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La Banque de France publie des enquêtes de conjoncture : un diagnostic sur l’économie française, sous la forme d’indicateurs de climat des affaires et de prévisions à court terme. L’enquête mensuelle de conjoncture, chaque début de mois, décrit la situation conjoncturelle du mois précédent et prévoit le PIB trimestriel, grâce aux réponses de 8 500 dirigeants d’entreprise.
Selon les chefs d’entreprise qui participent à notre enquête (environ 8 500 entreprises ou établissements interrogés entre le 28 avril et le 6 mai), l’activité en avril progresse à un rythme plus modéré dans l’industrie et le bâtiment, et marque le pas dans les services marchands.
La croissance de la production industrielle reste soutenue, au-dessus des anticipations des chefs d’entreprise exprimées le mois dernier et de leur moyenne de long terme. Elle reste dynamique dans les équipements électriques et l’aéronautique et bien orientée dans les produits informatiques-électroniques optiques, tirés par le secteur de la défense.
En mai, les chefs d’entreprise anticipent que l’activité évoluerait peu, voire diminuerait légèrement dans l’industrie et le bâtiment et reculerait un peu plus nettement dans les services, pour la première fois depuis mars 2025. Après le choc du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’indicateur d’incertitude, construit à partir de l’analyse textuelle des commentaires des entreprises, se détend légèrement en avril mais reste élevé dans les trois secteurs. Les chefs d’entreprise restent préoccupés par les prix des matières premières et les perturbations logistiques.
La situation de trésorerie dans l’industrie est proche du niveau jugé normal, mais se dégrade dans les services. En matière d’approvisionnement, plusieurs secteurs (aéronautique, équipements électriques, chimie, produits informatiques-électroniques-optiques) font état de difficultés exacerbées. Les difficultés de recrutement restent globalement stables.
Les hausses des prix des matières premières accélèrent, sans égaler celles de 2022. Dans un contexte de vive concurrence, elles ne sont que partiellement répercutées dans les prix de vente de l’industrie et du bâtiment. Ceux-ci devraient toutefois continuer d’augmenter en mai. Dans les services, les révisions de tarifs sont concentrées sur le secteur des transports et entreposage, directement exposé au renchérissement du prix du gazole.
En somme, l’économie française, tout en étant résiliente, montre des signes de ralentissement avec les premiers effets de la hausse du prix des hydrocarbures. Au vu du peu d’informations disponibles en ce début de trimestre et de l’incertitude entourant la durée et l’ampleur du conflit au Moyen Orient, il est cependant prématuré de produire une estimation chiffrée de la croissance du PIB pour le deuxième trimestre.
1. L’activité progresse à un rythme plus modéré dans l’industrie et le bâtiment et est stable dans les services
En avril, la production industrielle reste soutenue, supérieure aux anticipations exprimées par les chefs d’entreprise le mois dernier, et au-dessus de la moyenne de long terme pour le onzième mois consécutif.
L’activité est toujours dynamique dans les secteurs liés à la défense, tels que les équipements électriques et l’aéronautique, et bien orientée dans les produits informatiques-électroniques ptiques. Par ailleurs, elle continue de progresser dans l’habillement-textile-chaussure porté par le segment du cuir-chaussure. Elle rebondit dans les produits minéraux non métalliques (plastique, caoutchouc, verre) et se renforce dans la chimie. Ces deux segments bénéficient plus spécifiquement de comportements d’anticipation d’achats des clients craignant une pénurie de produits et une hausse future des prix. En revanche, elle recule dans la pharmacie et évolue peu dans l’automobile et l’agroalimentaire, après un mois de mars actif.
Taux d'utilisation des capacités de production (en %)
Opinion sur l’évolution de l’activité (solde d’opinion CVS‑CJO, pour avril : prévision)
Le taux d’utilisation des capacités de production augmente à 77 % (après 76,9 % en mars) et se rapproche de sa moyenne de long terme. Il progresse notamment dans l’automobile (+ 2 points) et dans les produits minéraux non métalliques (+ 1 point).
À fin avril, les stocks de produits finis sont toujours considérés comme élevés. Ils sont en recul dans la chimie et les produits informatiques-électroniques-optiques, mais augmentent dans la pharmacie, les autres produits industriels ainsi que, mais dans une moindre mesure, l’agroalimentaire.
Dans les services marchands, l’activité est stable en avril, comme attendu par les chefs d’entreprise, avec des tendances hétérogènes selon les secteurs. Ainsi, à la faveur d’un mois d’avril ensoleillé, elle repart à la hausse dans les activités de loisirs et de services à la personne et se maintient dans l’hébergement. Elle reste dynamique dans l’édition et dans les services d’information, et se raffermit dans les transports et entreposage ainsi que dans le nettoyage. À l’opposé, elle recule dans la restauration et la location automobile, pénalisée par le coût des carburants qui freine les déplacements. La publicité et le travail temporaire fléchissent (reflétant l’attentisme des secteurs clients).
