Les entreprises ayant contracté des leveraged loans, par définition fortement endettées, sont vulnérables à un renchérissement du coût de la dette et à une raréfaction des financements en particulier en cas de chocs macroéconomiques ou financiers qui augmenteraient leur risque de défaut.
Par ailleurs, le marché des leveraged loans est caractérisé par l’importance des investisseurs non-bancaires (CLOs, fonds d’investissement, fonds de pension, assureurs, hedge funds). À la différence des banques qui, sous l’impulsion des régulateurs, ont fortement réduit leur niveau de risque depuis la crise financière, les investisseurs non bancaires ont profité d’un cadre réglementaire moins contraignant pour accroître leur part sur ce marché.
À cela s’ajoute la réduction de la dette subordonnée associée à ces prêts - c’est-à-dire la dette capable d’absorber les pertes avant les prêts seniors - réduisant ainsi les taux de recouvrement espérés et donc le niveau de protection des investisseurs.
Enfin, une part non négligeable de ces prêts n’a pas été utilisée pour financer de l’investissement productif, qui aurait pu améliorer la rentabilité des entreprises, mais plutôt pour financer des fusions et acquisitions, racheter des actions ou payer des dividendes (Adrian et al., 2018).
Subprimes vs leveraged loans : comparaison n’est pas raison
Les inquiétudes liées aux leveraged loans sont notamment alimentées par des similitudes apparentes avec les crédits immobiliers subprimes, qui avaient déclenché la crise de 2008 :
- solvabilité dégradée des débiteurs, ménages ou entreprises,
- vigueur de la titrisation de ces prêts spéculatifs,
- niveaux d’encours similaires : 1 200 milliards de dollars de leveraged loans institutionnels en 2018 (soit environ 12% de la dette corporate américaine) contre 1 100 milliards de dollars de crédits subprimes fin 2006 (soit environ 13% des crédits hypothécaires).
En revanche, un certain nombre de différences persistent :
- les banques apparaissent aujourd’hui moins directement exposées aux leveraged loans qu’elles ne l’étaient aux subprimes en 2007-2008,
- le collatéral n’est pas de l’immobilier résidentiel : les leveraged loans bénéficieraient ainsi d’une diversité sectorielle plus grande. Néanmoins, si les investisseurs venaient à appréhender les leveraged loans comme une classe d’actifs à part entière alors le bénéfice de la diversité sectorielle serait perdu,
- enfin, la titrisation apparaît moins importante aujourd’hui : un tiers des leveraged loans serait titrisé contre 80% des crédits subprimes en 2007. Le risque de liquidité est par ailleurs limité grâce à une maturité des passifs généralement supérieure à la maturité moyenne des actifs.
Même si la comparaison avec les subprimes apparaît discutable, le marché des leveraged loans présente néanmoins un certain nombre de risques pour la stabilité financière. La présence en tant qu’investisseurs des Exchange Traded Funds et des Mutual Funds offre un accès inédit bien que minoritaire des particuliers aux leveraged loans aux États-Unis. Par ailleurs, ces structures présentent une asymétrie de liquidité entre leurs actifs et leurs passifs. En effet, les investisseurs peuvent revendre leurs parts rapidement alors que les actifs sous-jacents (les leveraged loans) ont des délais de transaction beaucoup plus longs. Une détérioration généralisée de la qualité des prêts, dans un contexte de chocs macroéconomiques ou financiers, pourrait inciter les investisseurs à vendre massivement leurs leveraged loans, poussant les prix à la baisse sur le marché secondaire.
Compte tenu de nombreuses vulnérabilités, le marché des leveraged loans aux États-Unis pourrait jouer un rôle amplificateur lors de chocs macroéconomiques ou financiers touchant les États-Unis. Après la Banque des règlements internationaux et le Fonds monétaire international, la Fed a également alerté sur ce sujet, tout en considérant que le risque encouru par les leveraged loans n’était toutefois pas systémique.