Auteurs : Jules Rostand, Sarah Kaber

Le changement climatique et la dégradation de la nature exposent les banques à de nouveaux risques financiers. Depuis 2020, trois leviers ont permis aux autorités publiques de faire évoluer les pratiques des banques françaises : le développement d’outils prospectifs (scénarios, stress tests), le renforcement de la supervision et, depuis 2026, l’exigence d’élaborer un plan de transition prudentiel.

Graphique 1 : Évolution de la supervision bancaire face aux risques climatiques et environnementaux (2020-2026)

Évolution de la supervision bancaire face aux risques climatiques et environnementaux (2020-2026)
Source : ACPR

Dans l’ensemble de leurs activités, des prêts aux entreprises aux crédits immobiliers, les banques sont exposées aux impacts financiers des risques physiques (inondations, sécheresses) et de transition (performance énergétique des bâtiments détenus en collatéral par exemple). Face à cet enjeu de stabilité financière, qui se manifeste parallèlement aux besoins de financement nécessaires à la transition écologique, l’entrée en vigueur en avril 2026 de la transposition française de la directive européenne sur les fonds propres bancaires (CRD6) constitue la dernière étape d’une intégration progressive des risques climatiques et environnementaux (C&E) dans le cadre prudentiel applicable aux banques françaises. 

Des outils prospectifs pour analyser l’impact des risques climatiques sur la stabilité financière 

Face à l’augmentation tendancielle des risques climatiques, les banques centrales et les superviseurs ont développé des outils permettant d’estimer les effets de long-terme des chocs climatiques sur la trajectoire macroéconomique et les conséquences à court-terme sur la stabilité du système financier et la solvabilité des établissements de crédit. 

Les scénarios de long terme du réseau pour le verdissement du système financier (NGFS) mettent en évidence une dégradation significative du PIB mondial d’ici à 2050. Ces pertes macroéconomiques traduisent à la fois l’intensification des risques physiques et les coûts d’ajustement associés à une transition désordonnée. À plus court terme, les scénarios publiés en 2025 indiquent qu’une éventuelle succession de chocs climatiques extrêmes entraînerait des pertes substantielles de PIB dans les régions affectées, allant jusqu’à 7,4 % sur une année en France dans le cas d’une combinaison de vagues de chaleur, sécheresses et feux de forêts à l’échelle du continent (cf. Champey et Gosset, 2026). Pour les banques, ces évolutions se traduiraient très concrètement, notamment par une hausse marquée des probabilités de défaut de certaines de leurs contreparties. 

Les stress-tests pour le secteur financier, constituent le principal outil prudentiel pour la quantification de ces risques, en fort développement depuis l’exercice pilote ACPR réalisé en 2020. Plus récemment, le stress test « Fit-for-55 », mené en 2024 par la Banque centrale européenne (BCE) en coordination avec plusieurs autorités européennes, quantifie l’impact d’une augmentation soudaine de la sensibilité des agents au risque de transition, permettant d’atteindre la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre visée en 2030. En application du second scénario adverse (forte réévaluation du risque de transition par les investisseurs), le rapport estime le surplus de pertes à 50 Mds pour le secteur bancaire (soit 0,9% des expositions) et 518 Mds pour l’ensemble du système financier (2,1% des expositions), entre 2023 et 2030, par rapport au scénario de référence. 

À ce stade, ces travaux ne portent pour l’essentiel que sur les risques climatiques au sens strict et constituent donc une estimation basse des risques environnementaux. Les banques centrales et les superviseurs ont engagé plus récemment des travaux sur un champ plus large de risques financiers liés à la dégradation de la nature, notamment avec le développement de l’approche conceptuelle du NGFS en 2024. En France, les premières tentatives de quantification menées depuis 2021 devraient progressivement s’affiner, avec le lancement en juillet 2026 de la Chaire « Modélisation des risques économiques et financiers liés à la nature ». 

Une supervision renforcée ayant permis une amélioration des pratiques de gestion des risques des banques 

Après avoir défini formellement leurs attentes de supervision, le BCE et l’ACPR ont conduit des revues thématiques, celle de la BCE donnant lieu à d’éventuelles sanctions financières en cas de non-respect des exigences. 

Les autorités de supervision ont progressivement renforcé leurs exigences en matière de gestion des risques C&E. L’ACPR a ouvert la voie en publiant un guide recensant les bonnes pratiques des banques en la matière. Dans la foulée, la BCE a précisé ses attentes à travers la publication, en 2020, d’un guide dédié à la transparence et à l’intégration des risques C&E dans les dispositifs de gestion des risques. 

