Les règles de Taylor servent de référence usuelle pour évaluer l’orientation de la politique monétaire. Ces règles ne sont ni normatives ni nécessairement optimales. Elles décrivent schématiquement une approximation de ce que pourrait être la fonction de réaction d’une banque centrale – la manière dont celle-ci fixerait ses taux en fonction des conditions économiques. Elles permettent d’établir à partir de formules simples une recommandation de taux directeur, basée sur l’écart entre certaines variables macroéconomiques et leur niveau potentiel ou leur cible. Des formulations diverses existent, mais la plupart retiennent d’une part l’écart entre l’inflation réalisée et la cible de la banque centrale, et de l’autre l’écart de production (l’écart entre la croissance et la croissance potentielle) ou l’écart d’emploi (l’écart entre le taux de chômage n’accélérant par pas l’inflation – le "NAIRU" - et le taux de chômage).
Une convergence des cycles économiques dans la zone euro depuis 2014
Les taux de Taylor sont calculés ici pour chaque pays de la zone euro, comme si chacun menait une politique monétaire calée sur ses seules conditions économiques nationales. La dispersion de ces taux entre pays membres, et donc des politiques monétaires recommandées par les règles de Taylor, reflète le degré de synchronisation des cycles économiques et évalue le degré d’hétérogénéité monétaire de la zone euro.
Nous reprenons ainsi l’approche de Nechio (voir Blog de la Fed de San Francisco, 2011) et Darvas et Merler (Bruegel, 2013)) qui mettaient en avant la forte désynchronisation économique et l’écartement des taux de Taylor entre pays de la zone euro pendant la crise des dettes souveraines (2010-2013). Depuis 2014, les cycles économiques intra-zone euro sont cependant en nette resynchronisation, à la fois en termes de croissance, de chômage et d’inflation.
Le graphique 1 montre ce resserrement des écarts de production et des écarts d’emploi. Dans une récente note de conjoncture, l’INSEE estime que cette convergence s’accélère depuis le début de l’année 2017 (INSEE, 2017).
La présence de disparités régionales au sein des zones monétaires est habituelle. On en observe, par exemple, au sein des États-Unis ou entre régions françaises. Leur existence n’est pas à elle seule un symptôme alarmant d’un dysfonctionnement d’une zone monétaire et ne signifie pas l’absence de retombées par ailleurs positives de l’union monétaire. Les hétérogénéités économiques peuvent être compensées par la mobilité du capital et du travail, ou des transferts budgétaires. Ces instruments ne sont pas pleinement en place dans la zone euro, mais le plan d’investissement européen, les projets d’union bancaire et d’union des marchés de capitaux vont dans ce sens.
Une mesure d’hétérogénéité cyclique via les règles de Taylor
Nous calculons les taux de Taylor de chaque pays membre de la zone euro (à composition variable : 11 pays en 1999, 19 en 2017) à partir des données de la Commission Européenne y compris en prévisions pour 2017 et 2018. Le même exercice, réalisé avec le nombre plus restreint de pays suivis par l’OCDE, donne des résultats très similaires.