Enquête mensuelle de conjoncture – Début octobre 2026
La Banque de France publie des enquêtes de conjoncture : un diagnostic sur l’économie française, sous la forme d’indicateurs de climat des affaires et de prévisions à court terme. L’enquête mensuelle de conjoncture, chaque début de mois, décrit la situation conjoncturelle du mois précédent et prévoit le PIB trimestriel, grâce aux réponses de 8 500 dirigeants d’entreprise.
Selon les chefs d’entreprise qui participent à notre enquête (environ 8 500 entreprises ou établissements interrogés entre le 27 septembre et le 5 octobre), l’activité continue de progresser en septembre dans l’industrie et accélère dans les services marchands, tandis qu’elle évolue peu dans le bâtiment. Dans l’industrie, la hausse est moins forte qu’anticipé et masque des évolutions contrastées : la production reste dynamique dans l’aéronautique, tandis qu’elle demeure faible dans le bois‑papier‑imprimerie et le caoutchouc‑plastique‑verre. Les carnets de commandes industriels restent inégaux, particulièrement étoffés dans l’aéronautique et les équipements électriques, mais dégradés dans plusieurs autres branches.
Dans les services, l’activité est notamment soutenue par les services aux entreprises, tandis qu’elle recule dans les transports et la restauration. Dans le bâtiment, l’activité progresse faiblement, malgré un rebond du gros œuvre lié en partie au rattrapage de chantiers retardés par les épisodes de canicule de l’été. La situation de trésorerie se dégrade légèrement dans l’industrie et plus nettement dans les services.
Pour octobre, les chefs d’entreprise anticipent une accélération de la production industrielle. L’activité continuerait de progresser dans les services marchands, mais à un rythme moins soutenu, et resterait quasi stable dans le bâtiment.
L’incertitude remonte nettement en septembre, ce qui interrompt la tendance baissière observée depuis son pic de mars. Les préoccupations portent notamment sur les prix des carburants et, plus largement, sur le contexte économique général et le pouvoir d’achat. Les difficultés d’approvisionnement restent globalement stables, mais élevées dans certaines branches industrielles dynamiques. Parallèlement, les entreprises industrielles font face à un regain de pression sur le coût de leurs intrants, qui ne se transmet que partiellement aux prix de vente et comprime les marges. Enfin, les difficultés de recrutement remontent légèrement et concernent 18 % des entreprises.
Sur la base des résultats de l’enquête, complétés par d’autres indicateurs, nous estimons que le PIB progresserait de + 0,1 % au troisième trimestre.
1. En septembre, l’activité progresse dans l’industrie et les services, alors qu’elle évolue peu dans le bâtiment
Après s’être renforcée en août, la production industrielle continue de progresser en septembre, mais à un rythme inférieur à sa tendance de long terme et sensiblement moins élevé qu’anticipé. Cela ne traduit toutefois pas un affaiblissement généralisé de la demande : les livraisons restent dynamiques, et, dans certaines branches, la production est freinée par des difficultés d’approvisionnement.
Taux d'utilisation des capacités de production
Opinion sur l’évolution de l’activité
(solde d’opinion CVS‑CJO, pour octobre : prévision)
Les situations sont contrastées. Dans les équipements électriques, la production recule après le niveau élevé du mois d’août, dans un contexte de difficultés d’approvisionnement, tandis que les carnets de commandes restent particulièrement garnis et la demande soutenue, notamment par les centres de données (data centers). Dans les produits en caoutchouc plastique-verre, l’activité demeure atone, pénalisée par la faiblesse persistante des débouchés, surtout dans la construction. Dans le bois-papier-imprimerie, elle se stabilise après deux mois de baisse, tirée par l’emballage carton qui prépare les commandes de fin d’année, alors que le manque de commandes continue de peser sur la filière bois.
À l’inverse, l’aéronautique reste très dynamique, malgré des chaînes d’approvisionnement toujours sous tension, tandis que l’activité progresse dans l’agroalimentaire, la métallurgie et l’automobile. L’habillement-textile-chaussure rebondit fortement, en partie grâce au rattrapage de livraisons retardées cet été. Dans les produits informatiques-électroniques optiques, la production progresse moins qu’anticipé, malgré le soutien des activités liées à la défense.
Les stocks de produits finis augmentent légèrement en septembre, notamment dans l’agroalimentaire, où des stocks sont constitués en anticipation de hausses de prix, et dans l’aéronautique, en lien avec la montée en cadence et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Le taux d’utilisation des capacités de production (TUC) augmente légèrement, à 76,8 % en septembre, après 76,4 % en août. Il demeure particulièrement élevé dans les produits informatiques-électroniques-optiques et les équipements électriques, malgré un léger repli, et rebondit nettement dans l’aéronautique, en raison de la forte activité du secteur. À l’inverse, il reste faible dans le bois-papier-imprimerie et les produits en caoutchouc-plastique-verre.
