Cette réaction prudente de la politique monétaire combinée à une meilleure gestion des réserves de change contribue à la résilience des émergents en comparaison à 2013 au moment du taper tantrum. En effet, bien que les réserves de change de ces pays aient été utilisées pour défendre leurs monnaies, elles demeurent relativement élevées en Thaïlande et en Inde (représentant respectivement 9 et 10 mois d’importations contre 7 et 6 mois début 2013) ou ont connu une baisse limitée comme aux Philippines et en Malaise (perte d’entre un et 2 mois d’importations) (Banque Mondiale, 2021).
La Chine, la Turquie et la Russie constituent un groupe à part
Ce groupe est caractérisé par la mise en place d’une politique monétaire actuellement accommodante, à contre-courant de la politique monétaire de la grande majorité des pays du monde.
En Chine, les effets négatifs de la politique « zéro covid » sur la croissance et de l’augmentation du risque de crédit du secteur immobilier ont poussé les autorités chinoises à baisser les taux directeurs à 3,65% en septembre avec pour objectif d’augmenter le niveau de liquidité dans l’économie. La situation est donc très différente de celle des autres pays émergents où les pressions inflationnistes sont plus fortes. En janvier 2023, l’inflation a atteint seulement 1,8% en glissement annuel, en deçà du niveau cible d’environ 3% de la PBOC.
Depuis le milieu d’année 2021, la Turquie maintient une politique monétaire paradoxale de baisse des taux directeurs (-5 points de pourcentage depuis fin 2021) non compatible avec un retour de l’inflation vers la cible de 5%. En effet, l’inflation a atteint 64,3% en glissement annuel en janvier 2023 (+28 points de pourcentage) conduisant à une forte dépréciation de la lire face au dollar (-29%).
La Russie a entamé dès mars 2021 une phase de normalisation de ses taux directeurs. Mais après l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et les sanctions occidentales qui ont suivi, la CBR a resserré fortement sa politique monétaire pour enrayer les sorties de capitaux et la forte dépréciation du rouble suite au choc. Combinée à la mise en place d’un contrôle des capitaux, cette politique a eu pour effet de rapidement stabiliser la devise. Il s’en est suivi une phase d’appréciation du rouble, alimentée par l’accumulation de sur-excédents commerciaux, liés à la fois à l’explosion des prix des hydrocarbures, principal produit d’exportation de la Russie, et l’effondrement des importations suite aux sanctions occidentales et à la contraction de la demande interne. Ceci a ouvert la voie à une longue phase d’assouplissement pour la CBR qui a procédé à 6 baisses de taux directeur consécutives depuis avril 2022, pour un total de 12,5 points de pourcentage.
Pour des raisons différentes, ces trois pays émergents de taille « systémique », concentrent donc aujourd’hui la plus forte incertitude sur l’évolution macroéconomique à court et à moyen terme, ce qui constitue une source de difficultés accrues pour l’économie mondiale.