Inflation

Quelle transmission des prix du pétrole aux prix des carburants ?

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Une hausse de 1% du prix du gazole raffiné importé se traduit in fine par une hausse de 0,75% du prix HT et de 0,3% du prix TTC du gazole à la pompe en France. L’ajustement est progressif mais rapide : après une semaine, la hausse du prix HT est de 0,45% soit plus de 50% de la transmission finale. Les prix réagissent de la même manière à un choc à la hausse ou à la baisse.

Publié le 14/10/2021

Note : 14 jours ouvrés après un choc de 1% sur le prix du gazole raffiné sur le marché de Rotterdam, le prix HT du gazole dans les stations-services françaises a augmenté de 0,72%. En rouge, estimation de l’effet moyen sur le prix HT; en bleu, estimation de l’effet moyen sur le prix TTC à partir de la part du prix HT dans le prix TTC (41%) ; zones grisées : intervalles de confiance à 95% de l’estimation.

Depuis plusieurs mois, sous l’effet de la remontée du prix du pétrole, les prix des carburants à la pompe sont orientés à la hausse (+20,2% sur un an pour le gazole en septembre 2021) après avoir fortement chuté au début 2020. Même si le poids des carburants à la pompe dans le panier moyen de consommation des ménages est relativement faible (4% environ dans le panier de l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisé), la forte volatilité de leur prix contribue de façon significative aux variations de l’inflation en France (Kalantzis et Ouvrard, 2018). Enfin, les achats relativement fréquents de carburants et le mode d’affichage public des prix font que leur prix est particulièrement suivi par les ménages, ce qui affecte leur perception de l’inflation ou du pouvoir d’achat (Coibion et Gorodnichenko 2015). Ce billet propose de décrire la fixation des prix des carburants en France, et comment les variations du prix du pétrole raffiné se répercutent sur ces derniers.

Relier les variations du coût de la matière première aux variations de prix des carburants

Le prix à la pompe (toutes taxes comprises (TTC)) peut se décomposer en deux parties distinctes : les taxes (une taxe de montant fixe par litre, la TICPE - Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques - et la TVA, proportionnelle au prix incluant la TICPE) qui représentent environ 60% du prix TTC et le prix hors taxe (HT) (Graphique 2).

Graphique 2 : Décomposition du prix TTC des carburants (septembre 2021)
Graphique 2 : Décomposition du prix TTC des carburants (septembre 2021) Sources : Ministère de la transition écologique, Reuters, Bloomberg. Calcul des auteurs.

Note : Prix TTC en euros par litre – moyenne septembre 2021 : 1,58€ pour l’essence SP95 et 1,45€ pour le gazole. Sur 1,45€ de prix moyen du gazole, la TICPE représente 0,61€, la TVA 0,24€, et le prix HT 0,60€ (dont 0,45 € de matière première, et 0,14€ de marge ou d’autres coûts). Le prix HT représente 41% du prix TTC.

C’est cette deuxième composante qui peut varier à une fréquence quotidienne. Le prix HT intègre en particulier le coût d’achat de la matière première (carburant raffiné importé ou produit dans des raffineries en France), les coûts de distribution (main d’œuvre, transport…) et enfin la marge des distributeurs. Le prix de la matière première fluctue quotidiennement en suivant étroitement les évolutions du prix du pétrole brut (Brent), et dépend aussi des coûts de raffinage. Le prix en euros des carburants raffinés vendus en gros pour être importés et qui sont échangés sur le marché européen (cotés sur le marché de Rotterdam notamment) permet de suivre quotidiennement les variations du coût de la matière première auxquelles font face les stations-service. Par exemple, quand le prix de la matière première augmente, le coût d’achat de cette matière première augmente pour la station et sa marge diminue voire disparait si elle ne répercute pas immédiatement cette variation de coût. Pour décrire la façon dont les stations transmettent ces variations de coûts aux consommateurs, nous utilisons les données granulaires et exhaustives de prix des carburants publiées par le site du Ministère de l’Économie et des Finances depuis 2007 (https://www.prix-carburants.gouv.fr/) et collectées pour l’ensemble des stations françaises à une fréquence quotidienne (soit environ 10 000 stations et 30 millions de prix individuels).

Les stations modifient en moyenne leur prix une fois par semaine seulement

Si les prix des carburants changent fréquemment, ils ne changent pas tous les jours, alors que c’est le cas du prix de la matière première. En moyenne, le prix des carburants reste fixe pendant environ 5 jours. Quand ils changent, les prix hors taxes s’ajustent en moyenne de 2% aussi bien à la hausse qu’à la baisse, ce qui correspond à des changements d’environ 1 centime sur le prix TTC. Les petits changements de moins de 1% sont très peu fréquents. Cette inertie des prix peut s’expliquer en partie par le fait que l’affichage des prix des carburants se termine souvent par une dernière décimale en 0, 5 ou 9, ce qui implique des changements moins fréquents et de plus grande ampleur (Levy et al. 2011).

Il existe des différences importantes dans le comportement d’ajustement des prix entre les stations, en particulier entre les stations pratiquant des prix en moyenne plus faibles que la moyenne et celles pratiquant des prix plus élevés. Les stations pratiquant des prix plus faibles modifient leurs prix plus fréquemment que les autres : la durée pendant laquelle un prix reste fixe est d’environ 3 jours alors qu’elle est de 6 à 7 jours ouvrés pour les stations dont les prix sont plus élevés que la moyenne.

Une variation du coût de la matière première est totalement intégrée aux prix des carburants après 4 semaines

Suite à une variation du coût de la matière première, les prix des carburants s’ajustent progressivement. Il faut en moyenne 11 jours ouvrés pour observer 90% de la transmission d’une variation de coût aux prix et la répercussion totale aux prix des carburants prend environ 20 jours ouvrés. Toutefois, plus de la moitié de la transmission aux prix est déjà effectuée en une semaine.

Pour un choc de 1% sur le prix du gazole raffiné, le prix HT du gazole augmente à long terme de 0,75% (Graphique 1). Cela se traduirait par une hausse du prix TTC de 0,3%, compte tenu du montant fixe par litre de la TICPE. Ces élasticités de long terme sont cohérentes avec la part du gazole raffiné dans le coût total de la production du service (Graphique 2) qui inclut d’autres coûts de distribution (transport, main d’œuvre…) : à long terme, les stations transmettent l’ensemble de la hausse du coût de la matière première à hauteur de sa part dans les coûts totaux. Si on raisonne en niveau de prix, une hausse de 1% du prix du gazole importé (pour un prix initial de 0,45 euro en septembre 2021) équivaut à 0,45 centime d’euro et se traduit par une hausse identique à terme pour le prix TTC du gazole (c’est-à-dire 0,3% du prix initial du gazole, égal à 1,45 euros en septembre 2021).  

Le prix du produit raffiné dépendant des évolutions du prix du pétrole brut (Brent), la réponse des prix HT des carburants aux évolutions du prix du Brent est très proche de celle obtenue avec le produit raffiné. À long terme, l’ampleur de la réaction du prix HT est légèrement plus faible (0,70%) et l’écart entre les effets de long terme reflète le poids du coût du pétrole dans le coût de production du produit raffiné (environ 90%).

Graphique 3 : Hétérogénéité de la réaction des prix HT à une hausse de 1% du coût du gazole raffiné (Rotterdam), selon le niveau de prix
Graphique 3 : Hétérogénéité de la réaction des prix HT à une hausse de 1% du coût du gazole raffiné (Rotterdam), selon le niveau de prix Sources : Ministère de la transition écologique, Reuters. Calcul des auteurs

Note : « Prix très bas », resp. « très élevés », désigne les stations avec un prix inférieur au 1er quartile), resp. avec un prix supérieur au 3ème quartile). « Prix bas », resp. « élevés », désigne les stations avec un prix entre le 1er quartile et la médiane, resp. entre la médiane et le 3ème quartile.

Il existe par ailleurs des différences entre stations dans la transmission des variations de coût. Celles pratiquant des prix plus faibles que la moyenne répercutent un peu plus les variations de coût (Graphique 3). Cette transmission, plus élevée à long terme, traduit une part de la matière première plus importante dans le coût total pour ces stations. In fine, en niveau de prix, une hausse du prix du diesel importé de 0,45 centime d’euro se traduit toutefois par une hausse identique en centime pour toutes les stations. Les différences entre les stations sur les durées d’ajustement sont cependant très faibles et plus de 90% du choc est intégré par toutes les stations en une dizaine de jours ouvrés.

