La contraction du volume mondial de raffinage liée aux tensions géopolitiques a réduit la disponibilité des principaux produits raffinés, notamment l’essence, le gazole et le kérosène, exerçant des pressions haussières sur leurs prix. Cet ajustement de l’offre s’est cependant révélé hétérogène selon les produits, ce qui explique l’évolution contrastée de leurs prix de gros. Plusieurs mécanismes peuvent être avancés pour expliquer, en particulier, l’écart entre les prix de l’essence et du diesel raffinés. Les exportations mondiales de diesel ont été perturbées par les difficultés de transit dans le détroit d’Ormuz, alors que de nombreux pays demeurent fortement dépendants des flux en provenance du Moyen-Orient. Par ailleurs, les attaques contre les infrastructures pétrolières russes ont réduit l’offre mondiale de produits raffinés, en particulier de diesel, dont la Russie est l’un des principaux fournisseurs. Enfin, la demande de diesel est relativement peu sensible aux prix, car elle est liée notamment au fret routier, au transport maritime et à l'agriculture.
Ces tensions se reflètent dans l’évolution des crack spreads (voir le graphique 3). Le crack spread correspond à l’écart entre deux prix cotés sur les marchés à terme : le prix d’un produit raffiné, comme l’essence ou le gazole, et celui du pétrole brut. À l’instar de la marge de raffinage, dont il est un bon proxy, le crack spread reflète non seulement les coûts de transformation du pétrole brut, mais aussi les tensions d’offre et de demande sur les marchés des produits raffinés. La marge de raffinage s’en distingue toutefois en retranchant également le coût du fret pétrolier et les frais d’assurance. En Europe du Nord-Ouest, les crack spreads moyens du diesel sont restés proches de 50 dollars par baril entre avril et juin, puis ont grimpé à plus de 70 dollars en juillet selon les données Bloomberg. Le crack spread de l’essence, négatif en avril, est remonté à 23 dollars en mai puis à 26 dollars en juin et à 40 dollars en juillet. Le crack spread du kérosène a diminué après son pic de mars, mais restait supérieur à 45 dollars par baril en juin et est remonté en juillet à 67 dollars le baril.
La détente du prix du brut observée entre avril et juin n’a donc pas entraîné de baisse équivalente et immédiate des prix des produits raffinés. Entre fin avril et fin juin, le prix du brut de mer du Nord (Brent) a diminué de 51 dollars par baril, contre seulement 25 dollars pour l’essence européenne. Le crack spread de l’essence a ainsi plus que triplé sur cette période. Les tensions sont ensuite restées visibles en juillet et en août, notamment sur le diesel.
Graphique 3 : Crack spreads de l’essence, du diesel et du kérosène en Europe du Nord-Ouest