De la récession à la Grande Dépression
L’économie nous enseigne que la récession se transforme en dépression quand des anticipations pessimistes s’auto-entretiennent. Le mécanisme est connu depuis Keynes : les agents anticipent une baisse des prix, chacun trouve donc rationnel de reporter ses dépenses, entretenant ainsi la réduction de la demande globale et donc une baisse supplémentaire des prix.
L’histoire nous enseigne que les dépressions ne viennent pas de l’inaction des pouvoirs publics mais d’erreurs de politique économique et de l’incertitude sur les politiques publiques futures. Jusqu’en 1932, les débats font rage et les experts sont divisés sur les remèdes. Le président Hoover lutte contre la baisse des prix par des lois favorisant la cartellisation et les ententes entre producteurs. Mais, comme Milton Friedman et Anna Schwartz l’ont montré pour la banque centrale, chacun était prisonnier de ses croyances. Par exemple, s’appuyant sur la doctrine des effets réels (« real bills ») et la nécessité perçue de défendre la convertibilité en or du dollar, la Fed remonte son taux directeur à l’automne 1931. Ce resserrement déclenche une nouvelle vague de faillites qui réduisent la masse monétaire et l’offre de crédit des banques.
Ce double héritage keynésien et friedmanien dessine les trois écueils que Roosevelt a su contourner en son temps : (i) les doutes sur la solidité du secteur bancaire qui sont la cause première de la récession ; (ii) le caractère auto-entretenu de la dépression et (iii) l’incertitude sur les politiques économiques futures.
Les premiers mois de la présidence Roosevelt : communication et réorientation du policy-mix
Roosevelt propose des mesures concrètes et crédibles pour assurer la solidité des banques, adopte une communication directe et réoriente le policy-mix.
Pour stopper la panique bancaire, il agit vite. Le 6 mars il décrète la fermeture des banques pour quatre jours. Le Congrès vote une loi le 9 mars définissant les règles de réouverture graduelle. Cette loi autorise la banque centrale à fournir aux banques autant de monnaie qu’elles détiennent d’actifs de bonne qualité à leur bilan.
Il communique avec le public lors de "conversations au coin du feu", une intervention radiophonique régulière détaillant concrètement les décisions prises et expliquant chacune des orientations choisies. Ainsi, le 12 mars 1933 sa première intervention justifie pourquoi il a décidé de fermer des banques : "nous ne voulons pas d’une autre épidémie de faillites bancaire". Il explique ensuite quand et comment les banques seront ré-ouvertes graduellement. Ses autres interventions portent sur les politiques budgétaire et monétaire.
Cette politique de communication directe apaise les inquiétudes relatives à la situation du système bancaire. Elle fournit par la suite une orientation prospective –forward guidance– à la politique économique, de nature à sortir de la dépression et à remettre l’inflation en territoire positif. Les résultats sont immédiats : Jalil et Rua (2016) montrent que cette communication a lancé le débat public sur l’inflation (graphique 2) et a augmenté les anticipations d’inflation.