Enfin, la question de l’asymétrie de réaction est souvent un sujet d’interrogation pour les ménages. Dans le cas que nous étudions, la réponse des stations à une baisse du coût d’achat de la matière première est similaire à la réponse à une hausse de ce coût (Graphique 4): les prix des carburants s’ajustent à la même vitesse et l’ampleur de l’ajustement de long terme est identique, un résultat fréquemment mis en avant dans la littérature académique en la matière, bien que cette dernière ne fournisse pas de résultats univoques (Deltas et Polemis, 2020).

Graphique 4 : Réaction des prix HT du gazole à une hausse, et à une baisse en valeur absolue, de 1% du coût du gazole raffiné
Graphique 4 : Réaction des prix HT du gazole à une hausse, et à une baisse en valeur absolue, de 1% du coût du gazole raffiné Sources : Ministère de la transition écologique, Reuters. Calcul des auteurs

Note : 14 jours ouvrés après un choc à la hausse de 1% sur le prix du gazole raffiné sur le marché de Rotterdam, le prix HT du gazole a augmenté de 0,7% (courbe continue). Après un choc à la baisse de 1%, le prix a baissé de 0,7% après 14 jours (courbe pointillée en valeur absolue). Zone grisée : intervalle de confiance à 95% de l’estimation.

Par Erwan GAUTIER, Magali MARX et Paul VERTIER

La hausse de l’inflation en France est-elle temporaire ?

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La hausse récente de l'inflation en France est de nature temporaire mais peut encore durer plusieurs trimestres. Elle est liée à une normalisation après le creux de 2020 et à l’augmentation des prix industriels et de l’énergie. Après un point haut lié à ces effets temporaires, l’inflation reviendrait en dessous de 2% dans le courant de 2022.

Publié le 11/10/2021

L’inflation en France est en forte hausse depuis le début de l’année

Deux indices de prix permettent de suivre l’évolution de l’inflation des prix à la consommation en France, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) – établi selon une méthodologie harmonisée pour permettre des comparaisons entre pays de la zone euro et de l'Union européenne – et l’indice des prix à la consommation (IPC) – plus communément utilisé en France. Le glissement annuel (g.a.) de l’IPCH s’élève à 2,7 % et celui de l’IPCH hors énergie et alimentation à 1,7 %, selon les données provisoires de septembre. Ces données ainsi que celles du mois d’août sont conformes aux projections d’inflation de la Banque de France publiées début septembre, pour lesquelles seule l’inflation de juillet était connue. L’inflation en France reste ainsi inférieure à celle de la zone euro, dont le g.a. se situerait en septembre à 3,4 % pour l’IPCH total et à 1,9 % pour l’IPCH hors énergie et alimentation. Autre fait notable, la hausse des prix des produits manufacturés est particulièrement élevée avec un g.a. de 0,8 % sur l’ensemble du 3e trimestre, comparé à une moyenne de 0,0 % sur les années 2010-2020.

L’inflation de l’IPC est d’ordinaire légèrement inférieure à celle de l’IPCH, de 0,15 point en moyenne, mais l’écart s’est sensiblement accru depuis le deuxième trimestre 2021. L’inflation IPC s’élève en septembre à 2,1 %, très en dessous de l’inflation IPCH à 2,7 %. Cette différence provient notamment du poids plus élevé dans le panier de l’IPCH de l’énergie (en contrepartie d’un moindre poids des dépenses de santé, car l’IPCH ne prend en compte que les dépenses à la charge des assurés, et non celles remboursées ou payées par l’assurance maladie), dont le prix est en forte hausse.

Ces chiffres posent la question d’un retour durable de l’inflation. L’évolution de celle-ci dépendra d’une double dynamique, avec des horizons temporels différents. La hausse actuelle est très certainement temporaire même si elle peut durer encore plusieurs trimestres. Elle reflète une normalisation après le creux de 2020 ainsi que la hausse du prix de l’énergie et des biens manufacturés. À plus long terme, la reprise économique devrait permettre une remontée plus durable de l'inflation du niveau général des prix et des salaires.

L’inflation élevée en 2021 s’explique en partie par une normalisation après sa forte baisse de 2020

En France, le redressement de l’IPCH depuis le début de l’année reflète en partie des effets de base sur l’énergie et les services, par nature temporaires. En 2020, le prix du pétrole avait connu une forte baisse. Parallèlement, les mesures de restriction sanitaire avaient entrainé une baisse de la consommation et des prix des services, en particulier des services privés tels que les transports et l’hébergement. Prendre ces niveaux de prix très bas comme référence pour calculer l’évolution des prix produit mécaniquement un glissement sur un an dynamique. L’effet de base sur l’IPCH total se voit lorsque l’on compare le glissement sur un an avec le glissement sur 2 ans en rythme annualisé (figure 2) : au 3e trimestre 2021, l’IPCH a augmenté de 2,2 % par rapport au 3e trimestre 2020, mais seulement de 1,3 % en rythme annualisé depuis le 3e trimestre 2019, soit un rythme proche de la tendance pré-Covid.

Figure 2 : L’inflation élevée en 2021 reflète en partie un effet de base après l’inflation faible de 2020  (IPCH en France, glissement annuel et glissement sur deux ans annualisé, %)
Figure 2 : L’inflation élevée en 2021 reflète en partie un effet de base après l’inflation faible de 2020 (IPCH en France, glissement annuel et glissement sur deux ans annualisé, %) Source : INSEE

Le fort rebond des prix de l’énergie se répercute sur l’inflation

À la hausse du prix du pétrole largement tirée par l’effet de base décrit plus haut s'ajoute une envolée des cours du gaz depuis le mois de juin 2021, avec une hausse des prix au détail (tels que mesurés dans l’IPCH) qui atteint 27% sur un an en août 2021. Le prix réglementé de l’électricité devrait connaître une hausse plus limitée, de 4 %, en février 2022, reflétant partiellement la très forte hausse du prix sur les marchés de gros. Une part de l’inflation induite par ces hausses de prix est temporaire. Le marché des prix à terme du gaz naturel anticipe ainsi un fort recul des prix au 2e trimestre 2022, une fois passée la forte demande liée à la reconstitution des stocks et à la saison hivernale. On ne peut cependant exclure que les tensions actuelles se prolongent un peu plus longtemps. En outre, les politiques de transition énergétique pourraient induire à l’avenir une tendance à la hausse du prix relatif de ces produits fortement carbonés, même si l'effet sur l'inflation française devrait être limité par les faibles émissions de CO2 de la production électrique nationale.

La hausse de l’inflation hors énergie reflète des tensions sur les prix industriels, provoquées par des désajustements entre offre et demande suite à la réouverture de l’économie mondiale

La réouverture de l’économie mondiale a provoqué une soudaine reprise de la demande, qui s’est davantage portée vers les biens du fait des restrictions sanitaires ou des changements de comportement affectant encore le secteur des services. Dans le même temps, dans un contexte de faible niveau des stocks, le redémarrage des chaines d’approvisionnement mondiales a été perturbé par des problèmes logistiques, par exemple dans le transport par containers, et des difficultés de production de certains types d'intrants comme les semi-conducteurs. Il en résulte une envolée des prix mondiaux des matières premières industrielles et des biens intermédiaires. Ces hausses se transmettent ensuite aux prix à la consommation des produits manufacturés qui marquent en effet une accélération notable en France au 3e trimestre 2021, à 0,8 %. De fait, en glissement sur deux ans (afin de neutraliser les effets de base liés au choc Covid de 2020), les prix à la consommation ont nettement accéléré pour les prix des produits manufacturés, alors que ce n’est pas le cas pour les prix des services (figure 3).

Figure 3 :  Accélération du prix des produits manufacturés mais pas du prix des services par rapport à leur rythme pré-Covid (IPCH, glissements sur 2 ans en rythme annualisé, %)
Figure 3 : Accélération du prix des produits manufacturés mais pas du prix des services par rapport à leur rythme pré-Covid (IPCH, glissements sur 2 ans en rythme annualisé, %) Source : INSEE

La hausse actuelle de l’inflation sera-t-elle durable ?

La hausse du prix des intrants industriels et des matières premières a surpris par son ampleur et sa durée. Il est en effet très difficile de prévoir le moment où l'inflation atteindra son point haut. Certains prix, comme ceux du bois et des métaux ferreux, ont déjà dépassé leur pic et sont en forte baisse. D’autres, comme ceux du caoutchouc, des métaux non ferreux ou des matières premières agricoles, poursuivent leur hausse (figure 4). Par ailleurs, certains analystes craignent que les difficultés de production de semi-conducteurs et de transport par containers durent encore plusieurs trimestres.

