La Banque de France

Créée en 1800, la Banque de France s’installa dans un premier temps dans l’église et la maison de l’Oratoire du Louvre. L’arrêt des Consuls du 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800) accorde pour 27 ans, à la Banque, l’église et le couvent qui était occupé par la Conservation générale des hypothèques. Les deux premières assemblées générales (24 et 27 pluviôse an VIII, 13 et 16 février 1800) s’y tinrent. Mais la fusion avec la Caisse des Comptes Courants, permit à la Banque de France de s’installer à l’hôtel Massiac, siège de cette banque rivale situé à côté de la place des Victoires. La Caisse d’amortissement[1] (future caisse des dépôts et consignation) reprit les lieux de l’oratoire[2] pour ne les quitter qu’en 1854 lors de la démolition du cloître avec le percement de la rue de Rivoli[3]. L’oratoire fut donné au culte protestant en 1811.

Le second siège de la Banque de France correspond à un groupe d’immeubles constitués autour de l’hôtel Massiac, correspondant au 2, 4 et 6 de la rue d’Aboukir. Il était constitué de trois immeubles distincts : l’ancien hôtel de Massiac (1 rue des Fossés-Montmartre devenue 2/4 rue d’Aboukir), l’hôtel des Économats (3 rue des Fossés-Montmartre devenu 6 rue d’Aboukir) et la maison Stourm dont l’entrée était rue des Vieux Augustins (rue d’Argout).

L’hôtel de Massiac était l’ancien hôtel de Pomponne, construit en 1635 par Jules Hardouin-Mansart pour François de l’Hôpital et acquis en 1673 par Simon Arnauld de Pomponne[4]. L’hôtel fut vendu en 1723 à la Compagnie des Indes qui y installa son siège jusqu’en 1756 date à laquelle il fut racheté par la famille du marquis de Massiac. En 1778, il fut loué au marquis de Marigny[5] qui l’occupa jusqu’en 1780. L’hôtel servit de siège au « Club de l’hôtel de Massiac[6] », qui était le « lobby » des planteurs opposés à l’abolition de l’esclavage. Ce Club Massiac[7] qui avait été fondé le 20 août 1789 fut interdit cinq ans plus tard (19 ventôse an II, 9 mars 1794). Après la dénonciation à la Convention des contre-révolutionnaires du Club, les scellés furent apposés sur l’hôtel Massiac. L’hôtel fut saisi comme bien national et vendu à Godard. Ce dernier le revendit à la Caisse des Comptes Courants qui fut finalement absorbée par la Banque de France.

L’hôtel des Économats (ou maison Perrot) fut détenu par les créanciers de Marchal de Sainscy[8] et racheté aux enchères en janvier 1806 par la Banque de France. Cet hôtel fut destiné au logement du Gouverneur et des sous-gouverneurs[9].

Un autre immeuble adjacent, la maison Stourm, dont l’entrée était au 97, rue des Vieux Augustins (actuelle rue d’Argout) fut acquis en mai 1807. Ces bâtiments furent revendus en 1812, après le transfert de la Banque de France à l’hôtel de Toulouse.

Le troisième siège de la Banque de France est un ensemble immobilier constitué autour de l’hôtel de Toulouse qui fut acquis en mars 1809. Après près de deux ans de travaux la Banque s’y installa à l’hiver 1811.

 

[1] Créée le 8 frimaire an VIII et installée dans la « ci-devant Mairie, rue neuve des Capucines », arrêté des consuls (https://books.google.fr/books?id=t4tDAAAAcAAJ&pg=PA59)

[2] Moniteur du 1er messidor an VIII  (20 juin 1800)

[3] Philippe Braunstein , L'Oratoire du Louvre et les protestants parisiens,  Labor et Fides, 2011, p.104

[4] Alden R. Gordon, Carolyne Ayçaguer-Ron, Maria Leilani Gilbert, Elizabeth A. Spatz, Patricia A. Teter, The Houses and Collections of the Marquis de Marigny, Volume 1, Getty Publications, 2003, p.85 (voir aussi ABdF 1069199228/5)

[5] « Bail à vie par Monsieur le marquis de Massiac à Monsieur le Marquis de Marigny d’un grand hôtel à Paris place Victoire, appelé l’hôtel de Massiac, 11 janvier 1778, Me Boutard, notaire. » (ABdF

[6] Augustin Challamel, Les clubs contre-révolutionnaires : cercles, comités, sociétés, salons, réunions, cafés, restaurants et librairies, Cerf, 1895, p. 31

[7] Déborah Liébart, « Un groupe de pression contre-révolutionnaire : le club Massiac sous la constituante », in Annales historiques de la Révolution française, 354 | 2008, pp. 29-50

[8] Pierre Rosenberg, « Fragonard, La fête à Saint-Cloud, Louis-Pierre-Sébastien Marchal de Sainscy et la Banque de France », in Isabelle Dubois, Alexandre Gady et Hendrik Ziegler, Place des Victoires, Editions de la Maison des Sciences de l’homme, Paris, 2003

[9] Rapport du Ministre des Finances à sa Majesté l’Empereur et Roi, 25 mai 1808, ABdF

Mis à jour le : 12/06/2018 10:34