Rapport

Rapport annuel de la BCE 2025

Published on 4th of May 2026

Par Christine Lagarde

En 2025, la BCE a réussi à ramener l’inflation à un niveau conforme à son objectif de 2 % à moyen terme, après qu’une succession de crises – pandémie, répercussions économiques de l’invasion injustifiée de l’Ukraine par la Russie – l’avait portée à des niveaux record fin 2022.

En réponse au choc d’inflation le plus important depuis une génération, la BCE a opéré le plus fort resserrement de la politique monétaire de son histoire, en procédant à un relèvement record des taux directeurs de 450 points de base entre juillet 2022 et septembre 2023, et en s’engageant à maintenir ces taux à des niveaux suffisamment restrictifs aussi longtemps que nécessaire.

Ce resserrement a porté ses fruits. L’inflation dans la zone euro s’est fortement ralentie, et à partir de la mi-2024, la BCE a commencé à réduire progressivement le caractère restrictif de sa politique monétaire. Début 2025, le processus de désinflation était en bonne voie et les projections de la BCE tablaient sur un retour de l’inflation au niveau de l’objectif.

Seulement, l’année a été marquée par un choc géopolitique majeur. Les États-Unis, plus grand marché à l’exportation de l’Europe, se sont entourés d’un mur tarifaire – une décision qui menaçait de peser sur la croissance de la zone euro et a rendu les perspectives d’inflation nettement plus incertaines.
En fin de compte, les effets inflationnistes ont été contenus. L’Europe s’est abstenue de prendre des mesures de rétorsion à grande échelle, et l’appréciation du taux de change de l’euro a atténué les pressions sur les prix à l’importation.

Étant donné que l’inflation a continué d’évoluer conformément à la trajectoire projetée, le Conseil des gouverneurs a pu continuer à réduire les taux directeurs et a procédé à quatre baisses consécutives pour un total de 100 points de base afin de ramener le principal taux directeur à 2,00 % en juin.

Chaque décision a été guidée par la fonction de réaction du Conseil des gouverneurs, fondée sur trois éléments : l’évaluation des perspectives d’inflation, la dynamique de l’inflation sous-jacente, et la force de la transmission de la politique monétaire. Lors de son processus décisionnel, le Conseil des gouverneurs a suivi une approche s’appuyant sur les données, réunion par réunion, sans s’engager à l’avance sur une trajectoire de taux particulière.

L’économie de la zone euro a fait preuve à cette période d’une résilience surprenante face à un environnement mondial difficile.

Cette résilience s’explique en partie par un phénomène d’anticipation de l’activité : les entreprises se sont efforcées de devancer les nouvelles barrières commerciales au cours des premiers mois de l’année, ce qui a stimulé de manière temporaire l’activité manufacturière européenne. Cette impulsion s’est estompée à mesure que les droits de douane sont entrés en vigueur et que l’activité manufacturière s’est affaiblie sous l’effet de problèmes de compétitivité.

Mais plus fondamentalement, ce qui a soutenu l’économie de la zone euro, c’est un véritable renforcement de la demande intérieure, qui a plus que compensé le choc extérieur. La demande intérieure a ainsi entièrement contribué à la croissance en 2025.

L’évolution la plus encourageante a sans doute été celle de l’investissement.

En effet, l’investissement des entreprises a progressé à un rythme dynamique, tiré par les domaines incorporels (intelligence artificielle, logiciels et numérisation), en raison de l’adoption accélérée des technologies numériques dans les firmes européennes. Et en fin d’année, la hausse des dépenses de défense allemandes a commencé à faire effet, elle-même en réponse au nouvel environnement géopolitique.

La croissance dans la zone euro a atteint 1,4 % en 2025, un niveau supérieur de près d’un tiers à celui projeté en début d’année, qui témoigne de la résilience de l’économie.

Ensemble, ces facteurs ont permis au Conseil des gouverneurs de laisser les taux directeurs inchangés à partir de juillet. Avec une inflation proche de l’objectif à moyen terme, des anticipations d’inflation à plus long terme solidement ancrées ainsi qu’une orientation globalement neutre de la politique monétaire, le Conseil des gouverneurs se trouvait dans une situation adéquate et en bonne position pour répondre aux chocs futurs dans un sens ou dans l’autre.