Figure 4 :  Prix de quelques matières premières  (indice 100=2018)
Figure 4 : Prix de quelques matières premières (indice 100=2018) Source : INSEE

Le risque inverse existe aussi : les épisodes précédents de forte hausse du prix des biens manufacturés (2002−03 et 2011−12) ont été suivis de baisses de prix qui ont pesé sur l'inflation totale. En particulier, le fléchissement possible de la croissance chinoise, en lien notamment avec les difficultés du marché immobilier, pourrait mener à un recul de la construction qui pèserait sur le prix des matières premières mondiales.

En prenant en compte ces différents facteurs, la projection de la Banque de France publiée en septembre prévoit un pic d'inflation à 2 3/4 % fin 2021, suivi d'un contrecoup en 2022. Le risque principal autour de cette projection est que la hausse actuelle de l’inflation soit plus forte et dure plus longtemps. Après avoir reflué, l’inflation devrait revenir en 2023 sur une pente ascendante mais plus graduelle (figure 1), avec une inflation moyenne de 1,3 % sur l'ensemble de l'année 2023.

Dans un contexte de reprise économique et une fois dissipés les facteurs temporaires de hausse, l’inflation reviendrait sur une tendance légèrement ascendante tout en restant en deçà de 2% à l’horizon 2023

En effet, une fois passés les effets temporaires décrits précédemment, qui pourraient durer encore plusieurs trimestres, l’inflation devrait être dominée par une seconde dynamique : l’accélération graduelle du niveau général des prix et des salaires en lien avec la bonne tenue du marché de l’emploi. La reprise de l’activité, en particulier de l’emploi, devrait se transmettre progressivement aux salaires et aux prix. Alors que la première dynamique concerne le prix de l’énergie et des biens manufacturés et se produit rapidement sous l’effet des hausses subites du prix des matières premières, la seconde dynamique concerne également l’inflation du prix des services et serait plus graduelle.

Dans cette seconde phase, les salaires réagiront à la fois aux hausses de prix constatées et à la reprise du marché du travail. Cette réaction pourra être amplifiée par les difficultés de recrutement, qui affectent aujourd’hui de nombreuses entreprises. La transmission des salaires aux prix dépendra de l’évolution des marges des entreprises, qui se situent actuellement à un niveau très élevé. Prix et salaires dépendront aussi de l’évolution des anticipations d’inflation des ménages et des entreprises. Les anticipations à moyen terme mesurées à partir des instruments financiers indexés sur l’inflation, qui étaient tombées à moins de 1% pour la zone euro au début de la crise, ont certes nettement remonté, mais elles restent encore sensiblement en dessous de 2%.

L’inflation IPCH en France projetée par la Banque de France est de 1,3 % en 2023. Celle de la zone euro projetée par la Banque Centrale Européenne est de 1,5 %. Même en prenant en compte les différents aléas sur la durée des facteurs temporaires et sur l’évolution des salaires, le scénario le plus probable est que l’inflation en 2023 reste inférieure à 2 % dans ces deux zones.

Par Yannick Kalantzis et Youssef Ulgazi

Inflation sous-jacente hors loyers plus faible aux US qu’en zone euro

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L’écart d’inflation sous-jacente entre États-Unis (US) et zone euro (ZE) est dû essentiellement au poids des loyers dans les indices des prix. Depuis le billet de l’année dernière sur la question, ce constat est confirmé : l’inflation sous-jacente hors loyers est actuellement plus faible aux États-Unis qu’en zone euro, mais l’inflation sous-jacente reste nettement plus élevée aux États-Unis.

Publié le 09/03/2018

Dans un billet publié sur ce blog il y a un an avec Vincent Grossmann-Wirth (en français ; en anglais), nous examinions l’écart entre l’inflation sous-jacente aux États-Unis (US) et en zone euro (ZE). Notre principal objectif était de décomposer les indices des prix afin d’examiner des activités comparables reflétant la situation macroéconomique domestique des deux côtés de l’Atlantique. Notre analyse se focalisait par conséquent sur l’inflation dite « sous-jacente » : l’inflation des prix hors énergie et alimentaire. Les prix de l’énergie et des biens alimentaires sont plus volatils et, notamment pour l’énergie, principalement déterminés par des facteurs internationaux. Ainsi, il est préférable de les mettre de côté si l’on veut procéder à une comparaison des différences fondamentales d’inflation entre pays. Dans ce billet, nous nous intéressons aux États-Unis et à la zone euro (plutôt qu’à la France) dans la mesure où, comme indiqué dans le billet précédent, notre constat concernant les taux d’inflation de la zone euro est également valable pour la France.

Dans le précédent billet, nous avons mis en évidence deux faits marquants :

  • Fait n°1 : L’évolution de l’inflation sous-jacente aux États-Unis est très différente lorsque les loyers sont exclus de l’indice des prix. En revanche, en zone euro, inflation sous-jacente et inflation sous-jacente hors loyers sont similaires.

     

  • Fait n°2 : Depuis 2014, l’inflation sous-jacente américaine est supérieure d’environ 1 point de pourcentage à celle de la zone euro. Toutefois, quand on exclut les loyers, cette différence disparaît presque entièrement sur la période 2013-2015 et est réduite des deux tiers sur 2016. Si on exclut le coût des soins de santé, cette différence est encore réduite, surtout en 2016.

Au regard de ces faits, nous sommes parvenus à la conclusion qu’il est essentiel de bien comprendre les marchés immobiliers pour pouvoir interpréter les différences de taux d’inflation entre les États-Unis et la zone euro. Il faut se garder d’attribuer à la conjoncture macroéconomique générale des différences principalement déterminées par un secteur spécifique dont l’activité et les prix des actifs suivent des cycles particuliers. Il n’y a pas de raison d’utiliser ou de cibler un indice des prix qui exclut les loyers – lesquels représentent une part importante du budget des ménages –, mais les caractéristiques particulières des cycles des prix immobiliers doivent être prises en compte dans l’examen des différentiels d’inflation.

L’inflation sous-jacente hors loyers est actuellement plus faible aux US

Voici une actualisation de ces deux faits stylisés basée sur les données de 2017:

  • Le fait n°1 reste constant (graphique 1). Depuis 2000, aux États-Unis, on constate fréquemment des différences notables entre l’inflation sous-jacente et l’inflation sous-jacente hors loyers. Une différence particulièrement importante persiste depuis 2013, date du redressement du marché immobilier américain. Inversement, les différences entre inflation sous-jacente et inflation sous-jacente hors loyers sont négligeables en zone euro. La différence entre États-Unis et zone euro ne s’explique qu’en partie par le fait que les loyers imputés sont inclus dans l’indice des prix aux États-Unis (voir ligne rouge fine pointillée dans le graphique 1). Comme expliqué dans le billet de l’année dernière, cette différence est due au fait qu’aux États-Unis, les loyers ne suivent pas la même évolution que l’inflation sous-jacente (taux de croissance plus élevé depuis 2013, notamment), alors qu’en zone euro, loyers et inflation sous-jacente suivent une trajectoire similaire. La différence est amplifiée par le fait que les loyers imputés aux propriétaires-occupants sont inclus dans l’indice des prix aux États-Unis : de ce fait, le poids total des loyers est environ cinq fois plus élevé que dans l’indice des prix en zone euro.

     

  • Le fait n°2 est plus marqué (graphique 1). Depuis le deuxième trimestre 2017, l’inflation sous-jacente hors loyers est plus faible aux États-Unis que dans la zone euro, tandis que l’inflation sous-jacente reste (en moyenne sur 2017) plus élevée de 0,8 point de pourcentage outre-Atlantique.

Par Eric Monnet et Angel Gomez

L’impact du prix du pétrole sur l’inflation en France et en zone euro

Français

Une hausse de 10 EUR du prix du pétrole augmente les prix à la consommation de 0,4% en zone euro et en France. Une partie non négligeable de cette hausse vient des composantes hors énergie des prix à la consommation. Cet effet indirect s'élève à 0,1 point en zone euro et 0,15 point en France.

Publié le 28/02/2018

Les variations du prix du pétrole des dernières années ont fortement affecté l’évolution des prix à la consommation en France et en zone euro. Les mouvements du prix du pétrole (graphique 1) sont transmis très vite à l'inflation via la composante énergie de l'indice des prix à la consommation harmonisé IPCH (environ 9% de l’indice total en France comme en zone euro). Cette composante comprend notamment les prix du carburant et du chauffage au fioul qui réagissent directement au prix du baril de brut. Des outils d'analyse conjoncturelle permettent de chiffrer l'impact direct du prix du pétrole sur l'inflation IPCH via cette composante énergie : une hausse de 10 EUR du prix du baril de Brent se répercute ainsi directement et très rapidement (en moins d’un trimestre) sur l'IPCH à hauteur de 0,3 point pour la zone euro et de 0,25 point pour la France. Il est d’ailleurs à noter que l’existence de taxes sur les volumes, et non la valeur des consommations énergétiques, comme la TICPE en France, agit comme un amortisseur du choc sur la variation du prix final de l’énergie.

