Bulletin économique de la BCE

Bulletin économique de la BCE n°5/2026

Published on 6th of August 2026

Évolutions économiques, financières et monétaires

Synthèse

Lors de sa réunion du 23 juillet 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Les perspectives d’évolution des prix de l’énergie, bien que très volatiles, sont proches du scénario de base des projections macroéconomiques de juin 2026 établies par les services de l’Eurosystème pour la zone euro et largement supérieures aux niveaux observés avant le début du conflit au Moyen-Orient. L’incertitude demeure élevée et l’incidence inflationniste du choc énergétique ne s’est pas encore totalement matérialisée. Le Conseil des gouverneurs surveille par conséquent de près l’intensité et la durée du choc ainsi que ses effets indirects et de second tour. Il entend mener sa politique monétaire de façon à assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de la cible de 2 % à moyen terme.

Avec sa décision prise le 23 juillet, le Conseil des gouverneurs reste en bonne position pour faire face à l’incertitude provoquée par le conflit. Il suivra une approche s’appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation appropriée de la politique monétaire. Plus particulièrement, les décisions du Conseil des gouverneurs relatives aux taux d’intérêt seront fondées sur son évaluation des perspectives d’inflation et des risques entourant ces perspectives, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.

Activité économique

Les données récentes font état d’une légère amélioration de l’activité économique au deuxième trimestre 2026, même si le conflit au Moyen-Orient est resté un frein. Les enquêtes indiquent un redressement partiel de l’activité dans le secteur des services, après le net affaiblissement observé dans la foulée du choc énergétique. Les services numériques se sont montrés robustes, en partie grâce à la montée en puissance de l’activité liée à l’IA. Le secteur manufacturier a continué de bien résister, soutenu par la constitution de stocks dans les entreprises soucieuses de se protéger contre les risques de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ainsi que par l’augmentation des dépenses de défense. Le chômage s’est établi à 6,2 % en mai, un niveau proche de son point bas de très long terme. Dans le même temps, les offres d’emploi ont encore diminué et tant les entreprises que les ménages estiment que le marché du travail restera plus fragile qu’avant le conflit.

Les indicateurs prospectifs laissent entrevoir une croissance économique toujours modérée à court terme, sous le poids du choc énergétique et des incertitudes qui en résultent. Les fondamentaux de la croissance à moyen terme demeurent cependant intacts et la dynamique globale devrait être alimentée par la consommation privée, les investissements dans les nouvelles technologies numériques, les dépenses publiques consacrées à la défense et aux infrastructures et une légère reprise des exportations.

Le Conseil des gouverneurs a une nouvelle fois souligné le besoin urgent de renforcer l’économie de la zone euro, tout en maintenant des finances publiques saines. II sera essentiel, à cette fin, de simplifier et d’harmoniser les règles dans l’ensemble du marché unique de l’UE, d’accélérer la transition énergétique et d’achever l’union pour l’épargne et l’investissement. Les mesures budgétaires prises face au choc énergétique devraient rester temporaires, ciblées et adaptées. Le vote favorable au Parlement européen en juillet 2026 constitue un grand pas en avant en vue de l’établissement de l’euro numérique. Le Conseil des gouverneurs salue l’objectif partagé du Parlement européen, du Conseil de l’UE et de la Commission européenne de parvenir à un accord sur le paquet « monnaie unique » d’ici fin 2026. L’euro numérique viendra en complément des espèces physiques et permettra d’effectuer n’importe quelle transaction de paiement numérique partout dans la zone euro.

Inflation

L’inflation s’est ralentie, ressortant à 2,8 % en juin 2026, après 3,2 % en mai. La hausse des prix de l’énergie s’est atténuée, à 8,5 %, après 10,8 % en mai, tandis que l’augmentation des prix des produits alimentaires s’est ralentie à 1,5 %, après 1,9 %. L’inflation hors énergie et produits alimentaires s’est modérée, à 2,4 %, après 2,6 % en mai, la hausse des prix des biens revenant de 0,9 % à 0,7 %, et la hausse des prix des services, de 3,5 % à 3,2 %.

Le choc énergétique continue d’alimenter une montée des prix. Se procurer des intrants devient plus onéreux pour les entreprises, qui prévoient par conséquent de relever leurs prix de vente. L’évolution de l’inflation sous-jacente est restée contenue, mais les effets du choc énergétique ne se sont pas encore totalement matérialisés. L’outil de suivi des salaires de la BCE et les résultats des enquêtes sur les anticipations relatives aux salaires continuent de signaler une croissance modérée au cours des prochains trimestres. La hausse de la productivité du travail a aussi contribué à contenir la progression des coûts unitaires de main-d’œuvre. Les anticipations d’inflation à des horizons plus courts demeurent élevées. La plupart des mesures des anticipations d’inflation à long terme s’établissent autour de 2 %, ce qui soutient l’hypothèse d’une stabilisation de l’inflation autour de la cible à moyen terme.

Le renchérissement de l’énergie s’est ralenti en juin, mais les augmentations observées depuis le début du conflit, et leur incidence sur la hausse des prix des produits alimentaires, des biens et des services, devraient maintenir l’inflation à un niveau nettement supérieur à la cible jusqu’au premier semestre 2027. L’inflation devrait alors refluer, avec la diminution des prix de l’énergie et la progression plus lente des autres prix. Le conflit demeure toutefois une source d’incertitude substantielle. Le Conseil des gouverneurs surveille par conséquent de près l’ampleur et la persistance de la hausse des prix de l’énergie, ainsi que la manière dont elle se répercute sur la fixation des prix et des salaires, les anticipations d’inflation et la dynamique économique globale.

