Compte rendu de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la BCE des 9 et 10 septembre 2026

Compte rendu de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne qui s’est tenue à Berlin le mercredi 9 et le jeudi 10 septembre 2026

Published on 8th of October 2026

Évolutions sur les marchés financiers

Mme Schnabel a commencé sa présentation en faisant observer que, depuis la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs des 22 et 23 juillet 2026, les marchés financiers de la zone euro ont continué d’être déterminés par les évolutions des prix de l’énergie, l’attention du marché se tournant vers la hausse mondiale des rendements à long terme dans un contexte de résilience de la macroéconomie de la zone euro.
 
La persistance d’un niveau élevé des prix de l’énergie, renforcée par des préoccupations quant au renchérissement des produits alimentaires, a poussé à la hausse les anticipations des marchés relatives aux perspectives d’inflation et aux taux directeurs. Les prix de l’énergie ont augmenté et les courbes des contrats à terme se sont déplacées vers le haut en raison de la reprise des hostilités entre les États Unis et l’Iran. En Europe, l’attention s’est déplacée du pétrole vers les produits raffinés et le gaz. Le prix et la courbe des contrats à terme du gazole, un produit raffiné de type diesel, ont fortement augmenté, reflétant les inquiétudes relatives aux capacités de raffinage limitées. De même, les prix du gaz en Europe ont atteint leur plus haut niveau enregistré depuis début 2023, et les faibles niveaux des stocks de gaz en Europe pourraient exercer des tensions supplémentaires à la hausse sur les prix du gaz. La récente vague de chaleur en Europe, et ce qui pourrait probablement constituer un événement « El Niño » fort, ont également ajouté aux inquiétudes concernant des pressions à la hausse sur les prix, les prix internationaux des produits alimentaires ayant considérablement augmenté au cours des derniers mois.
 
Les perspectives d’inflation extraites des instruments de marché ont continué d’être principalement déterminées par les évolutions des prix de l’énergie. Au fil du temps, les marchés ont réévalué la persistance du choc inflationniste. Après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les marchés ont rapidement intégré dans leurs prix un important choc inflationniste à court terme, avec une augmentation brutale des fixings d’inflation en décembre 2026. Les fixings d’inflation pour juin 2027 ont réagi moins fortement dans un premier temps mais ont augmenté régulièrement depuis mi-avril, les intervenants de marché considérant de plus en plus le conflit comme une source persistante de perturbations. Par conséquent, les marchés s’attendent actuellement à ce que les tensions inflationnistes dépassent largement l’impulsion initiale des prix de l’énergie. À plus long terme, les fixings d’inflation pour décembre 2027 n’ont que légèrement augmenté jusqu’ici, suggérant une baisse de l’inflation en 2027, conformément aux projections établies par les services de la BCE, tout en restant supérieure à 2 %.
 
Cette réévaluation s’est reflétée dans les anticipations relatives au taux terminal de la BCE, qui a dépassé 3 % pour la première fois au cours du présent cycle de relèvement des taux. Les marchés intègrent totalement dans leurs prix un relèvement des taux lors de la présente réunion et ont intégré un relèvement des taux de globalement 84 points de base d’ici à fin 2027, contre 64 points de base au moment de la réunion de juillet. Les participants à l’enquête auprès des analystes monétaires ont une vision plus favorable, l’anticipation médiane ne suggérant qu’un ultime relèvement des taux lors de la réunion de septembre. Aux États-Unis, les anticipations de politique monétaire ont également mis en évidence un taux terminal légèrement plus élevé, les marchés intégrant actuellement dans leurs prix entre un et deux relèvements des taux en 2026.
 
La discussion sur les marchés a porté sur la hausse des rendements à long terme au niveau mondial, qui provient des États-Unis, où le niveau élevé des émissions privées et publiques, les inquiétudes concernant la trajectoire budgétaire et l’incertitude quant à l’inflation ont poussé les rendements à la hausse. Depuis la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de juillet, la courbe de rendement du taux nominal des swaps au jour le jour (OIS) dans la zone euro s’est déplacée vers le haut de manière largement parallèle. Le mouvement sur la partie courte de la courbe résulte pour l’essentiel d’une compensation de l’inflation plus élevée et d’une hausse attendue des taux, reflétant la réponse de politique monétaire attendue face au choc d’inflation. La partie longue (le taux à cinq ans dans cinq ans) s’est déplacée vers le haut du fait d’une hausse des primes de terme réelles, ce qui reflète probablement une augmentation de la duration devant être absorbée par les marchés en raison d’une hausse des émissions de dette, ainsi que de l’incertitude accrue quant aux perspectives budgétaires.
 
