autres marchés européens ou aux taux de financement obligataire pour ce qui concerne les entreprises.
 

Le modèle de distribution du crédit immobilier, assaini grâce au respect des conditions d’octroi définies par la norme du Haut Conseil de stabilité financière, protège également les ménages contre une volatilité du prix de l’immobilier. À cet égard, la progression des prix immobiliers reste toujours supérieure à celle de la période pré-Covid, même si les volumes des transactions diminuent légèrement par rapport au niveau élevé de 2021.

Enfin, les mesures compensatoires des prix de l’énergie, des perspectives macroéconomiques dégradées et la hausse des taux d’intérêt pèsent sur la trajectoire de la dette souveraine. Compte tenu du niveau élevé de l’endettement public français, il est important de prendre en compte dès à présent les facteurs qui permettent à sa trajectoire de rester soutenable pour maintenir la qualité de la signature. Il reste que la dette de l’État français reste attractive pour les investisseurs et les écarts de rendements par rapport aux titres de référence allemands de maturités équivalentes évoluent de façon ordonnée.

Le système financier français (banques et assurances) a des capacités importantes d’absorption des chocs, qui appellent toutefois à la vigilance

Les banques et les assurances françaises conservent une structure de bilan solide et enregistrent des résultats toujours très bien orientés, qui devraient bénéficier à moyen terme de la hausse des taux d’intérêt. Elles sont donc bien positionnées pour faire face à une potentielle remontée du risque de crédit, qui ne s’est pas matérialisée à ce stade. Au cours des prochains trimestres, la marge nette d’intérêt (MNI) des banques devrait en effet profiter d’un impact positif d’une remontée progressive des taux d’intérêt, même si à court terme l’augmentation du coût des dépôts est un peu plus rapide que celle du rendement de l’actif. De façon cohérente avec la résilience des entreprises et des ménages français, les taux des prêts non performants et le coût du risque restent faibles. Le contexte macroéconomique et financier incertain appelle cependant à la vigilance sur les politiques de provisionnement, qui apparaissent à fin septembre 2022 suffisamment conservatrices au sein des grandes banques au regard de la résilience des expositions de crédit.

Pour les organismes d’assurances, les conséquences de la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation sont variables selon les activités. Les assureurs non-vie offrant des garanties à long terme sont plus vulnérables aux effets de l’inflation sur le coût des sinistres. La hausse des taux expose les assureurs vie à un risque de rachats, mais ces derniers sont restés contenus et la collecte positive en 2022. Une remontée progressive des taux permettra aux assureurs de réinvestir dans des actifs plus rémunérateurs à l’échéance de leurs anciens placements.

Au-delà de ce contexte d’incertitude, le système financier fait également face à des risques plus structurels qui se renforcent et appellent à une action à court terme

Les épisodes météorologiques extrêmes de l’été ont mis en évidence les risques accrus d’une transition énergétique désordonnée, susceptible d’augmenter le coût du risque climatique pour le système financier par rapport à une transition rapide et ordonnée. Les stress tests de l’ACPR et de la BCE ont mis en évidence les progrès qui restent à accomplir en matière de gestion de ces risques. D’autres risques environnementaux, qui interagissent avec le risque climatique, sont également susceptibles d’affecter le système financier. Un chapitre thématique revient sur les risques liés au déclin de la nature et à la perte de biodiversité, dont la matérialité financière est désormais reconnue par la communauté des banques centrales et superviseurs.

Enfin, les tensions géopolitiques consécutives à la guerre russe en Ukraine et la numérisation croissante du secteur financier continuent d’exacerber le risque très élevé de cyberattaques. Une vigilance élevée demeure essentielle pour prévenir des attaques de plus en plus sophistiquées. Les réponses règlementaires au niveau européen permettront de mieux suivre et de mieux prévenir ces risques.

En conclusion de cette évaluation, le système financier français continue d’afficher d’importants éléments de résilience qui lui ont permis d’absorber les nombreux chocs récents dans un contexte macroéconomique qui demeure incertain. L’accentuation des risques à court terme appelle néanmoins à la vigilance renforcée de l’ensemble des acteurs du système financier et des autorités.