Les perspectives de croissance font l’objet d’intenses débats entre techno-optimistes et -pessimistes
Cette baisse de la croissance a donné lieu à un intense débat entre "techno-pessimistes" et "techno optimistes", débat qui reste ouvert aujourd’hui.
Selon les "techno-pessimistes", la révolution des TIC a fait long feu. Les TIC ont apporté une contribution à la croissance significative, quoique plus modeste que celle des révolutions technologiques précédentes et surtout sur une période limitée, du milieu de la décennie 1990 au milieu de la décennie 2000. Depuis, la diffusion de ces technologies plafonne. Ceci contribue au ralentissement de la productivité. Pour Gordon, ces technologies ne peuvent pas être comparées à celles des révolutions technologiques précédentes. En effet, celles-ci constituaient un bond qualitatif sans précédent dans un grand nombre de domaines : passage du charbon ou de la traction animale aux moteurs électriques et aux moteurs à combustion, développement de la chimie (pétrochimie, plastique, pharmacie), passage du courrier et des télégrammes aux télécommunications modernes (téléphone, radio, télévision)… D’autres économistes/experts (Bloom et al., 2017) mettent en avant le coût croissant de la recherche : les idées sont devenues plus difficiles à trouver. Le doublement de la densité de puces sur un microprocesseur, la « loi de Moore », demande des équipes de chercheurs 18 fois plus grandes que celles des années 1970.
Les "techno optimistes", de leur côté, soulignent les capacités de progrès exponentiels de l’intelligence artificielle (Brynjolfsson et McAfee, 2014), capable d’engendrer un processus auto-entretenu d’innovations. Des innovations de rupture sont sur le point d’apparaître, notamment dans le domaine électronique (puce 3D, électronique quantique, …), tandis que l’usage des puces dans de nouveaux domaines pourrait générer des gains importants de productivité (processus appelé "More than Moore" par l’International Technology Roadmap for Semiconductors, cf. Cette, 2014).
Pour les pays éloignés de la frontière technologique, il existe par ailleurs des réserves de croissance de productivité via un processus de convergence. Le rattrapage ne s’effectue cependant pas spontanément. En effet, il faut être capable d’intégrer ces innovations, grâce à une main d’œuvre suffisamment instruite et des marchés du travail suffisamment souples pour permettre la réallocation de l’emploi vers les entreprises innovantes. En outre, il faut des incitations à intégrer ces nouvelles technologies, notamment un degré de concurrence suffisamment élevé.
Des scénarios polaires : stagnation séculaire ou choc technologique ?
Deux scénarios polaires ont ainsi été construits par Cette, Lecat et Ly-Marin (2017).
Dans un premier scénario de "stagnation séculaire", inspiré des projections de Gordon, la productivité globale des facteurs (PGF) augmenterait aux États-Unis sur le rythme qu’elle a connu entre la fin de la révolution des TIC (2005) et aujourd’hui, soit 0,6% par an. Dans un deuxième scénario de "choc technologique", une nouvelle révolution technologique conduirait à une augmentation de la PGF équivalente à celle qu’a entraînée au XXème siècle l’électricité. Selon Bergeaud, Cette et Lecat (2018), ce choc correspond à une augmentation de la PGF aux États-Unis de 1,6% l’an en moyenne à l’horizon 2060.
Pour les autres pays, on suppose que le niveau d’éducation, la flexibilité du marché du travail et le degré de concurrence tendent vers le niveau du pays ayant les meilleures performances dans ces domaines. Cette convergence, calibrée ici à partir d’estimations économétriques, est conditionnelle à la flexibilité du marché du travail et au degré de concurrence dans l’économie. Des réformes structurelles de grande ampleur sur les marchés des biens et du travail et en matière d’éducation facilitent donc la convergence dans ce scénario.
Selon nos scénarii, la croissance future permettra ou non de faire face aux défis à venir
À partir de ces deux scénarios de PGF, Cette, Lecat et Ly-Marin (2017) estiment la croissance du PIB sur longue période (cf. graphique 3). Pour cela, outre les hypothèses précédentes, les auteurs déduisent l’évolution du stock de capital en supposant que le ratio capital sur PIB en valeur reste constant, comme cela a pu être constaté sur longue période. Enfin, ils utilisent les projections d’emploi de l’OCDE.