Note : Entre le 9 et le15 mars 2020, moins de 3 000 redressements judiciaires avaient été ouverts en France depuis le début de l’année (3 500 la même semaine en 2019). La zone bleutée représente la période de confinement.
Pendant le confinement, le nombre d’entrées en redressement judiciaire a quasiment été à l’arrêt et a peu progressé par la suite (Figure 1). Cette situation traduit le ralentissement de l’activité des tribunaux de commerce et de grande instance, ainsi que les aménagements réglementaires qui modifient temporairement les dates de déclaration de cessation de paiement.
Avec la hausse de l’endettement des entreprises et dans une conjoncture encore fragile, les ouvertures de procédures de restructuration pourraient retrouver leur rythme antérieur à la crise avec la reprise des déclarations de cessation de paiements. Un droit des faillites efficace sera indispensable pour absorber le flux à venir d’entreprises en difficulté, permettre la restructuration réussie d’un maximum d’entreprises viables et limiter les pertes sur les crédits qu’elles ont contractés.
L’intérêt de la procédure de sauvegarde
Un droit des faillites efficace doit être capable d’identifier les entreprises viables parmi les entreprises en risque d’insolvabilité et leur permettre de restructurer leurs dettes tout en préservant la valeur de leurs actifs. Pour atteindre cet objectif, le régime d’insolvabilité français dispose depuis 2006 de la procédure de sauvegarde.
À la différence du redressement judiciaire, la sauvegarde s’adresse aux entreprises en difficulté en amont de la cessation des paiements. Cette procédure préventive permet d’accroître sensiblement les chances de survie de ces entreprises. Selon Epaulard et Zapha (2019), 62% des entreprises en sauvegarde parviennent à se restructurer contre 27% seulement de celles en redressement judiciaire. Cette étude montre aussi que les bons résultats de la sauvegarde proviennent en partie de sa capacité à protéger l’entreprise de la moins bonne réputation du redressement judiciaire, ce dernier souffrant d’un effet auto-réalisateur : ses faibles taux de restructuration engendrent une défiance qui en réduit les chances de succès.
La procédure de sauvegarde participe ainsi à rendre le régime d’insolvabilité français plus réactif et plus efficace. Il permet à la France de se distinguer en comparaison internationale où les cadres de restructuration préventifs suscitent un intérêt croissant (France Stratégie, 2019). Cela se traduit au sein de l’Union européenne par l’adoption en juin 2019 d’une directive sur les régimes d’insolvabilité qui invite tous les pays Membres à se doter d’une procédure préventive d’ici 2021. Parmi ses nombreuses recommandations, le législateur européen invite notamment à réduire les "durées excessives des procédures en matière de restructuration".
Pour aller plus loin, faut-il accélérer les procédures de restructuration ?
Dans sa Lettre adressée en 2020 au président de la République, le gouverneur de la Banque de France a souhaité que les mesures de soutien public aux entreprises s’accompagnent "[…] d’une accélération et d’une simplification des procédures de restructuration collective et de liquidation […]". En France, les procédures de restructuration durent en moyenne 8 mois (à distinguer des plans de restructuration dont la durée moyenne est de 9 ans).
À l’ouverture de la procédure en sauvegarde comme en redressement judiciaire, l’entreprise entre dans une période d’observation pour une durée de six mois renouvelable deux fois durant laquelle les poursuites judiciaires sont suspendues et la liste des créances de l’entreprise est dressée. À l’issue de cette période, l’entreprise obtient un plan de restructuration ou de cession, ou est liquidée.