Note : la plus grande part de la dette publique française détenue par l’Eurosystème l’est par la Banque de France, et dans des proportions limitées par la BCE.
Une autre limite possible est le risque de perte pour la banque centrale en cas de dégradation de la solvabilité des émetteurs des titres détenus, ou de celle d’établissements bénéficiant de refinancements bancaires. Ce risque est toutefois très encadré : i) le périmètre des programmes d’achats est restreint à des actifs jugés peu risqués ; ii) en pratique, les titres sont détenus jusqu’à maturité, soustrayant l’Eurosystème aux risques liés aux fluctuations des cours obligataires et iii) les opérations de refinancement sont soumises à une politique de prise de garanties (collatéral). Par ailleurs, une contingence envisageable serait une hausse des taux directeurs qui pourrait réduire les profits, voire occasionner des pertes pour l’Eurosystème en raison de son impact immédiat sur la rémunération des passifs (réserves), tandis que l’Eurosystème porte des actifs longs dont les taux sont fixes (titres détenus jusqu’à leur échéance et refinancements long terme). Pour faire face à ces risques de pertes, les banques centrales constituent des provisions. En dernier ressort, elles pourraient être recapitalisées par les États. Les banques centrales pourraient même en principe temporairement fonctionner avec des fonds propres négatifs, mais en pratique ceci nuirait à leur crédibilité et à leur indépendance risquant de déclencher une perte de confiance dans la monnaie et in fine une inflation non contrôlée (Barthelemy et Penalver (2020)).
Quelles perspectives ?
La taille du bilan de l’Eurosystème devrait durablement demeurer à des niveaux élevés. D’une part, une partie importante des actifs achetés sont des titres de maturité longue, D’autre part, l’Eurosystème a annoncé le réinvestissement des titres arrivés à échéance, au moins jusqu’à la fin 2023 s’agissant du PEPP, et aussi longtemps que nécessaire pour maintenir un degré élevé de soutien monétaire dans le cas de l’APP. À plus long terme cependant, le bilan de l’Eurosystème devrait se stabiliser, puis graduellement décroître lorsque l’inflation sera durablement revenue au voisinage de son objectif. Par ailleurs, une taille de bilan élevée n’empêcherait pas la banque centrale, si elle le jugeait nécessaire, de relever ses taux d’intérêt directeurs : au travers du taux d’intérêt rémunérant les réserves excédentaires des banques commerciales, qui demeure un plancher pour le taux d’intérêt interbancaire malgré l’abondance de liquidités, elle en assurerait la transmission aux taux de marché.
Sans préjuger du niveau moyen du bilan souhaitable à long terme, il reste que les "politiques de bilan" ont trouvé leur place dans la boîte à outils des banques centrales. Si persiste un environnement où les marges de manœuvre à la baisse sur les taux d’intérêt sont limitées, les ajustements de la taille du bilan demeureront un instrument possible dans le futur pour répondre à d’éventuels chocs négatifs sur l’inflation (voir CGFS (Potter et Smets, 2019), ou Bernanke (2020)).