Bulletin de la Banque de France

Les instruments de politique macroprudentielle : un rempart contre les risques de contagion interbancaire

18 Juillet 2018

Bulletin n°218, article 3. Les établissements financiers sont connectés par de multiples contrats : prêts bilatéraux, portefeuilles communs de titres, contrats sur produits dérivés, etc. En temps normal, ces connexions permettent de partager les risques entre établissements. Néanmoins, lors de périodes de tensions, les chocs se propagent plus aisément du fait de ces liaisons, au travers : de défauts en chaîne d’institutions financières (ou effet de domino), de pénurie de refinancement interbancaire et de liquidations de portefeuilles d’actifs.
La politique macroprudentielle vise à atténuer ces effets grâce à différents instruments, tels que les exigences supplémentaires de fonds propres pour les établissements systémiques. Les autorités surveillent particulièrement les interconnexions financières en exploitant des informations sur les relations bilatérales entre institutions financières. Elles prennent notamment ces éléments en compte dans les tests de résistance appliqués à l’ensemble du système financier.

Image Engagements hors dépôts rapportés aux dépôts en 2008 et 2017 Description Le graphique propose une observation des engagements hors dépôts rapportés aux dépôts en 2008 et 2017. Il s'intéresse à 9 banques : - Deutsche bank - Barclays - BNP Paribas - USB - KBC - BBVA - UniCredit - ING - Erste Note : Plus le ratio est élevé et plus une banque se refinance avec des ressources hors dépôts, généralement considérées comme moins stables. Source : Standard & Poor's, S&P Global market intelligence ; calcul des auteurs. Chiffres clés : Ratio moyen : 253% en 2008 97% en 2017

La crise financière de 2008 a mis en évidence les interconnexions du système financier car celles-ci ont largement contribué à propager les tensions financières à l’ensemble du système. Les établissements financiers sont reliés entre eux par de multiples contrats (prêts bilatéraux, portefeuilles d’actions et d’obligations, contrats sur dérivés, portefeuilles d’actifs communs, etc.). Ainsi, lorsqu’un choc de marché affecte une institution financière, les pertes subies par celle-ci peuvent se diffuser à d’autres établissements qui lui sont connectés ; ceux-ci peuvent, à leur tour, transmettre ce choc à leurs contreparties, et ainsi de suite. Plusieurs canaux de propagation sont à l’œuvre et amplifient le choc initial.

Tous ces canaux présents à des degrés divers lors de la crise récente ont joué un rôle dans l’amplification des chocs initiaux. En réponse à ces risques, les autorités ont mis en place des instruments macroprudentiels qui visent à maitriser les risques liés aux interconnexions financières, à améliorer la résilience du système financier et à atténuer les canaux d’amplification des chocs

1. Transmission des chocs entre établissements financiers

Les mécanismes de transmission des chocs

Un bilan stylisé détaille les liens entre établissements financiers afin de mieux comprendre les mécanismes de transmission des chocs. À l’actif, une banque possède des actifs extérieurs au système interbancaire et des actifs interbancaires à court et à long terme. Les actifs extérieurs se composent des titres négociables, qui peuvent être échangés sur le marché secondaire (obligations souveraines, actions et obligations de sociétés non financières, etc.), et des actifs non négociables, tels que les prêts aux ménages et aux entreprises. Les actifs interbancaires comprennent des prêts et portefeuilles de titres (obligations, actions, etc.) émis par les institutions financières. La structure du passif d’une banque est similaire ; les engagements extérieurs correspondant à des obligations envers des entités non financières (les dépôts, par exemple). Les fonds propres complètent le passif.

Le premier canal de transmission est l’exposition directe (ou "effets de domino sur la solvabilité") : deux mécanismes sont à l’œuvre. Dans le premier mécanisme, les banques exposées à d’autres banques défaillantes par le biais de prêts bilatéraux subissent une perte égale à leur montant d’exposition corrigé d’un taux de recouvrement.  

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