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Déclaration introductive le 7 avril 2011

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Avant de vous faire part des conclusions de notre réunion, nous tenons à exprimer toute notre sympathie au peuple japonais, après les événements tragiques et les nombreuses pertes humaines qu'il a subis. Toutes nos pensées vont à ceux qui ont souffert, directement ou indirectement, de la double catastrophe naturelle et nucléaire.

Permettez-moi à présent de vous faire part des conclusions de la réunion qui s'est tenue aujourd'hui.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de relever les taux directeurs de la BCE de 25 points de base, après les avoir maintenus inchangés pendant près de deux ans à des taux historiquement faibles. L'ajustement de l'orientation actuellement très accommodante de la politique monétaire est nécessaire, compte tenu des risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix que nous avons identifiés dans notre analyse économique. Tandis que notre analyse monétaire indique que le rythme sous-jacent de l'expansion monétaire reste modéré, la liquidité monétaire demeure abondante et pourrait permettre aux tensions sur les prix de se manifester. Dans l'ensemble, il est essentiel que les récentes évolutions des prix n'entraînent pas de tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Notre décision contribuera à assurer un ancrage solide des anticipations d'inflation dans la zone euro, conformément à notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est indispensable pour que la politique monétaire contribue à la croissance économique dans la zone euro. Dans le même temps, les taux d'intérêt restent faibles sur l'ensemble des échéances. Par conséquent, l'orientation de la politique monétaire demeure accommodante, continuant ainsi à apporter un soutien considérable à l'activité économique et à la création d'emplois. Les données économiques récentes confirment que la tendance de l'activité économique reste positive, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Nous continuerons de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions concernant les risques à la hausse pour la stabilité des prix.

Comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises, la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication des opérations de refinancement seront également ajustés en fonction de la situation, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions au cours de la période à venir.

Permettez-moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Après la progression de 0,3 % en glissement trimestriel du PIB en volume de la zone euro au quatrième trimestre 2010, les données statistiques et les résultats d'enquêtes publiés récemment indiquent que la dynamique de fond positive de l'activité économique dans la zone euro s'est maintenue au début de l'année 2011. À l'avenir, les exportations de la zone euro devraient bénéficier de la reprise en cours de l'économie mondiale. En parallèle, au vu du niveau relativement élevé de confiance des chefs d'entreprise de la zone euro, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance économique, soutenue par l'orientation accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour améliorer le fonctionnement du système financier. Toutefois, le redressement de l'activité devrait être quelque peu freiné par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.

D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques restent globalement équilibrés, dans un contexte d'incertitude élevée. D'une part, le commerce mondial pourrait continuer de progresser plus rapidement que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. En outre, la confiance toujours forte affichée par les chefs d'entreprise pourrait apporter à l'activité économique au sein de la zone euro un soutien plus important que prévu actuellement. D'autre part, des risques à la baisse sont liés aux tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et à leurs répercussions potentielles sur l'économie réelle de la zone euro. D'autres risques à la baisse ont trait à de nouveaux renchérissements de l'énergie, compte tenu en particulier des tensions géopolitiques actuelles, ainsi qu'à des pressions protectionnistes et à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux. Enfin, des risques potentiels proviennent de l'incidence sur l'économie de la zone euro et d'autres pays de la double catastrophe naturelle et nucléaire survenue récemment au Japon.

En ce qui concerne l'évolution des prix, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 2,6 % en mars 2011 selon l'estimation rapide d'Eurostat, après 2,4 % en février. L'accélération de l'inflation début 2011 reflète dans une large mesure le renchérissement des matières premières. Les tensions provenant des fortes hausses des prix de l'énergie et des produits alimentaires se manifestent également en amont de la chaîne de production. Il est primordial que l'accentuation de la hausse de l'IPCH n'entraîne pas des effets de second tour sur le processus de fixation des prix et des salaires, susceptibles de faire apparaître des tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Les anticipations d'inflation doivent rester solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme demeurent orientés à la hausse. Ils sont notamment liés au renchérissement plus important que prévu des prix de l'énergie, en particulier sous l'effet des tensions politiques actuelles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Plus généralement, une croissance économique robuste dans les marchés émergents, soutenue par une liquidité abondante au niveau mondial, pourrait continuer à alimenter les hausses des prix des matières premières. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Enfin, les risques sont également liés à des tensions plus fortes que prévu sur les prix intérieurs, dans le contexte actuel de reprise économique.

S'agissant de l'analyse monétaire, le rythme d'expansion annuel de M3 s'est établi à 2,0 % en février 2011, après 1,5 % en janvier. Abstraction faite de la récente volatilité de l'agrégat monétaire large due à des facteurs particuliers, la croissance de M3 a continué de s'accélérer au cours des derniers mois. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé a également continué à augmenter pour ressortir à 2,6 % en février, après 2,4 % le mois précédent. Par conséquent, le rythme d'expansion monétaire sous jacent se redresse progressivement, tout en restant modéré. Dans le même temps, la liquidité monétaire accumulée avant la période de tensions sur les marchés financiers demeure abondante et pourrait permettre aux tensions sur les prix dans la zone euro de se manifester.

