L’ impact sur le PIB dépendra du comportement d’épargne des ménages américains
Malgré le relatif maintien du revenu des ménages en 2020, il n’est pas dit que ce revenu de substitution soit entièrement dépensé ni même qu’il soit dépensé dans la même proportion qu’avant crise. S’agissant des transferts aux ménages, nos hypothèses impliquent que 40% des revenus supplémentaires perçus seraient consommés, le reste étant épargné. Au final, le taux d’épargne des ménages approcherait 20% en moyenne sur l’année 2020, contre une moyenne de 8% en 2019.
Cela s’inscrit dans un contexte d’épargne forcée importante qui s’est constituée du fait du confinement et des changements dans les habitudes de consommation (le taux d’épargne a atteint un pic de 32% en avril, après 8% en février et 13% en mars). Cependant, les ménages ciblés par le stimulus se situent essentiellement dans la catégorie des bas salaires, qui ont traditionnellement une propension plus forte à consommer et qui, de surcroît, ont bénéficié d’un accroissement net de revenus (Muellbauer, 2020 ; Ganong et al., 2020). Par ailleurs, selon Karger et Rajan (2020), 48% des chèques versés aux ménages dans le cadre du CARES Act auraient été immédiatement consommés.
Dans l’ensemble, nos résultats indiquent que le stimulus permettrait d’amortir partiellement le choc sur la consommation et l’investissement, et ainsi de compenser la perte d’activité à hauteur de 4,5 points de PIB en 2020. Néanmoins, l’économie américaine se contracterait de 6,5 à 8% en 2020 (selon nos estimations et celles des institutions nationales et internationales). L’effet à plus long terme du stimulus dépendra du comportement de consommation et d’épargne des ménages américains.
Nous effectuons une analyse de la sensibilité de nos résultats aux hypothèses de propension à consommer des ménages. Avec une propension marginale à consommer plus faible à 25%, similaire à celle observée lors des mesures de relance en 2001 et 2008 (Sham et al., 2010), le gain final de PIB serait lui aussi plus faible, autour de 3,4 points.
La nécessité de nouvelles mesures de relance se fait progressivement sentir
Les mesures prises par les autorités américaines répondent surtout à une situation d’urgence. En effet, une bonne partie d’entre elles prendra fin en juillet ou à la fin de l’année. Elles sont destinées à remédier de façon temporaire à un manque de filets de sécurité sociale et ainsi à combler les pertes de revenu à court terme. Toutefois, elles semblent insuffisantes pour permettre à l’économie américaine de redémarrer à moyen terme, surtout si le choc lié à la crise s’avère relativement persistant. Ainsi, des propositions ont déjà été présentées au Congrès américain visant à adopter un nouveau plan de relance avant l’élection présidentielle en novembre prochain.