Dans le bâtiment, l’activité dans le gros œuvre recule très légèrement et pas aussi fortement qu’anticipé le mois dernier, grâce à une météo clémente qui a permis de rattraper en partie les retards enregistrés les mois précédents. Dans le second œuvre, elle continue de progresser, mais à un rythme plus ralenti et comme attendu, après un mois de mars assez soutenu.
En avril, le solde d’opinion relatif à la situation de trésorerie dans l’industrie remonte au niveau jugé normal, quoiqu’avec des tendances hétérogènes entre sous-secteurs. Ainsi, la trésorerie s’améliore dans l’aéronautique ainsi que dans l’habillement-textile-chaussure, la chimie et les produits minéraux non métalliques. Elle se dégrade en revanche dans les autres produits industriels, les équipements électriques, et l’agroalimentaire. Dans ce dernier secteur, la trésorerie subit la hausse des coûts de transport et des emballages plastiques, sans possibilité de les répercuter sur les prix conclus avec la grande distribution en fin de cycle de négociation.
Dans les services marchands, la situation de trésorerie est perçue en légère détérioration, tirée à la baisse par certains services aux entreprises, dont le conseil de gestion et l’ingénierie (allongement des délais de paiement client, investissements autofinancés), alors qu’elle est confortée dans les services d’information et l’édition, et qu’elle s’améliore dans la location automobile. Elle reste jugée dégradée dans la restauration et les transports et entreposage.
Situation des stocks de produits finis dans l’industrie (solde d’opinion CVS CJO)
Situation de trésorerie (solde d’opinion CVS CJO)
2. En mai, l’activité reculerait dans les services et évoluerait peu dans l’industrie et le bâtiment
En mai, les chefs d’entreprise de l’industrie anticipent une très légère baisse de l’activité, en raison notamment du positionnement des jours fériés, certaines entreprises ont d’ailleurs décidé de les compléter par plusieurs jours de fermeture. Un recul marqué est ainsi prévu dans l’automobile et, dans une moindre mesure, dans l’habillement-textile-chaussure et les équipements électriques. À l’opposé, la production se redresserait dans les autres produits industriels ainsi que dans la pharmacie et resterait bien orientée pour l’aéronautique et les produits informatiques-électroniques-optiques.
Dans les services marchands, l’activité reculerait sensiblement, pour la première fois depuis mars 2025, tirée à la baisse par plusieurs sous-secteurs. Ainsi la location, le travail temporaire, les services de programmation-conseil continueraient de reculer ; les loisirs et les services à la personne, la réparation automobile et la restauration fléchiraient eux aussi. L’édition et plusieurs services aux entreprises (activités juridiques et comptables, ingénierie, nettoyage et les services d’information) poursuivraient en revanche leur progression.
Dans le bâtiment, les entrepreneurs anticipent une stabilité de l’activité, le repli du gros œuvre étant compensé par le second œuvre qui resterait mieux orienté.
Les carnets de commandes de l’industrie se dégradent à nouveau légèrement en avril dans la plupart des secteurs. Ils sont ainsi jugés très en-deçà de la moyenne de long terme dans tous les secteurs, à l’exception de l’aéronautique et des équipements électriques. Dans le bâtiment, ils sont également orientés à la baisse, de façon particulièrement marquée dans le gros œuvre. La reprise dans le secteur de la maison individuelle est encore très faible, de même que celle des commandes publiques, interrompues pendant les élections municipales. Dans le second œuvre, la demande serait ralentie par l’atonie des transactions immobilières.
Après le choc du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, l’indicateur d’incertitude, construit à partir de l’analyse textuelle des commentaires libres des entreprises, se détend quelque peu en avril mais reste élevé dans les trois secteurs. Tous secteurs confondus, les chefs d’entreprise continuent d’exprimer des préoccupations sur les prix des matières premières et des perturbations logistiques.
Situation des carnets de commandes (solde d’opinion CVS‑CJO)
Indicateur d’incertitude dans les commentaires de l’enquête mensuelle de conjoncture (données brutes)
3. Des prix de vente en augmentation
En avril, 13 % des entreprises industrielles font état de difficultés d’approvisionnement (contre 10 % en mars). Plusieurs secteurs signalent des tensions exacerbées sur certaines matières premières dérivées du pétrole, ainsi que l’allongement des délais de livraison en lien avec le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz. C’est le cas notamment de l’aéronautique (33 %), des équipements électriques (30 %), de la chimie (20 %) et des produits informatiques-électroniques optiques (17 %). En revanche, dans le bâtiment, les difficultés d’approvisionnement ne concernent que 5 % des entreprises (4 % en mars).
