L’indicateur de stress de marché, développé par la Banque de France dans le cadre de sa mission de suivi des risques et des vulnérabilités financières, répond à une triple exigence : i) donner un signal clair en quasi temps réel de l’apparition de tensions, ii) les mettre en perspective historique, iii) évaluer la normalisation des marchés. Cet indicateur composite est calculé mensuellement à partir de 32 sous-indicateurs.
Il met en exergue des niveaux de tensions sur les marchés internationaux rappelant ceux observés en 2020 lors du pic de la crise liée à l’épidémie de Covid-19. Alors que l’épisode de stress de marché de 2020 était soudain et temporaire, les tensions se sont maintenues à un niveau historiquement élevé sur l’ensemble de l’année 2022.
Une mesure transversale du stress sur les marchés par une méthode statistique d’extraction de signal
L’indicateur composite de stress de marché retrace les évolutions de six catégories de marchés et est décliné par zone géographique, ce qui permet d’identifier les contributions de chaque catégorie et de chaque région au stress global. Il repose sur un faisceau d’indicateurs informatifs sur l’état des tensions provenant notamment d’indicateurs prospectifs basés sur des prix ou des volatilités implicites de produits dérivés qui permettent de suivre les anticipations de marché. À titre d’exemple, les tensions sur les conditions de financement des acteurs non-financiers apparaissent dans la catégorie de marché « Crédit » qui regroupe les informations sur les spreads de contrats d’échange sur le risque de crédit (CDS), les primes de risque de crédit, et la forme de la courbe de primes de risque par notation de crédit. Chaque catégorie est composée de 4 à 8 indicateurs normalisés avec au moins 15 ans d’historique.
La mise en perspective, historique et géographique, permet d’apprécier, suite à un choc, la rapidité et l’ampleur du retour à la normale sur les marchés. Une valeur supérieure/inférieure à 0 indique un niveau de stress supérieur/inférieur à la moyenne historique.
L’indicateur identifie les épisodes de stress de 2008 (niveau exceptionnellement élevé dans l’ensemble des zones géographiques suite à la faillite de Lehman Brothers) et de 2012 (stress plus particulièrement localisé en Europe).
Des tensions de marché alimentées par la volatilité des taux d’intérêt et des prix de l’énergie
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a accru le niveau de tensions sur les marchés de matières premières (cf. Graphique 2), notamment sur les marchés de l’énergie, déjà marqués par une tendance à la hausse des prix et de la volatilité depuis fin 2021, ce qui a entraîné une dégradation de l’environnement macroéconomique global, en accentuant les pressions inflationnistes préexistantes et réduisant les prévisions de croissance. Ce nouveau régime d’inflation à court terme s’est traduit par une accélération de la normalisation des politiques monétaires, facteur déterminant de l’évolution des marchés en 2022. Les marchés de taux souverains ont enregistré de vives tensions à partir de mars 2022 en raison de la volatilité accrue des taux sur l’ensemble de la courbe des rendements, notamment sur la partie courte, dans un contexte d’incertitudes sur le rythme de hausse des taux directeurs des grandes banques centrales. Les marchés actions et de crédit ont également connu d’importantes revalorisations et une hausse de la volatilité, même si ces catégories contribuent plus modestement à l’indicateur global de stress.
Les acteurs financiers et non financiers ont dû faire face à une nette augmentation des appels de marge sur les produits dérivés et les repo liés aux marchés les plus volatils (taux, énergie). Le choc sur les marchés de l’énergie a soumis les intervenants à des besoins accrus de liquidité afin de financer les appels de marge sur leurs positions dérivées. Depuis fin septembre 2022, ces tensions de liquidité ont amplifié le niveau de tensions sur les marchés repo, déjà caractérisés par une rareté du collatéral (cf. Financement de court terme sur le Graphique 2).
Si le système financier s’est montré résilient face à la remontée des tensions de marché, celles-ci ont pu mettre sous pression les acteurs les plus fragiles, en particulier les intermédiaires financiers non bancaires les plus exposés aux risques de levier et de liquidité.