Graphique 1 : prix du pétrole en euro et composante énergie de l’IPCH en France et en zone euro (glissements annuels en %) Source : Eurostat

Toutefois, la transmission des mouvements du prix du baril de pétrole brut ne s'arrête pas là : le pétrole rentre dans la production de nombreux biens et services, comme la chimie ou les transports aériens. Il affecte donc indirectement l'inflation hors énergie. Outre les effets directs et indirects, un troisième canal peut affecter l’inflation : celui des effets « de second tour » menant à une hausse des salaires au travers de mécanismes d’indexation (cas du SMIC en France) ou via les négociations salariales, ce qui alimente en retour la hausse des prix. Ce billet se concentre sur les effets directs et indirects des variations du prix du pétrole, hors effets de second tour qui interviennent avec retard.

Comment évaluer l’impact indirect du prix du pétrole sur l’inflation ?

Nous partons pour ce faire de deux idées simples. Premièrement, la France et la zone euro utilisent pour l'essentiel du pétrole importé. Les importations nettes de pétrole représentaient en 2016 l'équivalent de 3200 millions de barils en zone euro et 550 millions en France.

Deuxièmement, la demande de pétrole est très peu sensible à son prix à court terme. Une variation de 10 euros du prix du baril se traduit donc mécaniquement par une hausse proportionnelle de la facture pétrolière, à hauteur de 32 milliards d'euros en zone euro, soit 0,6% des dépenses de consommation des ménages, et 5,5 milliards d'euro en France, soit 0,5% des dépenses de consommation.

Cette hausse correspond ainsi à l'impact total, direct et indirect, sur les prix de la demande finale, avant prise en compte d’éventuels effets de second tour passant par la réaction des salaires à la hausse de l’inflation. En exploitant les tableaux entrée-sortie de la comptabilité nationale, nous estimons des contenus en importations énergétiques des différents postes de la demande. Nous montrons ainsi que la consommation des ménages compte pour environ 60% de l’utilisation finale des importations nettes de pétrole en zone euro comme en France (le reste étant majoritairement incorporé dans la production de biens exportés). À cela s’ajoute le pétrole déjà contenu dans les importations de biens manufacturés qui entrent dans la consommation. En supposant que la structure de production de ces biens est similaire à celle des biens produits en zone euro et en France, nous obtenons un contenu total en pétrole de la consommation égal à 65% de la facture pétrolière en zone euro et à 73% en France. Comme le montre le tableau 1, une hausse de 10 EUR du prix du baril se traduit ainsi par une hausse totale de 0,4 point sur l'IPCH en zone euro, dont 0,3 pt d'effet direct et 0,1 pt d'effet indirect. En France, l'impact total est aussi de 0,4 pt, soit 0,25 pt d'effet direct et 0,15 pt d'effet indirect.

Tableau : impact sur l’IPCH d’un choc de 10 euros sur le prix du baril (en pts de pourcentage)

 

Effet direct via la composante énergie

Effet indirect

Total des effets directs et indirects (hors second tour)

En zone euro

0,3

0,1

0,4

En France

0,25

0,15

0,4

Source : calculs des auteurs

Pour évaluer l'impact des variations de prix du pétrole sur le profil temporel de l'inflation, il faut cependant connaître le délai de transmission du prix du pétrole à celui de la consommation. Si la transmission du prix du pétrole à l'inflation via la composante énergie est très rapide, l'effet indirect via les chaines de production est en revanche plus lent et varie selon les secteurs. Par exemple, nos outils de prévision de l’inflation montrent un effet du prix du pétrole sur les prix des services (dont  les transports aériens en particulier) avec un délai de l’ordre de 4 trimestres.

Le graphique 2 décrit l'inflation IPCH contrefactuelle en zone euro et en France telle qu'elle aurait été en l'absence de variation du prix du pétrole, fixé à son niveau du début de l’année 2014 de 79 euros par baril (courbe verte). Ce contrefactuel diffère de la simple contribution comptable des composantes hors énergie à l'IPCH (barres bleu pâle) par la prise en compte des effets indirects décrits plus haut, sous l'hypothèse que la transmission du prix du pétrole est complète après deux ans.

Graphique 2 : Inflation contrefactuelle à prix du pétrole constant (glissements annuels, en %) Source : Eurostat, Insee et calculs des auteurs ; Note : à chaque date, le prix du pétrole est supposé constant sur les deux années qui précédent.

Selon nos estimations, en l’absence de fluctuations de prix du pétrole, l’inflation en zone euro serait restée contenue à 1,5% en 2011−2012 au lieu de 3% environ, aurait atteint 0,6% en 2014−2015, au lieu de devenir négative, et serait remontée dès 2015 vers 1,0%. Elle serait globalement stable à ce niveau depuis. Les évolutions auraient été similaires en France, avec un point bas temporaire à 0,3% en 2015, mais une remontée vers 0,9% dès la fin de cette même année.

Comme le montre le graphique 2, l’impact direct et indirect du prix du pétrole, sur lequel la politique monétaire n’a pas de prise, n’explique cependant qu’une partie de l’évolution de l’IPCH, notamment la désinflation observée en 2012 – 2015 dans la zone euro. En revanche, la persistance d’un taux d’inflation très inférieur à 2% est liée à d’autres facteurs, au premier rang desquels des facteurs domestiques qui ont  conduit l’Eurosystème à décider d’une orientation très accommodante de la politique monétaire.

Par Yannick Kalantzis et Jean-François Ouvrard

Quelle évolution des salaires négociés en France?

Français

Depuis 2008, en France, les salaires minima de branche ont progressivement ralenti en termes nominaux. Dans un contexte d’inflation proche de zéro, ils ont augmenté à un rythme inférieur à 1% par an depuis 2014. Ces hausses de salaires négociés dépendent de l’inflation passée et de l’évolution du Smic. Le début de redressement de l’inflation observé en 2017 pourrait donc entraîner une hausse nominale un peu plus élevée des salaires négociés en 2018.

Publié le 22/02/2018

Malgré la reprise économique, l’inflation reste basse dans la zone euro. En France, après avoir été inférieure à 0,5% entre 2014 et 2016, elle a commencé à se redresser en 2017 et s’établit à 1,4% sur un an en janvier 2018. Pour la politique monétaire, la croissance des salaires est l’un des critères importants d’appréciation de l’ajustement futur et durable de l’inflation : « La croissance des salaires […] est le pivot d’une augmentation auto-entretenue de l’inflation. » (Mario Draghi, Conseil des Gouverneurs, Mars 2017). La fixation des salaires en France comme dans beaucoup de pays de la zone euro est largement influencée par les mécanismes institutionnels de négociation. Or, depuis 2014, la croissance des salaires négociés en France a été relativement faible en termes nominaux (graphique 1) : la reprise économique et le début de redressement de l’inflation constaté en 2017 vont-ils contribuer à un regain des salaires négociés en 2018 ?

La dynamique des salaires négociés a ralenti avec la période d’inflation très basse

En France, la fixation des salaires est régulée à trois niveaux (Gautier 2017). Au niveau national, le Smic fixe un salaire horaire minimum pour l’ensemble des salariés ; il augmente chaque année en janvier en suivant une règle légale dépendant de l’inflation passée et de l’évolution du pouvoir d’achat du salaire horaire de base des ouvriers et employés. Cette hausse concerne un salarié sur dix. Au niveau sectoriel, les branches professionnelles établissent, pour un ensemble d’emplois représentatifs, des salaires minima conventionnels. Ces minima sectoriels font l’objet d’une négociation annuelle, le plus souvent en début d’année. Trois quarts des salariés du secteur privé sont couverts chaque année par un nouvel accord de salaire de branche. Enfin, au niveau de l’entreprise des accords collectifs sur les salaires peuvent être signés. Ce niveau de négociation concerne chaque année environ 15% des salariés, essentiellement dans les grandes entreprises.

Le salaire mensuel de base (SMB) et les salaires négociés dans les branches ont des évolutions similaires (graphique 2). Cependant, la croissance du SMB est en général supérieure à celle des minima de branche car le SMB inclut, en plus des hausses de branche, des augmentations négociées dans les entreprises ou au niveau individuel. Le salaire de base représente plus de 80% de la rémunération totale des salariés. En période de reprise économique, la part variable de la rémunération (heures supplémentaires, primes) peut soutenir la hausse des rémunérations totales. Ainsi, fin 2017, le salaire moyen par tête (SMPT), qui inclut les heures supplémentaires et les primes, croît plus rapidement que le salaire de base ou les salaires négociés (graphique 2). En outre, les évolutions des salaires négociés et du SMB sont mesurées à composition constante du marché du travail alors que l’évolution du SMPT reflète aussi l’évolution des qualifications et de la quotité du travail.