Dans l’industrie, l’ensemble des chefs d’entreprise fait état d’une forte progression des prix des matières premières, inédite depuis 2022, sans toutefois en égaler les niveaux. Les segments de la chimie, des produits minéraux non métalliques, des équipements électriques, du bois-papier-imprimerie et de la métallurgie sont plus particulièrement affectés par les prix de l’énergie, des matières plastiques et autres dérivés du pétrole.
Les soldes d’opinion sur les prix de vente remontent quant à eux aux niveaux de juin 2022, pic qui avait fait suite au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ils progressent de manière marquée dans la chimie, les produits minéraux non métalliques, le bois-papier-imprimerie et, sur un rythme plus soutenu qu’en mars, dans la métallurgie et les équipements électriques. De manière générale, compte tenu de l'environnement concurrentiel, les chefs d'entreprise précisent toutefois ne pas être en mesure de répercuter les hausses subies sur les matières premières et en absorbent une partie en comprimant leurs marges.
Évolution des prix de vente par grands secteurs (solde d’opinion CVS‑CJO)
Au total, 20 % des entreprises industrielles déclarent avoir relevé leurs prix de vente en avril, soit une proportion supérieure à la moyenne historique, mais inférieure à avril 2022 où la proportion avait atteint 48 %. À peine 2 % des entreprises industrielles signalent avoir diminué leurs prix de vente. Pour répercuter la hausse du coût de leurs intrants, 21 % des entreprises prévoient d’augmenter encore leurs prix de vente, mais dans une ampleur qualifiée de modérée.
Dans le bâtiment, après de nombreux mois de stabilité, voire de recul, les prix des devis accélèrent en avril et devraient continuer d’augmenter en mai. Comme pour l’industrie, les entreprises compriment leurs marges en ne répercutant que partiellement le coût des intrants.
Dans les services marchands, le solde d’opinion sur les prix de vente connaît une hausse sensible au mois d’avril, mais moindre que dans l’industrie et les services. Il est tiré par le secteur des transports et entreposage, qui est le plus exposé au renchérissement du prix des carburants. Si les prix augmentent aussi dans les activités informatiques, ils évoluent peu dans la plupart des autres services, voire reculent dans les secteurs de la location automobile et du travail temporaire, et ce, pour le deuxième mois consécutif. Environ 16 % des chefs d’entreprise dans les services marchands indiquent avoir augmenté leurs prix en avril et 7 % envisagent de le faire en mai, soit des proportions supérieures à la moyenne historique observée pour ces deux mois, mais inférieures à avril et mai 2022.
Enfin, les difficultés de recrutement restent globalement stables en avril, touchant 16 % des entreprises tous secteurs confondus. Elles remontent très légèrement dans les métiers techniques et qualifiés de l’industrie, mais reculent dans le bâtiment.
Part des entreprises indiquant des difficultés de recrutement (en %, données brutes)
4. Tout en restant résiliente, l’activité serait ralentie au deuxième trimestre dans le contexte de hausse du prix des hydrocarbures
Les premiers résultats des comptes trimestriels, publiés par l’Insee fin avril, font état d’une stabilité du PIB au premier trimestre 2026, alors que nous avions prévu une hausse de 0,3 % dans notre dernier point de conjoncture de début avril. La valeur ajoutée s’est redressée dans l’industrie manufacturière, mais a ralenti dans les services marchands, tirée à la baisse par les services de transport et le commerce. L’activité s’est aussi fortement repliée dans la construction, pénalisée par l’entretien-amélioration de bâtiments et les travaux publics, ainsi que dans l’énergie.
Les informations de notre enquête mensuelle de conjoncture, et d’autres données disponibles (indices de production dans l’industrie, enquêtes de l’Insee, ainsi que données à haute fréquence), suggèrent que l’économie française continue de se montrer résiliente, mais ralentie du fait des premiers effets de la hausse du prix des hydrocarbures. L’activité resterait soutenue par l’industrie manufacturière. La valeur ajoutée dans les services marchands serait encore pénalisée par les services de transport, tandis que les services aux entreprises et l’information-communication resteraient dynamiques. Toutefois, le peu d’informations disponibles en début de trimestre et l’incertitude entourant la durée et l’ampleur du conflit au Moyen Orient ne permettent pas de produire déjà une estimation chiffrée fiable de la croissance du PIB pour le deuxième trimestre.
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Updated on the 12th of May 2026