La différence entre les deux instituts rend délicate la lecture des échanges décrits (EconPol, 2018). Nous proposons ici une mesure hybride qui a pour objectif d’établir un diagnostic plus pertinent des relations économiques.
… qu’il convient de retraiter pour en tirer une mesure plus proche de la réalité économique
Les écarts proviennent notamment de la manière d’appréhender l’organisation des firmes multinationales par les deux instituts statistiques (Eurostat, 2017).
S’agissant des biens, les écarts sont résiduels et proviennent principalement du passage des données douanières à celles de balance des paiements. Nous privilégions les premières, plus cohérentes entre les deux institutions.
Pour les revenus d’ID comme pour les services financiers – responsables de presque la moitié des asymétries sur le total des flux de services – l’enjeu est d’identifier les circuits mis en place par les firmes multinationales pour des raisons d’organisation ou de fiscalité. En effet, l’activité de ces multinationales peut être centralisée, pour l’ensemble du Marché commun, dans certains pays de l’UE qui jouent ainsi le rôle de plateforme ou d’intermédiaire.
Or cette situation est décrite différemment des deux côtés de l’Atlantique. Eurostat attribue les revenus d’ID au premier pays de contrepartie. Cela conduit à surestimer certains centres financiers par rapport aux flux effectifs (Lane & Milesi-Ferretti, 2017). A contrario, le BEA utilise le principe de l’investisseur ultime (Central Statistics Office of Ireland), qui consiste à lier les revenus au véritable donneur d’ordre de l’investissement (dans notre cas les firmes américaines), et non à un pays de transit (entre autres l’Irlande ou le Luxembourg). De même, pour les services financiers, le BEA inclut dans le périmètre de l’UE les Dépendances de la Couronne (Guernesey, Jersey et l’île de Man), point d’entrée pour d’importants flux financiers dans l’UE, à la différence d’Eurostat (BEA, 2018).
Dans ces deux cas, nous retenons les données du BEA dont la méthodologie permet de s’extraire des montages financiers qui les régissent et s’approche davantage de la réalité économique. Pour les autres flux, nous retenons les données d’Eurostat.
Au total, selon notre mesure, les soldes de biens, services et revenus d’ID ressortent en 2017 à respectivement 129, -11 et -116 milliards d’euros, contre 165, 13 et 0,5 selon les données d’Eurostat et 135, -45 et -116 avec celles du BEA (graphiques 1 et 3).
Après retraitement, le solde des biens et services élargi aux revenus d’investissements directs est quasi-équilibré
L’agrégat large (somme du solde des biens et services et de celui des revenus d’ID (Cezar, 2017)) permet de tenir compte des différentes formes de relations commerciales décrites supra. À la différence d’un solde bilatéral des transactions courantes, il ne prend pas en compte les revenus d’investissement de portefeuille ni les revenus secondaires qui ne participent pas de la même façon du processus de production mais répondent davantage à des logiques financières.
Notre approche montre des relations économiques quasi équilibrées avec un excédent d’à peine 1,5 milliard pour l’UE, alors que l’excédent européen de biens et services atteint 117 milliards d’euros en 2017. Les revenus nets d’ID tirés par l’activité des firmes américaines compensent leur déficit commercial (graphique 1).
Ce solde prend sens lorsqu’il est calculé vis-à-vis de l’UE dans son ensemble. En effet, l’implantation d’une filiale dans un État membre permet de tirer profit de l’ensemble du Marché commun ainsi que de la chaîne de valeur européenne. De plus, du fait de l’existence de règles fiscales distinctes, différentes logiques d’optimisation sont à l’œuvre (Nayman & Vicard, 2018). Ainsi, quelques pays concentrent certaines activités des filiales à destination de l’ensemble de l’UE. Ceci génère des stocks et des revenus d’ID parfois élevés (Pays-Bas, Irlande, Luxembourg). Par ailleurs, ces choix de localisation (siège social, actifs immatériels) entraînent des écarts de rendement implicites des investissements américains entre les États membres (cf. tableau 1).
Tableau 1 : Stock, revenu et rendement des investissements directs américains dans l’Union européenne (2017, Mds USD)
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Stock d'IDE américains
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Revenu d'investissements directs
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Rendement implicite
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ALLEMAGNE
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136,1
|
6,2
|
5%
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ESPAGNE
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33,1
|
3,2
|
10%
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|
FRANCE
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85,6
|
3,0
|
4%
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IRLANDE
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446,4
|
51,8
|
12%
|
|
ITALIE
|
30,7
|
1,5
|
5%
|
|
LUXEMBOURG
|
676,4
|
36,8
|
5%
|
|
PAYS-BAS
|
936,7
|
76,1
|
8%
|
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ROYAUME-UNI
|
747,6
|
41,3
|
6%
|
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TOTAL UE 28
|
3244,1
|
231,9
|
7%
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Sources : BEA et calculs des auteurs.