La mesure de la quantité de billets en circulation en France est importante à plusieurs titres : évaluer au plus juste les besoins nationaux en cas de renouvellement de la gamme, mieux comprendre et gérer l’évolution de la qualité des billets en circulation, et approfondir la connaissance de l’usage des espèces et son évolution dans le temps.
Des méthodes traditionnelles qui présentent des limites importantes
La première consiste à répartir la circulation des billets pour moitié en fonction de la part de chaque pays dans la population de la zone euro et pour l’autre moitié en fonction de la part de chaque pays dans le PIB de la zone euro. La principale limite de cette méthode est qu’elle suppose une utilisation des billets identique au sein de la zone euro alors que les usages nationaux en matière de paiement sont hétérogènes (Esselink et Hernandez, 2017). Ainsi, la France se distingue de ses voisins européens par une utilisation plus faible des espèces et un usage plus intensif des cartes dans les paiements. Autre limite, selon les estimations de la BCE, un tiers des billets en circulation serait détenu hors de la zone euro.
La deuxième exploite les délais de retour des billets dans la zone euro, c’est-à-dire la durée moyenne qui s’écoule entre la mise en circulation d’un billet en euros et son retour au guichet d’une banque centrale. Cette « durée de circulation » d’un billet (en mois) multipliée par le volume de billets retournés aux guichets de la Banque de France permet d’évaluer le nombre de billets en circulation en France.
Comme la première méthode, ce calcul présente un biais car il intègre les billets détenus en dehors de la zone euro. Ceci allonge les délais estimés puisque ces billets reviennent rarement aux guichets. En conséquence, la méthode tend à surestimer la circulation dans un pays donné.
En outre, elle fait l’hypothèse que les délais de retour sont les mêmes entre tous les pays de la zone euro, ce qui n’est pas le cas. Par exemple, le développement plus ou moins avancé dans certains pays du recyclage des billets par des opérateurs privés joue aussi sur les délais de retour.
Ces deux méthodes aboutissent aux estimations les plus hautes (respectivement 210 et 125 milliards d’euros en 2015), vraisemblablement surévaluées en raison de la prise en compte de la circulation fiduciaire hors zone euro. Pour mémoire, les dépenses de consommation finale des ménages en valeurs courantes s’élevaient à 1 143 milliards d’euros en 2015.
Une amélioration des estimations permise par le renouvellement de la gamme des billets en euros
Le renouvellement de la première gamme des billets en euros a permis d’affiner ces estimations. En effet, depuis 2013, l’Eurosystème remplace progressivement les billets émis depuis 2002 par des billets dotés de signes de sécurité renforcés.
Il est ainsi possible de repérer le moment où la nouvelle gamme de billets s’est substituée à l’ancienne. La substitution s’opérant assez rapidement, le volume des nouveaux billets émis donne une approximation de la circulation nationale, sans biais excessif dû aux migrations transfrontières de billets. A partir de cette date de substitution, l’évolution de la quantité de monnaie en circulation est recalculée au rythme du taux de croissance des dépenses de consommation finale des ménages. Les résultats de cette méthode semblent robustes à la date de substitution. En revanche, au-delà de cette date, l’hypothèse de croissance de la circulation au rythme de la consommation des ménages ne prend pas en compte des facteurs plus structurels, tels que l’usage croissant des moyens de paiement scripturaux.
Une autre méthode estime la circulation européenne « active », c’est-à-dire utilisée à des fins de transaction, en appliquant aux coupures de 5 à 50€ le délai de retour européen de la coupure de 10 euros. La coupure de 10 euros est utilisée car elle est représentative de l’utilisation des billets pour un usage de transaction et peu susceptible d’être thésaurisée. La circulation ainsi estimée à l’échelle de la zone euro est ensuite répartie entre pays selon la part de chaque pays dans la population et le PIB de la zone euro. Enfin, une correction est appliquée pour traduire les préférences nationales dans l’usage des coupures (cf. graphique 2).
Ces différentes méthodes donnent des résultats intermédiaires et surtout limités aux coupures de 5€ à 50€, les seules ayant fait l’objet d’un renouvellement à ce jour. En outre, elles seront peu pertinentes pour les coupures à haute valeur faciale pour lesquelles la thésaurisation est prédominante.