L’investissement des entreprises déjà affecté par l’incertitude ?
L’investissement des entreprises, autre composante de la demande, a quant lui diminué au cours des derniers trimestres. Le pic du cycle de l’investissement en niveau a été atteint au T3 2015, au moment même où l’incertitude autour du résultat du référendum s’est mise à croître fortement.
En dépit d’un rebond récent, l’enquête trimestrielle de la Banque d’Angleterre indique que les entreprises restent prudentes quant à leurs décisions d’investissement, notamment celles exposées à la demande des ménages ou au commerce avec l’Union Européenne. Cet effet d’attentisme et de décalage dans le temps de la décision d’investissement est particulièrement visible pour le type d’investissement le plus irréversible (par exemple en infrastructures) ; par comparaison, l’investissement immatériel a été moins affecté, ce qui est caractéristique d’un choc d’incertitude (voir le blog Econbrowser). Cette diminution affecte directement le stock de capital disponible et pourrait avoir des conséquences non négligeables sur le potentiel de croissance au cours des prochaines années.
En conclusion, les effets du Brexit sur l'économie britannique ont été pour le moment limités. Ce constat est probablement en partie attribuable à un certain nombre de facteurs, tels que la baisse de la livre ou un environnement international plus porteur. La politique de la BoE, qui, dès le mois d’août 2016, a décidé de lancer un vaste programme d’assouplissement monétaire (en abaissant le taux directeur à son plus bas niveau historique - i.e. 0,25%, en augmentant son programme de rachats d'obligations ou, entre autres, en lançant un nouveau programme d'achats d'obligations d'entreprises, dans un contexte d’austérité budgétaire), a également joué un rôle. S’agissant de la croissance à court terme, elle pourrait rester soutenue sous la condition d’une rotation des moteurs de la croissance (i.e. les exportations nettes prenant le relais d’une consommation des ménages en cours d’essoufflement). Mais cette nouvelle situation n’a pas de précédent, ce qui engendre une incertitude profonde sur les évènements à venir. Outre que les effets macroéconomiques négatifs d’un choc d’incertitude, notamment sur l’investissement des entreprises, sont bien connus (voir par exemple Ferrara et Guérin, 2016), le choc d’incertitude lié au Brexit est différent d’un choc standard dans la mesure où l’on sait que la durée même du choc peut être prolongée. En effet, les traités prévoient des négociations d’une durée de deux ans à partir du déclenchement de l’Article 50, signé le 29 mars 2017, mais la possibilité d’une période de transition est largement évoquée. Enfin, la littérature récente nous montre qu’un choc d’incertitude a des effets fortement négatifs lorsqu’il est associé à un choc financier. Le suivi de l’évolution des tensions financières au Royaume-Uni dans les mois qui viennent sera donc crucial.