Depuis 2008-2009, la croissance nominale des salaires négociés a progressivement ralenti, en lien avec la baisse de l’inflation et les moindres gains de productivité. Entre 2007 et 2009, les salaires minima conventionnels augmentaient à un rythme supérieur à 2% malgré la crise de 2008 et le recul de la productivité du travail. Les minima de branche ont ensuite progressé moins rapidement, à environ 1,5% par an entre 2010 et 2013. La période récente 2014-2017 se caractérise enfin par une croissance des salaires négociés inférieure à 1%. Parmi les principales économies de la zone euro, l’Italie connait une évolution nominale des salaires négociés comparable à celle de la France : ils ont augmenté en moyenne de 0,9% entre 2014 et 2017 (contre 2% environ sur 2007-2013). Au contraire, en Allemagne où le taux de chômage est tombé à moins de 4% de la population active en 2017, cette croissance moyenne est restée robuste à 2,5% sur l’ensemble de la période 2014-2017.

Les hausses de salaires négociés dépendent de l’inflation passée et de l’évolution du Smic

Le ralentissement de la croissance des salaires négociés depuis 2014 s’explique par des accords de salaire moins réguliers mais aussi par des hausses négociées plus faibles (graphique 3). La période d’inflation proche de zéro s’accompagne de hausses de minima de branches proches ou inférieures à 1% alors qu’elles se distribuaient autour de 2% avant 2014. Pour autant, la progression moyenne des salaires négociés en termes réels est restée positive et a même un peu augmenté sur la période la plus récente (+0,4% avant 2014 et +0.6% après 2014).

Les hausses négociées dans les branches sont déterminées principalement par deux facteurs : l’inflation et l’évolution du Smic (Fougère et al. 2016). C’est l’inflation de l’année passée qui sert de référence pour les négociations de l’année en cours. Aussi, quand l’inflation connait un regain, cela ne se traduit pas instantanément dans les salaires négociés. Le Smic, indexé sur l’inflation passée, sert aussi de point de référence pour les salaires négociés. Cela accentue encore la dépendance des salaires de branche à l’inflation passée. Si les salaires négociés sont très dépendants de l’inflation passée, ils sont en revanche moins sensibles aux évolutions de l’activité ou du chômage.

2018 : vers des hausses de salaires négociés un peu plus élevées?

Sous l’effet des fortes fluctuations du prix de l’énergie, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation a récemment connu un regain, passant en moyenne annuelle de 0,2% en 2016 à 1% en 2017. Ceci a contribué à une progression un peu plus soutenue du Smic au 1er janvier 2018 à 1,2% contre 0,9% en 2017 et 0,6% en 2016. Ceci pourrait conduire à une progression salariale plus élevée en 2018. Ainsi, Le calendrier des négociations de branche est saisonnier et une grande majorité des branches signent des accords de salaire au premier trimestre de l’année. De ce fait, les hausses négociées au début de l’année fournissent une information avancée sur l’évolution des salaires pour l’ensemble de l’année.

Les premières négociations pour 2018 indiquent une poursuite de la reprise graduelle de la croissance des salaires de branche (graphique 4). Pour les branches ayant déjà signé un accord pour 2018, la hausse moyenne est de 1,2% alors qu’elle était de 1% en 2017 et inférieure à 1% en 2016. Toutefois, même si la croissance des salaires négociés progresse, elle reste inférieure à son niveau rythme de 2007-2013, l’inflation restant plus basse.

Quelques exemples de branches couvrant plus de 100 000 salariés ayant signé un accord pour 2018

Dans les services, l’accord de la branche « services de l’automobile » contient une hausse moyenne de 1,3% en 2018 (contre 1% en 2017 et 0,8% en 2016) ; pour la branche « entreprises de propreté », l’accord établit une hausse de 1% des minima en 2018 (contre 0,7% en 2017 et 0,8% en 2016). Dans l’industrie, des accords de salaire pour la métallurgie cadres, la plasturgie ou l’industrie pharmaceutique fixent chacun une hausse moyenne de 1,2% en 2018 (contre respectivement 0,8%, 1% et 0,8% en 2017).

Les causes de l’écart d’inflation sous-jacente France / Zone euro

Français

Depuis début 2016, l’inflation sous-jacente française est nettement inférieure à la moyenne de la zone euro. Cet écart s’explique par des différences de fondamentaux économiques, comme le rétablissement plus modeste du marché du travail en France que dans l’ensemble de la zone, et, plus récemment, par des chocs temporaires, comme la baisse du prix des communications.

Publié le 29/11/2017

Depuis 2016, une inflation sous-jacente plus faible en France

Jusqu’en 2016, l’inflation hors énergie et produits alimentaires (inflation sous-jacente, excluant les composantes les plus volatiles) française connaissait des évolutions comparables à celle de l’ensemble de la zone euro (cf. graphique 1). De 2003 à 2015, elle a crû en moyenne de 1,3%, contre 1,4% dans l’ensemble de la zone euro (France comprise).

L’écart d’inflation sous-jacente entre la zone euro et la France s’est cependant creusé depuis 2016, et, surtout, au cours du premier semestre 2017 : il atteint 0,6pp au deuxième trimestre 2017.

Explication à l’aide d’une courbe de Phillips

Pour analyser l’écart d’inflation sous-jacente entre la France et la zone euro, nous avons recours à la courbe de Phillips, une relation décrivant notamment le lien entre inflation et le chômage (voir Rue de la Banque n°6). Nous estimons pour la France et pour la zone euro une courbe de Phillips sur la période 2003T1-2017T2 : l’inflation sous-jacente est supposée dépendre de l’inflation sous-jacente passée, qui capte la persistance de l’inflation, du taux de chômage, qui mesure les tensions sur la demande intérieure, et de la variation du prix des importations, qui reflète l’impact des chocs extérieurs (fluctuations du taux de change, prix des matières premières, etc.). Des variables indicatrices sont également ajoutées pour prendre en compte l’effet des variations de taux de TVA.

Cette courbe de Phillips permet de bien mesurer les dynamiques de l’inflation pour la France et la zone euro, comme le montrent les simulations dynamiques réalisées, qui sont proches de l’inflation observée (cf. graphique 2).

Fondamentaux économiques et chocs temporaires

L’écart d’inflation sous-jacente entre la zone euro et la France (0,6pp au deuxième trimestre 2017) se décompose en 0,4pp expliqué par les courbes de Phillips et lié aux fondamentaux économiques et en 0,2pp imputable à des chocs temporaires. Sur le graphique 2, la flèche rouge matérialise l’incidence des fondamentaux économiques par l’écart entre les simulations dynamiques, représentées par les courbes en pointillés. L’incidence des chocs temporaires est matérialisée par les flèches vertes, qui représentent l’écart entre la simulation et l’inflation observée pour chaque économie. Les chocs temporaires affectant l’inflation en France, comme la baisse récente du prix des communications, contribuent pour 0,3pp à l’écart d’inflation sous-jacente. Ceux affectant la zone euro y contribuent pour -0,1pp.

Ainsi, sur le 0,6 pp d’écart d’inflation sous-jacente entre la zone euro et la France observé au deuxième trimestre 2017, deux tiers s’expliqueraient par une divergence des fondamentaux économiques mesurés par la courbe de Phillips (cf. graphique 2).

S’agissant des fondamentaux, entre le premier trimestre 2016 et le deuxième trimestre 2017, le taux de chômage a reculé de 0,6pp en France, contre 0,9pp dans la zone euro. Ainsi, les différentes conditions sur le marché du travail expliquent 0,3pp de l’écart d’inflation sous-jacente, (cf. barres vertes du graphique 3).

En outre, depuis 2003, la zone euro connaît en moyenne une inflation sous-jacente plus élevée de 0,1pp que la France (cf. contribution de la constante à l’écart d’inflation sous-jacente entre zone euro et France, graphique 3). Une partie de cet écart provient de l’évolution du prix des appareils électriques, inclus dans la sous-composante « produits manufacturés » de l’inflation sous-jacente, qui diverge fortement entre les pays de la zone euro. Une différence de traitement par les instituts statistiques nationaux de « l’effet qualité » des appareils électriques pourrait expliquer cette divergence. De plus, depuis 2008, les mesures votées dans le cadre de l’Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie (ONDAM) tendent à renforcer l’usage des médicaments génériques en France, qui sont moins onéreux, ce qui contribue également à la modération de l’inflation française.

