Bulletin de la Banque de France

Transition climatique désordonnée : quels risques pour les marchés financiers ?

Published on the 29th of January 2026

Bulletin no 262, article 2. Engagée de manière tardive, soudaine et non coordonnée, la transition vers une économie bas-carbone pourrait engendrer des pertes importantes sur les marchés financiers. Selon l’indicateur prospectif présenté dans cet article, les actions seraient les actifs financiers les plus exposés au niveau mondial, avec une correction brutale de – 6,8 % en moyenne, mais très hétérogène entre secteurs. Elle atteindrait – 24 % pour celui des combustibles fossiles, où certaines entreprises perdraient l’essentiel de leur valeur. La sensibilité des obligations d’entreprise et des obligations souveraines serait plus modérée. Le risque de transition semble absorbable pour le secteur financier français (banques, assurances, fonds d’investissement), notamment grâce à la diversification sectorielle des portefeuilles. Néanmoins, certains acteurs financiers pourraient faire face à des pertes plus importantes. Ces estimations omettent des facteurs aggravants : les difficultés d’adaptation du capital physique, l’amplification potentielle des chocs financiers, et la matérialisation des risques physiques liés au changement climatique, dont les effets pourraient s’avérer plus sévères à moyen terme.

image Image Correction potentielle des portefeuilles de titres des intermédiaires financiers français dans un scénario de transition désordonnée Thématique Marchés financiers Catégorie Bulletin de la Banque de France
Correction potentielle des portefeuilles de titres des intermédiaires financiers français dans un scénario de transition désordonée

1 Un indicateur prospectif de risque de transition pour le secteur financier français

Le changement climatique constitue à la fois un défi environnemental et un risque pour la stabilité économique et financière. Face à l’accélération du réchauffement planétaire, dont les signes sont désormais tangibles (Organisation météorologique mondiale, 2025), et au regard de l’insuffisance des efforts internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (Programme des Nations unies pour l’environnement, 2024), le système économique et financier est exposé à un risque climatique accru, tant physique (augmentation en fréquence et en amplitude des catastrophes naturelles) que de transition (nouvelles politiques climatiques, ruptures technologiques ou ajustement des préférences des consommateurs). De tels changements, s’ils ne sont pas anticipés, pourraient entraîner des corrections brutales sur les marchés financiers et une dévalorisation des portefeuilles détenus par les intermédiaires financiers (banques, assurances, fonds d’investissement).

Malgré le consensus scientifique et l’aggravation des effets du dérèglement climatique, l’orientation future des politiques climatiques demeure incertaine. Cette incertitude est alimentée par des signaux politiques divergents : le recul sur le programme de lutte contre le changement climatique de l’administration fédérale des États-Unis, la simplification de certaines réglementations environnementales en Europe afin de préserver la compétitivité des entreprises menant à l’attrition du champ de la divulgation, ou encore les tensions géopolitiques conduisant à prioriser la sécurité énergétique et la défense dans un contexte de forte contrainte budgétaire (Agence internationale de l’énergie, 2022). Pour les investisseurs, ces signaux complexifient l’anticipation du cadre futur, augmentent le coût du capital pour les projets verts, et peuvent freiner les investissements nécessaires à la transition bas-carbone. Ce manque de visibilité accroît le risque d’un ajustement désordonné, susceptible de menacer la stabilité financière.

Il est essentiel pour les intermédiaires financiers (comme pour les autorités de supervision) d’anticiper les effets du risque climatique sur les marchés financiers. Les indicateurs traditionnels, centrés sur l’exposition des portefeuilles aux actifs à forte intensité carbone ou aux secteurs concernés par la politique climatique (cf. par exemple Gosset et Nefzi, 2023 ; Jourde, Piquard et Salakhova, 2024), ne fournissent pas de quantification monétaire directe du risque de correction pour les portefeuilles financiers. Il est donc nécessaire de développer des indicateurs prospectifs, capables d’estimer les effets de divers scénarios climatiques sur la valeur des actifs financiers. De tels indicateurs peuvent faciliter une gestion proactive du risque par les acteurs publics et privés.

Cette étude présente un nouvel indicateur prospectif de risque … 

Updated on the 29th of January 2026