Si l’on considère les taux des swaps au jour le jour (OIS) à dix ans de la zone euro et leurs composantes dans une perspective de plus long terme, cela montre que les taux nominaux à long terme, les taux réels, les anticipations de taux et les primes de terme se sont négociés au sein d’une fourchette relativement étroite depuis le quatrième trimestre 2022, et qu’ils ne se situent pas à des niveaux très au-delà de leur moyenne sur quatre ans. Toutefois, après un point bas fin 2024, toutes les composantes ont progressivement augmenté. L’essentiel de cette augmentation est intervenu après deux évènements distincts : l’annonce des mesures budgétaires par l’Allemagne en mars 2025 et le début du conflit au Moyen-Orient en février 2026. Une décomposition des taux nominaux des swaps au jour le jour (OIS) à dix ans dans la zone euro en déterminants structurels montre que des facteurs internes (une amélioration de l’environnement macroéconomique de la zone euro et une réévaluation des anticipations relatives à la politique monétaire de la BCE) en ont été les principaux déterminants. Les facteurs américains semblent avoir joué un rôle récemment, mais les effets de contagion des rendements américains vers ceux de la zone euro ont globalement été plus modestes ces deux dernières années. Tandis que les chocs de prime de terme américains ont jusqu’ici expliqué la majeure partie de la variation des primes de terme dans la zone euro, cette part aurait reculé pour s’établir à 20 %. Les mouvements à la hausse des primes de terme américaines, qui refléteraient de plus en plus des facteurs spécifiques aux États-Unis, constituent l’une des explications possibles des effets de contagion structurellement plus faibles.
 
Les marchés des obligations souveraines de la zone euro sont demeurés ordonnés. Les écarts de rendement des obligations souveraines par rapport aux taux OIS sont restés globalement stables depuis la précédente réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs. Cela suggère que la récente hausse des rendements dans la zone euro n’a pas déclenché de réévaluation plus large du risque de crédit souverain, tandis que les marchés ont continué de faire une distinction entre les émetteurs.
 
S’agissant des taux de change, l’intervention coordonnée des autorités américaines et japonaises pour soutenir le yen a d’abord entraîné une forte appréciation de la monnaie japonaise par rapport au dollar américain, tandis que l’euro s’est apprécié vis-à-vis du dollar.

Les marchés d’actions de la zone euro ont continué de progresser, portés par une persistance des surprises positives en matière de données macroéconomiques, des anticipations de forte croissance des bénéfices des entreprises et un optimisme soutenu concernant l’intelligence artificielle (IA). Dans le même temps, des préoccupations sont apparues concernant l’endettement accru des entreprises du secteur de l’IA, dont une part importante est constituée de hors bilan. Si les expositions directes de la zone euro à l’endettement lié à l’IA sont restées limitées, les investisseurs sont de plus en plus exposés aux valorisations et aux anticipations de bénéfices liées à l’IA à travers les marchés d’actions. Une question importante a été de savoir si l’essor de l’investissement dans l’IA, et en particulier l’augmentation de l’endettement, pourrait générer des effets d’éviction sur les marchés obligataires de la zone euro. Jusqu’à présent, les marchés de la zone euro ont absorbé les émissions plus élevées des fournisseurs américains de services de gestion de données à très grande échelle (hyperscalers) sans détérioration notable des conditions de financement pour les autres émetteurs.
 
Mme Schnabel a conclu en soulignant que les conditions financières de la zone euro s’étaient légèrement durcies depuis la dernière réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs. Ce durcissement s’explique par une légère hausse des taux nominaux et réels à long terme, ainsi que par une appréciation de l’euro, qui n’a été que partiellement contrebalancée par l’assouplissement lié aux actifs risqués.
 

Updated on the 8th of October 2026