Le reste de l’écart d’inflation sous-jacente observé au deuxième trimestre 2017, soit 0,2pp, s’explique par des chocs temporaires (cf. barres grises, graphique 3), et particulièrement par la baisse ponctuelle du prix des communications observée en France depuis le premier trimestre 2017.

L’écart pourrait persister en 2018

L’élimination de l’effet de la baisse du prix des communications du T1 2017 devrait ramener l’inflation sous-jacente prévue en France vers celle issue de la courbe de Phillips, ce qui contribuerait à diminuer l’écart d’inflation entre zone euro et France.

Cependant, d’autres facteurs spécifiques, comme la baisse des loyers HLM votée en première lecture par l’Assemblée nationale, pourraient avoir un impact négatif sur l’inflation sous-jacente en France dès 2018, et ralentiraient ainsi la convergence de l’inflation sous-jacente française avec celle de la zone euro. 

En outre, le taux de chômage baisserait en France et dans le reste de la zone euro, mais probablement sans modifier l’écart  de taux de chômage entre la France et l’ensemble de la zone euro. De ce fait, l’écart d’inflation sous-jacente pourrait persister en 2018.

Par Louis de Charsonville, Violaine Faubert et Antoine Sigwalt

Chômage faible et inflation basse aux États-Unis : du déjà vu ?

Français

La Fed justifie la faiblesse actuelle de l’inflation malgré un marché de l’emploi dynamique par l’impact de facteurs transitoires sur les prix. Lors d’une situation proche à la fin des années 1990, les révisions apportées ultérieurement aux statistiques de coût du travail révélèrent une erreur de diagnostic qui ne s’est toutefois pas traduite par une erreur de politique monétaire.

Publié le 30/10/2017

De nombreux économistes, y compris au sein de la Fed, s’interrogent sur la conjonction actuelle d’un bas taux de chômage et d’une inflation faible. Cette situation avait déjà été observée aux États-Unis à la fin des années 1990, suscitant, alors comme maintenant, une abondante littérature. Cette, Frey et Moëc (2005) ont depuis lors montré que des révisions statistiques ultérieures sur le coût du travail permettaient de reconsidérer l’énigme de cette coexistence à la fin des années 1990. Mais la conduite de certaines politiques économiques, et en particulier de la politique monétaire, nécessite la mobilisation de données en temps réel. Il y a là une difficulté inévitable dans les périodes où des énigmes apparaissent, comme celle de cette coexistence…

Deux périodes de faible chômage et basse inflation

La conjonction actuelle d’un bas taux de chômage et d’une inflation faible, aux États-Unis mais aussi dans d’autres pays, suscite de nombreux débats économiques et de fortes interrogations sur un possible aplatissement de la courbe de Phillips, qui représente la relation traditionnellement décroissante à court terme entre taux de chômage et inflation. Une conjonction similaire avait également suscité des débats tout aussi fournis à la fin de la décennie 1990 aux États-Unis. Alors que le NAIRU (taux de chômage le plus bas ne conduisant pas à une hausse de l’inflation) était estimé proche de 6%, le taux de chômage avait alors atteint 4%, sans résurgence marquée de l’inflation, aussi bien en termes de prix à la consommation (environ 1 % en 1998 et 1999, dans un contexte de baisse marquée des prix de l’énergie) que de salaires. Le contexte était cependant alors fort différent sur un aspect majeur. En effet, les gains de productivité, historiquement très faibles sur la période actuelle, étaient élevés à l’époque du fait d’une diffusion croissante des technologies de l’information et de la communication (TIC), avec un impact significatif sur la croissance potentielle mis en évidence par Cette et Pfister (2003).

Un débat animé tant dans les milieux académiques qu’à la FED

Les économistes envisageaient alors l’hypothèse d’une baisse transitoire ou durable du NAIRU au-dessous 6 %. Par exemple, parmi de nombreux auteurs, Ball et Tchaidze (2002) y voyaient l’effet transitoire d’une indexation retardée des salaires sur la productivité en accélération, qui abaisserait transitoirement le NAIRU. Katz et Krueger (1999) privilégiaient plutôt diverses autres explications : démographiques, en lien avec la proportion de jeunes et la population carcérale, ou liées à la baisse du pouvoir de négociation salariale. Stiglitz (1997) associait les effets transitoires ou durables des deux types d’explications.

Les minutes des FOMC révèlent que cette situation a également donné lieu à de nombreux débats au sein de la Fed. Greenspan semblait interpréter la situation comme résultant d’un abaissement du pouvoir de négociation salariale de la main d’œuvre du fait d’une accélération de l’obsolescence du capital humain. Cela serait induit par l’émergence des TIC dont le renouvellement était alors soutenu. Ainsi, il a déclaré à la réunion des 1er et 2 juillet 1997 : « I think that the uncertainty associated with the rapid introduction of the new technology created insecurity. [...] the uncertainties stemming from the rapid introduction of technology are engendering a considerable amount of fear that has induced lower wage gains as a tradeoff for increased job security. It is very difficult not to acknowledge that that is happening in some form or other.” Dans cette approche, la baisse du NAIRU induite par l’affaiblissement du pouvoir de négociation salariale pouvait être aussi durable que l’accélération du renouvellement technologique associé aux TIC.

Effets correcteurs des révisions de la comptabilité nationale sur le débat

D’importantes révisions de la comptabilité nationale des États-Unis opérées de 2000 à 2002 ont fortement relativisé la pertinence de ce débat. Ces révisions ont abouti à relever sensiblement la dynamique des salaires et à abaisser en conséquence celle des profits et du taux de marge des entreprises sur la seconde moitié de la décennie 1990. La non résurgence marquée de l’inflation malgré un bas taux de chômage n’était donc pas soutenable car elle s’expliquait en grande partie par une contraction des marges des entreprises. Toutefois, au tournant des années 2000, la hausse du taux d’intérêt naturel induite par celle des gains de productivité et la forte accélération de la demande ont bien amené la Fed à relever son taux directeur. La récession du début de la décennie 2000 a ensuite éloigné les menaces inflationnistes.  

Une question importante est néanmoins de savoir pourquoi ces évolutions n’avaient pas été perçues en temps réel à cette époque. Une explication en a été donnée par Himmelberg, Mahoney, Bang et Chernoff dans un article publié en 2004 par la FED New-York. Ces auteurs y voient l’effet à la fois d’une comptabilisation alors non stabilisée des stock-options exercés qui s’étaient fortement développés mais aussi d’une présentation insincère de leurs comptes (« aggressive acounting ») par certaines grandes firmes, en particulier dans le secteur des communications.

Difficultés de la conduite de la politique monétaire en temps réel

Le recul statistique a donc permis de reconsidérer l’énigme d’un bas taux de chômage sans tensions inflationnistes à la fin des années 1990 aux États-Unis, mettant en lumière d’autres facteurs explicatifs que ceux envisagés en temps réel. Dans la conjoncture actuelle, Janet Yellen (2017) justifie cette coexistence par l’impact transitoire des prix de certains biens, tout en admettant que cette analyse est entourée d’une incertitude importante : « But our understanding of the forces driving inflation is imperfect, and we recognize that something more persistent may be responsible for the current undershooting of our longer-run objective. Accordingly, we will monitor incoming data closely and stand ready to modify our views based on what we learn.”

Il est trop tôt pour savoir si un même recul permettra aussi de mieux expliquer cette coexistence sur la période actuelle. Comme mentionné plus haut, les contextes des deux périodes concernant la croissance de la productivité sont très différents : forte sur la fin des années 1990 et historiquement faible sur la période actuelle. Mais la conduite de politiques économiques et en particulier de la politique monétaire nécessite la mobilisation de données en temps réel. Il y a là une difficulté inévitable dans les périodes où des énigmes comme celle-ci apparaissent. Si la banque centrale attribue l’essentiel de l’écart à un changement structurel, elle peut être amenée à modifier son estimation du taux d’intérêt d’équilibre. Si au contraire elle n’y voit qu’un choc transitoire, elle peut « simplement » adapter l’ajustement de sa politique monétaire à des objectifs inchangés.

 


[1] Bank of America Merrill Lynch

Par Gilbert Cette, Laure Frey et Gilles Moec[1]

France-Allemagne : comparer lucidement les masses salariales publiques

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Le débat sur les dépenses publiques justifie des comparaisons fines. L’écart Franco-Allemand sur les masses salariales publiques dépasse 5 points de PIB depuis plus de 20 ans. Il est surestimé de près de 2 points par les emplois hospitaliers (non comptabilisés en emploi public en Allemagne). Pour l’enseignement, plus d’un point s’explique par la démographie et des différences d’organisation. Pour autant, sur les autres fonctions, un surcroît significatif de 2 points subsiste.