En 2025, le Conseil des gouverneurs a aussi formalisé la manière dont il interpréterait les chocs futurs et y réagirait, dans le cadre de l’évaluation de sa stratégie de politique monétaire, produit d’une collaboration de l’Eurosystème achevé en juin. Cette revue, dont le périmètre est plus restreint que celle de 2021, a tenu compte des enseignements tirés de l’évolution de l’environnement de l’inflation et de la réponse de politique monétaire qui a suivi.

L’évaluation a réaffirmé l’objectif d’inflation symétrique de 2 % à moyen terme en tant que pierre angulaire de la stratégie de la BCE. Elle a aussi étendu cette symétrie à la fonction de réaction : des écarts substantiels et durables de l’inflation, dans un sens ou dans l’autre, par rapport à l’objectif, seraient traités au moyen de mesures adéquatement fortes ou persistantes. Le Conseil des gouverneurs a également souligné l’importance de prendre en compte non seulement la trajectoire la plus probable de l’inflation et de la croissance, mais aussi les risques et les incertitudes qui l’entourent, notamment au moyen d’analyses de scénarios et de sensibilité.

Au-delà de la politique monétaire, la BCE a accompli des progrès dans toute une série d’autres domaines en 2025.

Alors que le débat sur la réduction de la complexité réglementaire prenait de l’ampleur en Europe, le Conseil des gouverneurs a créé le groupe de travail de haut niveau sur la simplification, chargé d’élaborer des propositions visant à rationaliser les cadres réglementaire, prudentiel et déclaratif. Le groupe de travail a publié ses recommandations vers la fin de l’année, en vue de contribuer à l’élaboration par la Commission européenne d’un rapport sur la situation globale du système bancaire européen.

L’infrastructure de marché et les paiements ont également connu des évolutions notables.

Le système de gestion des garanties de l’Eurosystème a été lancé en juin, remplaçant des plateformes nationales fragmentées par un dispositif unique spécifique. Les paiements instantanés libellés en euros réglés par l’intermédiaire de TIPS ont bondi de 132 %, à la suite des exigences énoncées dans le règlement sur les paiements instantanés de 2025, qui obligeaient les prestataires de services de paiement de la zone euro à être en mesure de recevoir et d’envoyer des paiements instantanés.

Le Conseil des gouverneurs a également décidé de lancer la prochaine phase du projet d’euro numérique, axée sur les préparatifs techniques, le dialogue avec les intervenants de marché et le processus législatif, l’objectif étant d’être prêt pour un possible exercice pilote en 2027 et un éventuel déploiement en 2029.

Dans le même temps, les travaux sur le nouveau graphisme des billets en euros se sont poursuivis, témoignant de l’engagement de la BCE à conserver les espèces en parallèle de la monnaie numérique. Le Conseil des gouverneurs a sélectionné deux thèmes possibles pour la prochaine série de billets, « La culture européenne : un héritage commun » et « Fleuves et oiseaux : force et diversité », et a lancé un concours de graphisme pour les nouveaux billets en juillet.

La qualité des recherches de la BCE a continué d’obtenir une large reconnaissance internationale, reflétant l’excellence de nos chercheurs. La BCE occupe désormais la première place au monde dans le domaine de l’économie monétaire selon RePEc (Research Papers in Economics), une base de données largement utilisée pour la recherche en économie.

À la fin de l’année, la zone euro s’est préparée à accueillir la Bulgarie en tant que 21e membre, cette adhésion confirmant l’attrait de l’euro dans un contexte d’incertitude géopolitique croissante. De plus, le soutien à l’euro parmi les habitants de la zone euro a atteint un record de 83 % au printemps et est resté solide tout au long de l’année.

Rien de cela n’aurait été possible sans le dévouement et l’expertise des services de la BCE. Le présent rapport annuel fournit un compte rendu détaillé de leurs travaux en 2025.

Francfort-sur-le-Main, mai 2026

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Updated on the 4th of May 2026