Afin de s’assurer de la mise en œuvre de ses recommandations, la BCE a conduit une revue thématique sur les risques C&E entre 2022 et 2024 auprès des établissements les plus significatifs, évaluant leurs pratiques en matière de stratégie, de gouvernance ou d’intégration dans la gestion des risques. Cette revue, assortie de sanctions potentielles, a permis d’enregistrer des progrès notables : alors qu’en 2022 aucun grand établissement bancaire français ne présentait de pratiques jugées avancées, plus d’un tiers étaient considérées comme telles fin 2024 (Graphique 2). Par exemple, certains établissements ont développé une classification de leurs contreparties selon l’impact du risque climatique sur leur risque de crédit, tenant compte de leur profil d’émissions de CO₂, de leur sensibilité aux risques (approches sectorielle et géographique) et de leur capacité d’adaptation. Afin de compléter ces efforts, l’ACPR a mené entre 2023 et 2025 trois revues thématiques similaires, à visée essentiellement pédagogique, auprès des établissements moins significatifs français. 

Graphique 2 : Évaluation générale de la gestion des risques C&E des 10 plus grandes banques françaises (2022-2024)

Évaluation générale de la gestion des risques C&E des 10 plus grandes banques françaises (2022-2024)
Sources : BCE, ACPR

Note : les équipes de supervision conjointes BCE/ACPR ont évalué la robustesse des pratiques (définie comme l’existence et la qualité des pratiques au regard des attentes du superviseur) en les classant en 4 niveaux, des « pratiques insuffisantes » aux « pratiques avancées »

Cette progression générale ne signifie toutefois pas que toutes les banques françaises ont atteint un niveau de maîtrise des risques C&E pleinement satisfaisant. Les avancées apparaissent en effet plus hétérogènes pour certaines catégories de risques, à l’instar du risque de crédit (Graphique 3). En 2025-2026, la BCE a constaté les retards pris par certains établissements dans leur évaluation des risques, la conduisant à prononcer des astreintes financières pour la période où les banques ont manqué à leurs obligations. De telles décisions, rendues publiques par la BCE ont été prononcées à l’encontre de deux établissements en Europe. Elles peuvent représenter jusqu’à 5% du chiffre d’affaires journalier moyen de la banque sur une durée maximale de 6 mois. 

Graphique 3 : Évaluation de la gestion des risques C&E des 10 plus grandes banques françaises pour deux catégories de risque (2022-2024)

Évaluation de la gestion des risques C&E des 10 plus grandes banques françaises pour deux catégories de risque (2022-2024)
Sources : BCE, ACPR

Note de lecture (à gauche) : En 2024, plus de la moitié des grandes banques françaises ont atteint un niveau avancé dans l’intégration des risques climatiques et environnementaux dans leur stratégie à court, moyen et long terme, par exemple en définissant des indicateurs mesurables tels que l’empreinte carbone de leurs actifs (cf. graphique 2 pour l’échelle). 

Avec l’entrée en application de CRD6, une intégration complète dans le cadre prudentiel européen 

Au niveau réglementaire, les colégislateurs européens ont d’abord cherché à améliorer la qualité et la disponibilité des données climatiques, avant de renforcer les dispositions de surveillance prudentielle (pilier 2), qui entrent en 2026 dans une nouvelle phase avec l’entrée en application de CRD6. 

En premier lieu, la réglementation prudentielle (règlement CRR) a renforcé le cadre de publication d’informations extra-financières, relevant du pilier 3. Applicables depuis 2021, ces dispositions imposent aux grandes banques européennes de publier des informations relatives à leur exposition aux risques physiques (par exemple, les expositions soumises aux aléas climatiques aigus) et aux risques de transition (telles que la répartition de leur collatéral immobilier selon le diagnostic de performance énergétique).Plus récemment, dans le cadre du projet « Omnibus » lancé par la Commission européenne, les obligations de publication d’informations extra-financières des entreprises, sur lesquelles s’appuient les banques pour leurs propres publications, font actuellement l’objet d’une revue visant à rationaliser les exigences et à concentrer les efforts sur les points de données les plus essentiels. 

Par la suite, le cadre de gestion des risques ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) s’est progressivement développé pour aboutir à des exigences prudentielles individualisées fixées par le superviseur (pilier 2). Entrée en application en avril 2026, la transposition de la directive CRD6 en France représente une avancée, en introduisant l’obligation pour les banques d’élaborer un plan de transition prudentiel décrivant la manière dont elles identifient, évaluent et gèrent leurs risques ESG. La directive renforce également les pouvoirs du superviseur, en lui permettant d’exiger des ajustements en matière de gouvernance et de dispositifs de gestion des risques ESG, ainsi que des modifications des cibles, mesures et actions prévues dans ces plans de transition. 

CRD6 constitue ainsi une étape structurante, donnant un fondement juridique solide au traitement par les superviseurs des risques climatiques et environnementaux auxquels font face les banques.

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Mise à jour le 5 Octobre 2026