Publié le 17/10/2017

Entre la France et l’Allemagne, le poids des dépenses publiques dans le PIB a fortement divergé ces 15 dernières années. L’écart entre les deux pays atteint ainsi 13 points de PIB en 2015 (57% du PIB en France contre 44% en Allemagne), tandis qu’il était stable et faible sur 1996-2002 (5 points de PIB). Le niveau de dette publique, qui était identique entre ces deux pays avant 2008, atteint  96% du PIB en 2015 en France contre 71% en Allemagne.

Plusieurs enseignements ressortent de la décomposition de l’écart des dépenses publiques selon leur fonction (nomenclature COFOG d’Eurostat, cf. graphique 2a). D’une part, certains écarts sont restés stables dans le temps : enseignement, santé, défense. Ceux-ci s’expliquent notamment par des facteurs démographiques ou de prise en charge publique/privée différente (cf. Rue de la Banque n°46). D’autre part, 6 points de PIB sont imputables à la protection sociale. Durant les 15 dernières années, les dépenses de retraite, de chômage et de logement, ont évolué en ciseaux dans les deux pays, en partie du fait des importantes réformes menées en Allemagne dans les années 2000 (Riester, Hartz, etc).

Masse salariale publique : un écart important mais en partie surestimé

La décomposition par nature des dépenses révèle un écart important sur la masse salariale. Il est quasi stable dans le temps et se situe au-delà de 5 points de PIB (cf. graphique 2b). Ainsi, en 2015, les rémunérations publiques pèsent 12,9 % du PIB en France contre 7,5 % en Allemagne. Cet écart est lié aux effectifs : 6 millions en France au sens de la comptabilité nationale (concept plus large que la fonction publique, dans lequel prévaut le critère économique lié au financement), soit 22% de l’emploi total, comparé à 4,7 millions en Allemagne, soit 11% de l’emploi total. En croisant avec la décomposition par fonction, le surcroît de rémunérations publiques en France concerne chaque domaine d’intervention publique (cf. graphique 1).

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour analyser ces différences. En effet, une externalisation ou un recours à la sous-traitance diminuent en apparence la masse salariale, qui reste un coût pour l’administration publique. Par ailleurs, certains classements comptables (voir ci-dessous) peuvent rendre difficile la comparaison entre les deux pays.

60% de l’écart sur la santé et l’enseignement facilement explicable

En France, près de la moitié de la masse salariale publique est consacrée à la santé et l’enseignement. C’est sur ces deux secteurs que se concentre 60% de l’écart France-Allemagne.

En ce qui concerne la santé, les deux pays consacrent certes un niveau de dépenses publiques assez proche. Cependant, alors qu’en France près de 30% de ces dépenses correspondent à la rémunération du personnel (hospitalier essentiellement), en Allemagne la part des salaires y est bien moindre (6%). Cette différence tient à la classification comptable des hôpitaux publics en Allemagne. En effet, dans les comptes nationaux allemands, les hôpitaux publics sont classés dans les sociétés non financières. Ce choix est justifié par le système de prix qui assimile l’hôpital à un producteur marchand. Or, ce traitement comptable transparaît dans la composition par nature des dépenses : plus de masse salariale en France et plus de prestations en nature en Allemagne. Les dépenses hospitalières allemandes restent en effet largement incluses dans la dépense publique via les financements publics (subventions ou transferts) vers l’hôpital et la prise en charge des soins hospitaliers par l’assurance santé (transferts sociaux en nature).  En corrigeant les dépenses hospitalières de ces distinctions comptables, on réduit ainsi l’écart affiché de masse salariale publique d’environ 2 points de PIB.

Pour l’enseignement, les salaires constituent une part importante de la dépense publique. Or, avec une population plus jeune et une organisation différente du pré-primaire, les dépenses relatives à l’enseignement sont nécessairement plus importantes en France (cf. Rue de la banque N°46). Par ailleurs, l’Allemagne recourt de façon plus marquée à l’externalisation. Ceci se traduit dans les comptes par une proportion plus importante de consommation intermédiaire. 

Un surcroît résiduel de 2 points de PIB dû à chacune des autres fonctions

Même après prise en compte des précédentes corrections, les dépenses salariales publiques sont plus faibles en Allemagne, avec des effectifs publics moins nombreux.

Cet écart est confirmé lorsque l’on compare les effectifs liés à l’administration publique selon la nomenclature européenne des activités économiques NACE, au-delà du statut institutionnel et hors enseignement/santé. La section O administration publique inclut notamment l’administration publique générale, la défense, la justice, la police (y compris éventuellement des unités privées si elles assurent des activités d’administration publique typiques). Les emplois dans l’administration publique selon cette nomenclature représentent en 2015, 9% de l’emploi total en France contre 7% en Allemagne.

Ainsi, de ces comparaisons entre la France et l’Allemagne, on retient qu’il existe un écart persistant des dépenses publiques salariales, lié aux effectifs, même si cet écart est moins important que ce que les chiffres bruts laissent paraître. La réduction des emplois publics en France étant l’un des enjeux du débat sur la maîtrise des dépenses publiques, un regard lucide sur les comparaisons, notamment avec l’Allemagne, est nécessaire.

Par Marie Aouriri et Héloïse Tournoux

Vers une reprise durable de l’inflation en zone euro?

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L’inflation reprend en zone euro (ZE) : ceci s’explique par la nette remontée des prix d’importation depuis le début de l’année et l’amélioration lente de la situation économique. En l’absence de chocs majeurs, l’inflation devrait s’établir autour de 1,8 % en 2019 selon une courbe de Phillips augmentée des prix d’importation.

Publié le 10/05/2017

Après une longue période d’inflation basse en ZE, les prix à la consommation (mesurés par l’Indice des Prix à la Consommation Harmonisée, IPCH) accélèrent de nouveau. L’inflation (en glissement annuel) atteint 1,8 % au premier trimestre 2017, après 0,7 % au quatrième trimestre 2016.

 

Deux facteurs contribuent significativement à cette accélération : la remontée des prix d’importation, tirée notamment par la  hausse des prix du pétrole, et la poursuite de la reprise économique en ZE. La hausse des prix d’importation en glissement annuel traduit aussi des effets de base positifs, c’est-à-dire la disparition de la forte baisse des prix du pétrole au début de l’année 2016 dans le glissement annuel.

Courbe de Phillips : qualité et limites en termes de  simulations

Nous utilisons une courbe de Phillips qui résume la relation entre l’inflation et l’activité économique, augmentée avec les prix d’importation afin de rendre compte de l’influence des facteurs externes sur l’inflation (voir Rue de la Banque n° 6)

Les prix d’importation captent à la fois les prix des matières premières importées, ainsi que les prix d’autres produits importés, exprimés en euro. Plus précisément, la courbe de Phillips utilisée lie l’inflation actuelle à l’inflation retardée, aux prix d’importation relatifs au déflateur du PIB et à l’écart de production (« output gap ») de la Commission européenne.

Une simulation réalisée à partir de ce modèle décrit relativement bien les grands mouvements de l’inflation sur les dernières années : le fort recul du taux d’inflation annuel entre 2012 et 2014, la stagnation à un faible niveau en 2014 et 2015 puis la reprise de l’inflation au cours de 2016 jusqu’à présent (voir graphique 2).  

Graphique 2 : Une assez bonne simulation de l’inflation depuis 2011

Note: Simulation dynamique sur l’échantillon (T1 2004 - T1 2017) comparée à l’inflation réalisée (IPCH en glissement annuel en pourcentage). Ainsi, dans la simulation, l’inflation retardée prend sa valeur prédite à la date précédente, les prix d’importation prennent leur valeur réalisée et l’écart de production est donné par la dernière estimation de la Commission européenne.

Le graphique 2 laisse néanmoins apparaitre des différences entre les niveaux d’inflation simulé et observé avec ce modèle. Il tend à sous-estimer l’inflation entre 2011 et 2014, puis à la surestimer ensuite. Il y a plusieurs causes possibles à cela : l’omission de certains facteurs dans ce modèle relativement simple, des problèmes de mesure de l’écart de production ou encore un changement de la sensibilité de l’inflation à l’un des facteurs explicatifs, notamment l’activité économique.