Dans les services marchands, l’activité accélère en septembre, conformément aux anticipations et à sa tendance de long terme. L’hébergement bénéficie d’une bonne fréquentation touristique et du retour de la clientèle professionnelle après l’été. L’édition, notamment de logiciels, reste dynamique, tandis que l’activité progresse dans les services juridiques et comptables qui profitent encore de la mise en place de la facturation électronique. L’activité progresse également dans l’ingénierie. L’intérim rebondit très fortement, porté par les besoins de l’automobile, de l’informatique et de l’agroalimentaire. En revanche, l’activité recule dans les transports, sur fond de prix élevés des carburants et de demande atone, ainsi que dans la restauration, toujours pénalisée par la faiblesse de la consommation.
Dans le bâtiment, l’activité progresse faiblement en septembre, à un rythme inférieur à sa tendance de long terme. Le gros œuvre rebondit, en partie grâce au rattrapage de chantiers retardés par les épisodes de canicule de l’été. Ce rebond ne traduit toutefois pas une reprise de la demande : les carnets de commandes restent peu garnis, notamment dans la construction de maisons individuelles. Dans le second œuvre,
l’activité ralentit après avoir été soutenue cet été par les travaux de climatisation et de protection contre la chaleur, et les carnets de commandes se dégradent également.
Situation des stocks de produits finis dans l’industrie
Situation de trésorerie
Dans l’industrie, la situation de trésorerie se détériore légèrement en septembre et demeure contrastée selon les branches. Elle reste tendue dans la chimie, le bois-papier imprimerie, le caoutchouc-plastique-verre et la métallurgie, où la faiblesse de certains débouchés se conjugue à la hausse du coût des intrants et comprime les marges. À l’inverse, elle reste favorable dans l’aéronautique et s’améliore nettement dans les
produits informatiques-électroniques-optiques.
Dans les services marchands, la situation de trésorerie se dégrade de manière plus prononcée malgré l’accélération de l’activité. Les tensions sont particulièrement marquées dans la restauration, confrontée à la faiblesse de la consommation, et dans le conseil de gestion. Elles s’accentuent également dans plusieurs services aux entreprises, en particulier dans les activités juridiques et comptables et dans l’ingénierie, en
raison notamment de l’allongement des délais de paiement. À l’inverse, le niveau de trésorerie est toujours jugé favorable dans l’édition et les services d’information
2. En octobre, l’activité accélérerait dans l’industrie, ralentirait dans les services et resterait stable dans le bâtiment
Pour octobre, les chefs d’entreprise anticipent une accélération de la production industrielle. L’activité se renforcerait dans les produits informatiques-électroniques-optiques, où les carnets restent bien garnis malgré un recul des nouvelles commandes en septembre, et resterait dynamique dans l’aéronautique. Elle rebondirait fortement dans les équipements électriques après le recul de septembre, portée par une demande toujours soutenue. Un redressement est également attendu dans le bois-papier-imprimerie et les autres industries manufacturières. À l’inverse, la production automobile reculerait nettement, notamment en raison d’arrêts temporaires de plusieurs sites liés à des difficultés d’approvisionnement.
Les carnets de commandes restent contrastés. Ils sont particulièrement garnis dans l’aéronautique et les
équipements électriques et bien orientés dans les produits informatiques-électroniques-optiques, soutenus par les besoins liés à l’aéronautique, à la défense, à l’électrification et aux infrastructures numériques. En revanche, ils restent très dégradés dans la chimie, le bois-papier-imprimerie et le caoutchouc-plastique-verre, où la faiblesse de la demande continue de peser sur les perspectives.
Dans les services marchands, les chefs d’entreprise anticipent un ralentissement de l’activité en octobre, qui continuerait néanmoins de progresser. Cette évolution traduirait notamment une normalisation, après les forts rebonds de septembre dans l’hébergement et l’intérim. L’intérim resterait toutefois dynamique, porté par les besoins de plusieurs branches industrielles, de même que l’édition. À l’inverse, l’activité
rebondirait dans les transports et la restauration après leur recul de septembre. Elle progresserait plus modérément dans la programmation et le conseil informatique et les études d’ingénierie.
Dans le bâtiment, les chefs d’entreprise anticipent une activité quasi stable en octobre. Dans le gros œuvre, elle se replierait après le rebond de septembre, lié en particulier au rattrapage de chantiers retardés par les épisodes de canicule de l’été. Ce recul intervient dans un contexte de demande toujours très faible et de carnets de commandes peu garnis, notamment dans la construction de maisons individuelles. Dans le second œuvre, l’activité évoluerait peu, compte tenu de la dégradation des carnets de commandes.
