Note : Volume d'emprunt hebdomadaire moyen de l'ensemble des agents remettants auprès de contreparties financières, excluant les calls accounts. Pour des raisons de confidentialité certains points de données sont fusionnés (semaines 13 à 16, 44 à 47, 48 à 49 pour la maturité 6 mois, semaines 50 à 51 et 51 à 53 pour la maturité 12 mois).
Achever la transition vers les nouveaux taux de référence est une responsabilité collective
Ce n’est pas la première fois que le système financier change de taux d’intérêt de référence. Au début des années 1990, déjà, les acteurs de marché avaient d’eux-mêmes abandonné la référence aux taux des bons du Trésor, qui mesuraient les taux sans risque, pour se référer à des indices intégrant le risque de crédit (les LIBOR) et ainsi améliorer l’efficacité de leurs opérations de couverture (cf. Schrimpf et Sushko (2019)).
Par contraste, le processus de réforme en cours est un effort conjoint, associant régulateurs et acteurs privés, pour passer des taux de référence interbancaires non garantis à des indices de référence « presque » sans risque. Cette transition est aussi le fruit d’un travail international et pluriannuel, qui soulève bien sûr de multiples défis à la fois d’ordre opérationnel, comptable, juridique, fiscal et réglementaire.
L’adoption des nouveaux indices avance indéniablement. En 2020, l’€STR et le SOFR ont été adoptés comme taux d'actualisation standard pour les dérivés compensés sur les marchés de l'euro et du dollar américain respectivement.
Mais comme dans tout bon marathon, ce sont probablement les derniers mètres qui seront les plus difficiles à parcourir. Ainsi, la mobilisation de toutes les parties prenantes est indispensable pour gérer de façon ordonnée les impacts de cette transition tant pour les institutions financières que pour leurs contreparties et leurs clients. Surtout, le développement de la liquidité sur ces nouveaux indices est une condition-clé de l’équilibre des marchés financiers. Par exemple, il revient aux acteurs de marché de la zone euro d’assurer la substitution rapide de l’€STR à l’EONIA et de contribuer activement à l’accroissement de la liquidité sur ce nouvel indice.
L’enjeu est économique
Les marchés de financement à court terme fournissent aux entreprises, aux collectivités locales et aux acteurs financiers du marché la liquidité dont ils ont besoin. S’ils s’enrayent, c’est toute l'économie qui est en panne : comme en 2008 !
Lorsque Christine Lagarde a annoncé le 11 décembre dernier la prolongation des mesures anti-crise adoptées par la BCE au printemps 2020, elle a particulièrement mis l’accent sur l’objectif de préserver des conditions de financement favorables afin de faciliter la distribution de crédit à tous les secteurs de l’économie, de soutenir l’activité économique et d’assurer la stabilité des prix à moyen terme.
Le message est clair ! Au cœur de l’action de l’Eurosystème face à la crise de la Covid-19 se trouvent les marchés de financement à court terme. La clé de son succès durable est leur bon fonctionnement et, en conséquence, la disponibilité de taux d’intérêt de référence fiables et représentatifs, gages de la bonne transmission de la politique monétaire à l’économie réelle.