Une génération aux difficultés exacerbées par la crise
Une population hétérogène marquée par des difficultés structurelles
Le parcours et l’insertion socio-professionnelle des jeunes dépendent de variables sociales (milieu social), territoriales (quartiers prioritaires, départements et régions d’outre-mer…) et personnelles. Toutefois, ils ont en commun des contraintes et des incertitudes qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans la population.
Selon l’INSEE, plus de la moitié des personnes pauvres (au niveau de vie inférieur à 50% du revenu médian) en France ont moins de 30 ans. Un jeune sur cinq de 15 à 24 ans est au chômage et les jeunes salariés sont surreprésentés dans les emplois à durée limitée (CDD, intérim, apprentissage) ou dans le sous-emploi. Enfin, en 2019, les jeunes qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation (NEET) constituent un groupe à part : 12,9% de la classe d’âge des 15-29 ans, soit près d’un d’1,5 million de jeunes, (graphique 1). Si la part de NEET a augmenté avec la crise sanitaire pour atteindre 13,5 % en 2020, elle s’établit au troisième trimestre 2021 à 11,6%, un niveau encore élevé mais légèrement inférieur à son niveau d’avant crise, principalement en raison de la progression de l’emploi des jeunes.
La crise accentue les difficultés des jeunes
La crise augmente ces difficultés par deux canaux principaux : la perte de revenu et la compromission de l’insertion professionnelle. D’abord, "82% des étudiants avec un emploi rémunéré ont connu des difficultés financières depuis le début de la crise sanitaire" (IPSOS, Mai 2021). Plus grave encore, 58% des étudiants qui avaient une activité rémunérée l’ont perdue, réduite ou changée avec le confinement, un chiffre sous-évalué à cause du caractère souvent informel de ces activités (ex : baby-sittings). La perte induite par les restrictions sanitaires s’élève en moyenne à 274€ par mois pour ces étudiants alors que les ressources mensuelles moyennes des étudiants s’élèvent à 919€ (OVE, 2021).
Dans un climat économique incertain, les jeunes ont été les premières victimes de la contraction du marché du travail. Selon près de 6000 étudiants interrogés, la crise a par ailleurs remis en cause les projets de stage et de mobilité internationale de nombre d’entre eux et 57% estiment que la poursuite de leurs études sera affectée négativement par cette période de confinement (OVE, 2020).
Alors qu’ils constituent un sésame vers l’emploi, les stages se sont raréfiés (-22% en 2020 selon la DARES). La qualité de ces expériences a aussi été altérée, le télétravail perturbant notamment la transmission de soft skills essentiels. De plus, le report d’une part des stages qui n’ont pas pu avoir lieu entre en collision avec l’afflux de jeunes sur le marché du travail, le stage bénéficiant d’un avantage économique pour l’entreprise. L’insertion professionnelle des jeunes se trouve donc entravée par la crise, ce qui peut leur porter préjudice à long-terme si ce chômage se prolonge (perte de compétences) ou affaiblit leur profil.
L’accroissement du chômage des jeunes est lourd de conséquences. En effet, les jeunes ayant connu le chômage sont plus susceptibles d’y être confrontés de nouveau et sont moins bien rémunérés que les personnes trouvant facilement un emploi, cet écart de revenu pouvant atteindre 20% et s’étaler sur une vingtaine d’années (Morsy, 2012). Pendant la crise financière de 2008, la hausse du chômage avait produit une hausse des inégalités de revenus dans les économies avancées, notamment parce qu’il a surtout affecté les jeunes et les peu diplômés, déjà en difficulté. Ces inégalités sont préjudiciables entre autres à la croissance économique: la propension à consommer des plus pauvres étant plus élevée que celle des plus riches, la concentration des richesses dans les ménages les plus aisés peut aboutir à une limitation de la consommation, ce qui nuit aussi à l’investissement.
Les mesures à destination de la jeunesse doivent pallier les difficultés conjoncturelles, mais aussi répondre aux difficultés structurelles
Une nécessaire simplification des dispositifs
La simplification des dispositifs existants renforcerait leur efficience. Avec plus de 120 critères d’âges dans les dispositifs publics destinés aux jeunes et avec nombre d’initiatives aux conditions, gouvernances et objectifs divers, ceux-ci affichent un taux élevé de non-recours et peuvent entretenir une défiance vis-à-vis de l’administration (graphique 2).