La combinaison des mesures de soutien monétaire a contribué à la stabilisation des marchés et à la bonne transmission de la politique monétaire, mais le rôle décisif du PEPP a été salué par les participants de marché. Notamment, l’écart entre le rendement moyen des obligations d‘État de la zone euro à 10 ans pondéré par le PIB et le taux des swaps OIS (Overnight Indexed Swap, contrat d’échange de taux dont la jambe variable est indexée sur le taux interbancaire à un jour Eonia considéré comme le taux sans risque) a fortement diminué après l’annonce du lancement du PEPP (cf. Graphique 1), pour s’établir à des niveaux inférieurs à ceux observés avant la pandémie. Il s’agit de l’indicateur de marché privilégié par la BCE pour mesurer le risque de fragmentation (voir Hutchinson and Mee (2020) et Lane (2022)).
La flexibilité du PEPP – à travers les classes d’actifs, les juridictions mais également le calendrier des achats – a constitué un signal fort pour les marchés. Les analystes soulignent ainsi le succès de cette flexibilité, qui a permis le resserrement des primes de risque de crédit après le pic de stress en mars 2020.
Pour autant, cette flexibilité n’a pas conduit à des déviations majeures par rapport à la clé de répartition du capital de la BCE à l’issue du programme. Si les écarts ont atteint un pic au cours des premières semaines après le lancement du PEPP (mai 2020), ils se sont ensuite résorbés au cours de la mise en œuvre du programme.
La compression de la prime de terme est également mise en avant (voir Schnabel, 2021). Selon Altavilla et al. (2021), le PEPP (estimation avec l’enveloppe alors de 1 350 Mds€), couplé à l’enveloppe APP additionnelle de 120 Mds€, a permis de diminuer la prime de terme des obligations souveraines à 10 ans de 45 bps supplémentaires par rapport au seul impact de l'APP pré-mesures COVID.
La fin des achats nets du PEPP ne signifie pas l’arrêt des interventions de l’Eurosystème
Depuis le début du programme, les remboursements des titres arrivant à échéance sont réinvestis en totalité par l’Eurosystème, qui a confirmé le 10 mars dernier la poursuite de ces réinvestissements au moins jusqu’à la fin de 2024. Le portefeuille du PEPP sera ainsi stable jusqu’à cet horizon. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a par ailleurs décidé le 15 juin 2022 de "faire preuve de flexibilité dans le réinvestissement des remboursements des titres arrivant à échéance du portefeuille PEPP". Les achats nets au titre du PEPP pourraient également reprendre, si nécessaire, pour contrer des chocs négatifs liés à la pandémie (décision de politique monétaire du 09 juin 2022).
Le stock de titres détenus par l’Eurosystème ne diminuera que graduellement. Selon les répondants au Survey of Monetary Analysts de juin 2022, le stock d’actifs serait de (i) 1 718 Mds€ au 4e trimestre 2024 (médiane des réponses) dans le cadre du PEPP (voir Graphique 3), tandis que (ii) les actifs détenus dans le cadre de l’APP ne diminueraient progressivement qu’à partir de fin 2023, avec un volume de l’ordre de 3 450 Mds€ attendu au 4e trimestre 2024. L’effet stock est ainsi susceptible de contribuer au maintien de conditions de financement favorables : différentes études empiriques mettent en avant l’effet sur la baisse des rendements lié aux volumes détenus (cf. Arrata, Nguyen (2017), Dalbard, Le Bihan et Vives (2018) et Hubert (Working Paper Banque de France à paraître).