Ce dernier point a récemment suscité un regain d’intérêt  dans la littérature (voir par exemple, Ciccarelli et Osbat, 2017, ou Oinonen et Paloviita, 2014). Nos analyses avec des estimations réalisées sur des fenêtres glissantes de 8 ans ne révèlent toutefois pas de changement notable dans la relation entre l’inflation et l’écart de production sur les dernières années (voir Rue de la Banque n°37).

Contribution historique des facteurs

À partir de la courbe de Phillips, nous calculons les contributions des prix d’importation et de l’écart de production à l’inflation mesurée en écart à sa moyenne (égale à 1,9 % sur la période T1 2004 – T1 2007). Le graphique 1 montre que les prix d’importation et l’atonie de l’activité en ZE ont exercé une influence à la baisse, d’ampleur comparable, sur l’inflation entre 2013 et 2016. L’impact (négatif) des prix d’importation est maximum au début de 2016, quand le glissement annuel des prix de l’énergie est au plus bas. Il pèse alors -1,2 point de pourcentage (pp) sur l’inflation en écart à sa moyenne sur l’échantillon. Depuis 2016, les prix d’importation ont amorcé une remontée, exerçant de moins en moins de pression à la baisse sur l’inflation.

Ainsi, les prix d’importation contribuent pour 0,7 pp à la remontée du glissement annuel de l’IPCH (par rapport à sa moyenne) observée entre le T4 2016 et le T1 2017. La reprise de l’activité économique a  été plus progressive, avec une diminution de l’écart de production de -3 % à la fin de 2013 à -1% à la fin de 2016, réduisant ainsi graduellement la pression à la baisse sur les prix. L’écart de production continue néanmoins de peser négativement, d’environ -0,4 pp, sur l’inflation en écart à sa moyenne au T1 2017. 

Contribution des facteurs en 2017 et perspectives d’inflation

Courant 2017, les prix d’importation (par rapport au déflateur du PIB) devraient continuer d’augmenter nettement en raison d’effets de base favorables, soutenant ainsi significativement l’inflation à court-terme (voir graphique 1, zone ombragée).

À partir de 2018, et sous l’hypothèse de prix du pétrole quasiment stables au-delà de cette date, la croissance des prix d’importation devrait ralentir et progresser à un rythme comparable à celui du déflateur du PIB. La contribution de ces prix à l’inflation en écart à sa moyenne deviendrait quasi-nulle et le taux d’inflation pourrait ainsi rebaisser légèrement par rapport à 2017. En revanche, l’écart de production devrait continuer à se refermer, absorbant les capacités excédentaires jusqu’en 2018 et devenant légèrement positif par la suite. Il exercerait alors une pression positive plus durable sur l’inflation à l’horizon 2019.

Sous ces hypothèses, la courbe de Phillips augmentée prévoit un taux d’inflation annuel de 1,8 % en 2019, ce qui est proche des projections macroéconomiques pour la ZE établies par les services de la BCE et publiées en mars 2017 (BCE, 2017). 

Prix des services en France et prix du pétrole

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L’inflation des services en France s’est établie à 1,0% en 2016, un niveau nettement inférieur à sa moyenne de 1999 à 2015 (environ 2%). Ce billet explore par quels mécanismes la chute des prix du pétrole et la baisse de l’inflation totale ont contribué à ralentir les prix des services depuis mi-2014. L’analyse de ces interactions suggère une remontée de l’inflation des services, après 2017, vers 2%.

Publié le 30/03/2017

La composante « services » de l’Indice de Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH)[1] représente 44% de l’indice total. Elle regroupe l’ensemble des services aux ménages, soit des services aussi divers que ceux concernant les transports, les communications, le loyer, la santé, la restauration, etc.

En moyenne annuelle,  l’inflation du prix des services s’est établie à 1,0% en 2016, après 1,2% en 2015. En février 2017, elle atteint à peine à 1,1% en glissement annuel. Ce rythme de croissance reste nettement inférieur à sa moyenne d’environ 2% observée entre 1999 et 2015.

Le ralentissement affecte la majorité des composantes des prix des services

Deux périodes de très faible inflation des services ont déjà été observées au cours des vingt dernières années : (i) en 2000, l’inflation des services atteignait seulement 0,6% (après 1,2% en 1999) ; (ii) en 2013, elle chutait à 1,0%, principalement en raison de la baisse des prix des communications, consécutive à l’entrée de nouveaux opérateurs sur le marché de la téléphonie mobile en 2012.

La situation actuelle est différente de celle de 2013 du fait d’un ralentissement des prix généralisé à plusieurs sous-composantes de l’IPCH « services » et non à la seule baisse des prix des communications. Le graphique 2  reporte les contributions à l’inflation de l’IPCH « services » des six « sous-composantes » de l’indice. Comparant les évolutions de 2012 à celles de 2016, pour ne pas prendre comme point de comparaison initial l’année 2014 marquée par la hausse de la TVA ni l’année 2013 en raison de la baisse des prix des communications, on observe un fort ralentissement des prix dans trois catégories sur six : « logements » ; « transports » ; et « autres services » qui regroupent les réparations, le nettoyage, les coiffeurs, etc. En effet, entre 2012T1 et 2016T4, l’inflation des prix des services baisse de 0,7 point de pourcentage (pp). Le recul de l’inflation de ces trois postes contribue pour -1,1 pp à cette baisse.

 

Contributions au glissement annuel de la moyenne trimestrielle de la composante « services » de l’Indice de Prix à la Consommation Harmonisé. Source : INSEE, calculs des auteurs

 

Quel lien avec la baisse des prix du pétrole ?

Depuis mi-2014, le prix du baril de pétrole brut a été divisé par deux. Malgré une légère remontée depuis début 2016, le prix du baril reste encore bas. Par quels mécanismes ces chocs pétroliers se transmettent-ils aux prix des services ?

  • Un impact direct sur les prix des transports :

Cet impact direct sur la sous-composante « transports » est visible sur le graphique 1, où sa contribution à l’inflation des services devient négative dès fin 2015. Le poste « transports » inclut notamment le secteur aérien (40% de ce poste et 2% de l’ensemble des services) dont les tarifs sont liés aux prix du pétrole, avec un décalage d’un peu plus d’un an.

  • Un impact indirect via la baisse de l’inflation totale :

Le ralentissement puis la baisse du prix du pétrole ont contribué à la baisse de l’inflation totale (encadré 3, projections économiques, juin 2016).  En outre, la décélération puis la baisse des prix des importations hors énergie ont également favorisé la désinflation en pesant notamment sur les prix des produits manufacturés. L’inflation totale s’établissait à 0,1% en 2015 et à 0,3% en 2016.

 La baisse de l’inflation totale affecte les prix des services via deux canaux :

  • d’une part, la désinflation se répercute sur les loyers via l’Indice de Référence des Loyers (IRL). L’IRL fixe le plafond de la revalorisation annuelle des loyers par les propriétaires. L’IRL étant indexé sur l’inflation totale (hors tabac et loyers) de l’année précédente, la baisse de l’inflation au cours des dernières années a entrainé celle de l’inflation des loyers ;
  • d’autre part, dans un contexte de chômage  élevé, la baisse de l’inflation a favorisé un ralentissement des salaires. Un lien étroit existe entre inflation et coût salarial, décrit sous l’appellation de « boucle prix-salaires » (voir graphique 3). La baisse de l’inflation salariale affecte prioritairement les composantes sectorielles les plus intensives en main d’œuvre, c’est-à-dire les postes « restauration et hôtels » et « autres services ».

Outre la baisse de l’inflation totale, depuis 2014, deux mesures ont, sans doute, contribué au ralentissement du coût du travail. Le Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE), versé à partir du début 2014, a pu conduire à une baisse du coût du travail via l’effet induit par les subventions à la production. Il en est de même pour la baisse des cotisations patronales mise en place par le Pacte de Responsabilité et de Solidarité (PRS) à partir du début 2015. La baisse du coût du travail aurait ensuite entraîné une modération des prix des services.

Vers une remontée de l’inflation des services à l’horizon 2019

Selon une mise à jour des projections économiques de la Banque de France, l’inflation des services se redresserait à l’horizon 2019.

Sous l’hypothèse d’une remontée des prix du pétrole, ceux-ci devraient cesser de peser négativement sur l’inflation totale et en particulier sur l’inflation des prix des transports. L’inflation des prix de services intensifs en main d’œuvre serait portée par le redressement progressif des salaires et l’amélioration des conditions macroéconomiques. Enfin, dans un contexte d’inflation plus forte, les loyers devraient de nouveau accélérer.

Sous ces conditions, l’inflation des services pourrait rester faible en 2017, mais atteindrait 1,8% en 2018 et 2,0% en 2019.

[1] Pour l’IPCH, voir la définition de l’Insee

Par Louis de Charsonville et Caroline Jardet

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