Évaluation des risques

Les risques pesant sur les perspectives de croissance sont orientés à la baisse. Le protocole d’accord conclu en juin 2026 entre les États-Unis et l’Iran a constitué une première tentative de résolution du conflit, mais de nouveaux reculs sont survenus les semaines précédant la réunion du Conseil des gouverneurs du 23 juillet, et la situation géopolitique reste fragile. Une nouvelle perturbation des approvisionnements en énergie pourrait entraîner une hausse des prix de l’énergie plus forte et plus durable qu’anticipé actuellement, qui pèserait sur les revenus réels, les dépenses et l’investissement. Une détérioration de la confiance sur les marchés financiers mondiaux ou un resserrement de l’offre de crédit pourraient freiner la demande. Des frictions supplémentaires dans les échanges commerciaux internationaux pourraient également perturber davantage les chaînes d’approvisionnement, réduire les exportations et affaiblir la consommation et l’investissement. D’autres tensions géopolitiques et, en particulier, la guerre injustifiée menée par la Russie contre l’Ukraine, demeurent une source majeure d’incertitude. Cela étant, la croissance pourrait être plus forte si l’économie et les marchés de l’énergie s’adaptaient plus rapidement que prévu aux perturbations causées par le conflit au Moyen-Orient ou si celui-ci trouvait une fin durable. De plus, les dépenses planifiées en matière de défense et d’infrastructures, les réformes visant à améliorer la productivité et à achever le marché unique ainsi que l’adoption par les entreprises de la zone euro de nouvelles technologies pourraient soutenir la croissance davantage qu’attendu.

Les risques pesant sur les perspectives d’inflation sont orientés à la hausse. Le choc énergétique pourrait encore s’intensifier et ses effets sur les autres prix et les salaires être plus forts qu’anticipé actuellement. Plus les prix de l’énergie resteront longtemps à des niveaux élevés, plus ils pourraient exacerber l’inflation au sens large à travers les effets indirects et de second tour. Les tensions commerciales actuelles pourraient entraîner une plus grande fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales, réduire l’offre de matières premières critiques et aggraver les contraintes de capacité au sein de l’économie de la zone euro. Des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur en cours, et, plus généralement, l’évolution des crises liées au climat et à la nature pourraient conduire à une hausse des prix des produits alimentaires plus importante que prévu. À l’inverse, l’inflation pourrait être plus faible si le conflit au Moyen-Orient était durablement résolu ou si les effets indirects et de second tour se révélaient moins prononcés qu’attendu. Des marchés financiers plus volatils et plus réticents à prendre des risques pourraient peser sur la demande et ainsi faire également reculer l’inflation.

Conditions financières et monétaires

Les conditions financières globales se sont légèrement durcies depuis la précédente réunion du Conseil des gouverneurs du 11 juin 2026, conformément au relèvement des taux d’intérêt directeurs de la BCE. Les taux débiteurs bancaires appliqués aux entreprises et le coût du financement par endettement de marché sont demeurés inchangés en mai, à 3,6 % et 4,0 % respectivement. Le taux de croissance annuel des prêts bancaires aux entreprises a augmenté à 4,0 %, contre 3,4 % en avril, mais cette évolution a été partiellement compensée par un ralentissement de la hausse des émissions d’obligations d’entreprises, de 4,5 % à 3,4 %. Selon l’enquête de juillet 2026 sur la distribution du crédit bancaire dans la zone euro, les critères d’octroi des crédits aux entreprises se sont légèrement resserrés au deuxième trimestre. La demande de crédits aux entreprises a légèrement progressé, sous l’effet d’une hausse de leurs besoins de financement du fonds de roulement mais aussi en lien avec les emprunts effectués par les grandes entreprises pour financer leur formation brute de capital fixe.

Les taux hypothécaires ont augmenté en mai, à 3,5 %, après 3,4 % en avril et la croissance des prêts hypothécaires s’est légèrement accélérée, à 3,1 %. Les critères d’octroi des prêts hypothécaires se sont durcis au deuxième trimestre en raison des inquiétudes grandissantes des banques quant aux risques économiques auxquels leurs clients sont confrontés et de leur plus grande réticence à prendre des risques elles-mêmes. La demande de prêts hypothécaires a diminué du fait d’une détérioration de la confiance des consommateurs et de la hausse des taux d’intérêt.

Décisions de politique monétaire

Lors de sa réunion du 23 juillet 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Par conséquent, les taux d’intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal restent à respectivement 2,25 %, 2,40 % et 2,65 %.

Les portefeuilles du programme d’achats d’actifs (asset purchase programme, APP) et du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (pandemic emergency purchase programme, PEPP) se contractent à un rythme mesuré et prévisible, car l’Eurosystème ne réinvestit plus les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance.

Conclusion

Le Conseil des gouverneurs entend mener sa politique monétaire pour assurer la stabilisation de l’inflation au niveau de sa cible de 2 % à moyen terme. Il suivra une approche s’appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l’orientation appropriée de la politique monétaire. Ses décisions relatives aux taux directeurs seront fondées sur son évaluation des perspectives d’inflation et des risques qui les entourent, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.

En toute hypothèse, le Conseil des gouverneurs se tient prêt à ajuster l’ensemble de ses instruments, dans le cadre de son mandat, pour assurer une stabilisation durable de l’inflation au niveau de sa cible à moyen terme et pour préserver la bonne transmission de la politique monétaire.

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Updated on the 6th of August 2026