Situation des carnets de commandes
Indicateur d’incertitude dans les commentaires de l’enquête mensuelle de conjoncture
(données brutes)
L’indicateur d’incertitude, fondé sur l’analyse textuelle des commentaires libres des chefs d’entreprise, remonte nettement en septembre, ce qui interrompt la tendance baissière observée depuis son pic de mars. Les préoccupations portent surtout sur la hausse des prix des carburants, dont les mentions progressent
fortement. Dans plusieurs secteurs, les chefs d’entreprise évoquent plus fréquemment le contexte économique général. Leurs commentaires font état de comportements attentistes, qui se traduisent par des reports de projets, des commandes plus tardives et une plus grande prudence des ménages dans leurs dépenses
3. Les tensions sur les approvisionnements restent assez stables, celles sur les coûts se renforcent
Les difficultés d’approvisionnement restent globalement stables en septembre : elles concernent 11 % des entreprises industrielles et 5 % de celles du bâtiment. Elles s’intensifient toutefois dans les produits informatiques-électroniques optiques, les équipements électriques et restent élevées dans l’aéronautique (autour de 20 %), où la demande est soutenue notamment par la défense, l’électrification et les centres de données. Dans l’aéronautique, la montée en cadence continue de mettre sous tension une chaîne d’approvisionnement confrontée à des difficultés sur les moteurs et sur certains équipements.
Les prix des matières premières industrielles repartent nettement à la hausse en septembre. Le mouvement est largement diffusé à l’ensemble des branches et particulièrement marqué dans la chimie, le caoutchouc-plastique-verre et l’automobile. Les entreprises mentionnent en particulier le renchérissement de l’énergie et des carburants, mais aussi de certains métaux, emballages et autres intrants. Les pressions restent également élevées dans les équipements électriques, la métallurgie et les machines.
Évolution des prix de vente par grands secteurs
Les prix de vente industriels remontent beaucoup plus modérément. La transmission du renchérissement des intrants apparaît notamment limitée dans la chimie et le caoutchouc plastique-verre, où la demande est faible, tandis qu’elle est plus marquée dans les équipements électriques. Cette transmission partielle exerce une pression sur les marges. Au total, 13 % des entreprises industrielles déclarent avoir relevé leurs prix en septembre, contre 10 % en moyenne à cette période. Pour octobre, 12 % d’entre elles prévoient une hausse, une proportion légèrement supérieure à la moyenne historique.
Dans les services marchands, 11 % des entreprises ont augmenté leurs prix en septembre, contre 8 % en moyenne à cette période. Ces hausses sont principalement concentrées dans l’hébergement, les transports et le travail temporaire. Dans ces deux dernières branches, les entreprises mentionnent surtout la répercussion, respectivement, du renchérissement des carburants et de l’augmentation des coûts salariaux.
Dans le bâtiment, les prix remontent également, davantage dans le second œuvre. Les entreprises mentionnent principalement le renchérissement des matériaux, des carburants et du transport, qui pèse sur les marges dans un contexte de demande faible. En septembre, 11 % des entreprises ont relevé le prix de leurs
devis et 12 % prévoient de le faire en octobre, des proportions conformes aux moyennes historiques.
Part des entreprises indiquant des difficultés de recrutement
Enfin, les difficultés de recrutement concernent 18 % des entreprises, une proportion en légère hausse par rapport à août. Elles augmentent dans les services (18 %) et l’industrie (16 %), avec des tensions persistantes notamment dans l’aéronautique. Elles restent stables dans le bâtiment, où elles demeurent les
plus élevées (22 %), malgré une activité peu dynamique.
4. Nos estimations suggèrent que le PIB progresserait de 0,1 % au troisième trimestre
Sur la base des informations de notre enquête mensuelle de conjoncture, complétées par d’autres données (indices de production dans l’industrie, enquêtes de l’Insee, ainsi que données à haute fréquence), nous estimons que le PIB progresserait de l’ordre de 0,1 % au troisième trimestre.
L’activité serait soutenue par les services marchands, comme le suggère l’enquête mensuelle de conjoncture et l’indice de production dans les services de juillet. L’activité de la branche énergie croîtrait également, tandis que la valeur ajoutée reculerait sensiblement dans l’industrie manufacturière et le secteur de la construction, comme suggéré par les indices de production industrielle d’août publiés par l’Insee.
Variations trimestrielles du PIB et de la valeur ajoutée en France
(en %)
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Mise à jour le 12 Octobre 2026