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Louis Phélypaux de la Vrillière

Sur les terrains libérés par la démolition de l’ancienne enceinte Charles V, Louis Phélypeaux de la Vrillière, secrétaire d’État de Louis XIII, demanda à l’architecte François Mansart de lui construire un hôtel particulier avec cour et jardin, comportant une galerie de 20 toises de long (40 m) avec l’extrémité en encorbellement au-dessus de la rue. Sur les murs de la galerie étaient disposés dix toiles originales. En 1646, il commanda au peintre François Perrier une fresque mythologique pour décorer la voûte de la galerie.

 

 

La fresque de François Perrier

Cette fresque, réalisée par le peintre François Perrier entre 1646 et 1649 et refaite au XIXème siècle, était considérée par les historiens de l’art comme une fresque mythologique foisonnante construite autour des quatre éléments l’eau, la terre, le feu et l’air. Les travaux de restauration achevés en 2015 ont permis non seulement de retrouver les couleurs perdues mais aussi de trouver sa signification politique cachée sous les scènes des dieux et déesses antiques. Derrière la mythologie, se trouve l’histoire du règne de Louis XIII et de la naissance de Louis XIV.

La fresque se lit autour des quatre faux tableaux (« quadri riportati ») peints en trompe-l’œil et placés aux quatre coins de la voûte. Chacun de ces tableaux évoque un des quatre éléments par une scène avec un dieu et une déesse. Le panneau central représente l’Æther qui est le cinquième élément (ou la quintessence) avec le soleil.

L’Eau

Le premier tableau, à l’entrée à gauche, évoque l’Eau. Il est illustré par l’histoire de Neptune, dieu des mers (debout tenant un trident) et de son épouse Amphitrite, divinité des océans (assise avec un vêtement rose). Le dieu était tombé amoureux de la belle Amphitrite, mais cette dernière fuyait ses avances et était allée se réfugier au fond de l’océan. Neptune chargea alors un dauphin de convaincre l’insensible déesse. Ce dernier réussit à la persuader de revenir et d’épouser le dieu des mers. Dans le sens caché, la scène représente le mariage en 1615 de Louis XIII, représenté sous les traits de Neptune, et Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne, sous ceux d’Amphitrite. Les jeunes époux n’avaient que 14 ans.

La Terre

Le second tableau, au fond à gauche, est consacré à la Terre et représente l’enlèvement de Proserpine par Pluton[1], dieu des enfers. Alors que la jeune Proserpine, fille de Cérès déesse des moissons, cueillait des fleurs non loin de sa mère, lorsque Pluton la vit. Le dieu, touché par la flèche de Cupidon, en tomba instantanément amoureux et l’enleva sans ménagement dans son char malgré l’opposition de la nymphe Cyané. Au deuxième niveau, le tableau représente « l’affaire du Val-de-Grâce » de l’été 1637 qui opposa Louis XIII et Anne d’Autriche qui étaient mariés depuis 22 ans et toujours sans enfant. Depuis deux ans la France et l’Espagne étaient en guerre. Cette situation plaçait Anne d’Autriche, sœur du roi Philippe IV d’Espagne et femme du roi de France dans un cruel dilemme qui aurait inspiré à Corneille sa tragédie Horace. Or, Anne d’Autriche qui continuait à écrire secrètement à son frère avec l’aide de la duchesse de Chevreuse, avait sous-estimé le cardinal de Richelieu et sa police secrète. Le premier ministre de Louis XIII qui avait intercepté les lettres de la reine, obtint ses aveux écrits. Touché par son repentir, le roi pardonna à la reine. Dans le même temps la Duchesse de Chevreuse, avertie par un code, prit la fuite en se déguisant en cavalier et se réfugia à Madrid. Le tableau représente Anne d’Autriche sous les traits de Proserpine enlevée par Louis XIII (Pluton) à sa famille (Philippe IV représenté sous les traits de Cérès/Cybèle) malgré les intrigues de la duchesse de Chevreuse (Cyané).

Le Feu

Face à la Terre, se trouve le Feu symbolisé par l’épisode de Jupiter et Sémélé[2]. Junon, apprenant une nouvelle infidélité de Jupiter avec la mortelle Sémélé, décide de se venger. Elle prend les traits de la vieille nourrice de sa rivale et lorsque cette dernière évoque son divin amant, Junon sème le doute et soupire « Pourvu que ce soit Jupiter ; pourtant, tout me fait peur : que d'hommes sont entrés dans de chastes couches, en se disant dieux. Mais il ne suffit pas qu'il soit Jupiter : qu'il te donne un gage d'amour, si du moins il est le vrai Jupiter ; demande-lui de te montrer la grandeur et les qualités qu'il a quand l'accueille la noble Junon, et que pour une étreinte d'amour, il revête ses insignes propres! ». Naïve, Sémélé suit le conseil de Junon et demande à Jupiter de lui accorder une faveur. Par avance, le roi des dieux jure le Styx d’accorder à sa maîtresse ce qu’elle désirait. Jupiter présente à contrecœur à Sémélé, entouré d'un éclat insoutenable pour une simple mortelle, qui périt aussitôt foudroyée. La lecture politique de l’œuvre fait allusion à la conception « quasi-miraculeuse » du futur Louis XIV le 5 décembre 1637 à la suite d’orage providentiel qui conduisit Louis XIII à passer la nuit dans la chambre de son épouse au Louvre.

L’Air

Le dernier tableau évoque le thème de l’Air au travers de l’épisode de Junon et Éole. Dans le prologue de l’Eneide[3], Junon haïssant les Troyens, demande à Éole de déchaîner les vents contre la flotte d’Énée. Au second degré, cette scène fait allusion à la décision de Louis XIII (Éole), quelques semaines avant sa mort (14 mai 1643), de confier la régence du Royaume à Anne d’Autriche (Junon) et non pas à son frère Gaston d’Orléans (personnage ailé ouvrant l’outre des vents). Elle illustre la cabale des Importants qui constitue l’un des prodromes de la Fronde : les vents représentant les Grands.

L’Æther

Le compartiment central évoque l’Æther, le cinquième élément selon Aristote. Sur le plan mythologique, il représente Apollon (Louis XIV), dans son char, précédé de l’étoile du matin (Anne d’Autriche) et suivi de la Lune, traversant le ciel. Ce panneau évoque la naissance du futur roi soleil par la disposition des astres qui correspondent exactement à la description astrologique du ciel du 5 septembre 1638 à 11h45 avec le soleil (Apollon) au zénith dans le signe de la Vierge, en conjonction avec la Lune et Vénus ainsi que Saturne en opposition.

De nombreux autres éléments complètent ce cycle consacré à la naissance de Louis XIV.

 

Plan2

 

Les tableaux de la galerie

Les dix tableaux achetés par Louis Phélypeaux de la Vrillière représentent, à l’exception de l’enlèvement d’Hélène de Guido Reni, des scènes tirées de l’histoire romaine et du Traité de la Fortune des Romains de Plutarque. Ils racontent la dispute entre la Fortune et la Vertu, chacune revendiquant d’être à l’origine de la grandeur de Rome. Les originaux de ces toiles saisies à la Révolution se trouvent désormais au Louvre et dans d’autres musées nationaux.

 

Les tableaux

 

Mis à jour le : 25/11/2016 15:47