S'agissant des composantes de M3, la progression annuelle de M1 s'est encore modérée pour s'établir à 2,9 % en février 2011, tandis que la croissance des autres dépôts à court terme et des instruments négociables s'est accentuée. Ce rééquilibrage au sein de M3 reflète l'incidence de la récente accentuation de la courbe des rendements sur la rémunération de différents actifs monétaires. Cependant, cette pentification de la courbe des rendements implique également un effet modérateur sur la croissance globale de M3, étant donné qu'elle réduit l'attractivité des actifs monétaires par rapport à des actifs à plus long terme mieux rémunérés non compris dans M3.
Du côté des contreparties, la nouvelle hausse du taux de progression annuel des prêts bancaires au secteur privé en février s'explique notamment par un nouveau léger renforcement de la croissance des prêts aux sociétés non financières, à 0,6 % en février après 0,5 % en janvier. La croissance des prêts aux ménages est ressortie à 3,0 % en février après 3,1 % en janvier. Dans l'ensemble, début 2011, les flux positifs de prêts aux agents privés non financiers ont été plus également répartis entre les secteurs des ménages et des sociétés non financières.

Les données les plus récentes confirment que les banques ont continué d'accroître leurs prêts au secteur privé de la zone euro, tout en maintenant la taille de leurs bilans globalement stable. Il est important que les banques continuent à renforcer l'octroi de crédits au secteur privé, dans un contexte de raffermissement de la demande. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de consolider leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation. En particulier, les banques qui ont actuellement un accès limité au financement de marché doivent de toute urgence accroître leurs fonds propres et améliorer leur efficacité.

En résumé, le Conseil des gouverneurs a décidé de relever les taux directeurs de la BCE de 25 points de base. L'ajustement de l'orientation actuellement très accommodante de la politique monétaire est nécessaire, compte tenu des risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix que nous avons identifiés dans notre analyse économique. Un recoupement avec les signaux de l'analyse monétaire montre que, si le rythme d'expansion monétaire sous-jacent reste modéré, la liquidité demeure abondante, ce qui devrait permettre aux tensions sur les prix de se manifester. Dans l'ensemble, il est essentiel que les récentes évolutions des prix n'entraînent pas des tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Notre décision contribuera à assurer un ancrage solide des anticipations d'inflation dans la zone euro à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est indispensable pour que la politique monétaire puisse contribuer à la croissance économique dans la zone euro. Dans le même temps, les taux d'intérêt demeurent faibles sur l'ensemble des échéances. Par conséquent, l'orientation de la politique monétaire demeure accommodante et continue ainsi d'apporter un soutien considérable à l'activité économique et à la création d'emploi. Les données économiques récentes confirment que la tendance de l'activité économique demeure positive, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Nous continuerons de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions relatives aux risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, il est impératif que tous les pays atteignent les objectifs d'assainissement pour 2011 qu'ils ont annoncés. En outre, l'annonce de mesures d'assainissement entièrement précisées pour 2012 et au delà contribuerait à convaincre le grand public et les intervenants de marché que les mesures correctrices s'inscriront dans la durée. Le renforcement de la confiance dans la soutenabilité des finances publiques est primordial, dans la mesure où cela réduira les primes de risque intégrées aux taux d'intérêt et améliorera les conditions propices à une croissance saine et durable.

Dans le même temps, il est capital que des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur soient mises en œuvre d'urgence dans la zone euro afin de renforcer sa croissance potentielle, sa compétitivité et sa flexibilité. S'agissant des marchés de produits, des politiques destinées à stimuler la concurrence et l'innovation doivent, en particulier, être poursuivies pour accélérer la restructuration de ces marchés et favoriser les gains de productivité. Sur le marché du travail, la priorité doit être accordée au renforcement de la flexibilité des salaires et des incitations à exercer un emploi, et à la suppression des rigidités du marché du travail.

Enfin, le Conseil des gouverneurs considère que le paquet de six propositions législatives sur la gouvernance économique, adopté par le Conseil européen lors de son sommet des 24 et 25 mars 2011, constitue une avancée sur la voie d'une amélioration de la surveillance économique et budgétaire dans la zone euro. Cependant, de notre point de vue, les propositions sont en deçà du nécessaire saut qualitatif en matière de surveillance de la zone euro qui est requis pour assurer le bon fonctionnement de l'Union économique et monétaire. Par conséquent, le Conseil des gouverneurs, conformément à l'avis de la BCE du 17 février 2011 relatif à ces propositions, incite vivement le Conseil Ecofin, le Parlement européen et la Commission à s'accorder, dans le cadre de leur " trialogue ", sur des exigences plus sévères, davantage d'automaticité dans les procédures et un accent mis plus clairement sur les pays les plus vulnérables enregistrant des pertes de compétitivité. Tous ces éléments contribueraient à garantir l'efficacité à long terme du nouveau cadre.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

 

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