D’après les données de comptabilité nationale, la baisse de la part en valeur des biens industriels dans la consommation provient presque autant de la baisse des volumes relatifs que de celle des prix relatifs. Le progrès technique a donc joué un rôle majeur dans cette évolution, de même que l’évolution des préférences car les quantités relatives ont bien diminué malgré la baisse de leur prix relatif.
Contribution négative des structures de l’investissement et de la production
Une évolution similaire à celle de la consommation s’observe dans la composition de l’investissement, davantage orienté vers les services (cf. graphique 1).
De même, l’évolution de la structure de la production a été défavorable à l’industrie. En particulier, les dépenses de services par la branche manufacturière ont augmenté. Cette évolution n’est pas le résultat d’une externalisation consistant à transférer vers les services des activités relevant auparavant de l’industrie (comptabilité, etc.). Elle traduit presque exclusivement une hausse du prix relatif des services, et non celle des volumes relatifs. Le progrès technique à l’origine de la hausse du prix relatif des services est le facteur à l’œuvre dans cette évolution.
Évolution de la spécialisation commerciale au détriment de l’industrie
Enfin, le commerce extérieur peut influencer le rythme de désindustrialisation par deux canaux distincts : la spécialisation commerciale et l’épargne nette de la nation. Chaque économie est plus ou moins spécialisée dans l’industrie selon ses avantages comparatifs : à solde commercial total donné, une économie spécialisée dans l’industrie aura un solde industriel plus élevé et un solde des autres secteurs plus faible ce qui est associé à une part plus élevée de l’industrie dans le PIB. Par ailleurs, pour une spécialisation donnée, le solde commercial total de l’économie reflète son épargne nette. Comme les échanges commerciaux restent dominés par les biens industriels, la part de l’industrie dans le PIB est donc également liée au solde commercial total – essentiellement constitué de biens manufacturés – c’est-à-dire à l’épargne nette.
Le solde commercial des biens manufacturés est plus détérioré aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quarante ans, malgré une amélioration temporaire observée dans les années 1990 (cf. graphique 3). Sa contribution au processus de désindustrialisation résulte d’un effet de spécialisation plus que d’une détérioration du solde commercial total de la France (effet d’épargne nette). En effet, le contre-choc pétrolier du milieu des années 1980 et la moindre dépendance au pétrole de l’économie française ont contribué à résorber le déficit énergétique alors que le solde commercial total est revenu depuis une dizaine d’années à un niveau proche de celui des années 1975−1985. À niveau d’épargne nette inchangé, la France a donc besoin d’exporter moins de biens manufacturés pour financer une facture énergétique plus faible (voir graphique 3).