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Déclaration introductive le 5 mai 2011

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse, ici à Helsinki. Je voudrais remercier le gouverneur Liikanen pour son accueil et exprimer toute notre gratitude à son personnel pour l'excellente organisation de cette réunion du Conseil des gouverneurs. Nous allons maintenant vous faire part des conclusions de la réunion, à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser les taux directeurs de la BCE inchangés après le relèvement de 25 points de base opéré le 7 avril 2011. Les informations devenues disponibles depuis lors confirment notre jugement selon lequel un ajustement de l'orientation très accommodante de la politique monétaire était nécessaire. Nous continuons d'observer des tensions à la hausse sur l'inflation globale, liées principalement aux prix de l'énergie et des matières premières. Tandis que l'analyse monétaire indique que le rythme sous-jacent de l'expansion monétaire reste modéré, la liquidité monétaire demeure abondante et pourrait permettre aux tensions sur les prix de se manifester. En outre, les données économiques récentes confirment la tendance positive de l'activité économique dans la zone euro, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Dans l'ensemble, il est essentiel que les récentes évolutions des prix n'entraînent pas de tensions inflationnistes généralisées. Les anticipations d'inflation dans la zone euro doivent rester solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est indispensable pour que la politique monétaire contribue durablement à la croissance économique et à la création d'emplois dans la zone euro. Compte tenu de la persistance de taux d'intérêt faibles sur l'ensemble des échéances et de l'orientation toujours accommodante de la politique monétaire, nous continuerons de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions concernant les risques à la hausse pour la stabilité des prix. Le maintien de la stabilité des prix à moyen terme est notre principe directeur, que nous appliquons quand il s'agit d'évaluer des informations nouvelles, de former un jugement et de décider de tout nouvel ajustement de l'orientation accommodante de la politique monétaire.

Comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises, la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication des opérations de refinancement seront également ajustés quand cet ajustement sera opportun, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire.

Permettez-moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Après la progression de 0,3 % en glissement trimestriel du PIB en volume de la zone euro au quatrième trimestre 2010, les données statistiques et les résultats d'enquêtes publiés récemment indiquent que la tendance positive de l'activité économique dans la zone euro s'est maintenue au premier trimestre et au début du deuxième trimestre de l'année 2011. À l'avenir, les exportations de la zone euro devraient bénéficier de l'expansion actuelle de l'économie mondiale. En parallèle, au vu du niveau élevé de confiance des chefs d'entreprise de la zone euro, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance économique, soutenue par l'orientation accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour améliorer le fonctionnement du système financier. Toutefois, l'activité devrait continuer d'être quelque peu freinée par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.

D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques restent globalement équilibrés, dans un contexte d'incertitude élevée. D'une part, le commerce mondial pourrait continuer de progresser plus rapidement que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. En outre, la forte confiance affichée par les chefs d'entreprise pourrait apporter à l'activité économique au sein de la zone euro un soutien plus important que prévu actuellement. D'autre part, des risques à la baisse sont liés aux tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et à leurs répercussions potentielles sur l'économie réelle de la zone euro. D'autres risques à la baisse ont trait à de nouveaux renchérissements de l'énergie, compte tenu en particulier des tensions géopolitiques actuelles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ainsi qu'à des pressions protectionnistes et à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux. Enfin, il subsiste encore des risques potentiels qui proviennent de l'incidence sur l'économie de la zone euro et d'autres pays de la double catastrophe naturelle et nucléaire survenue au Japon.

En ce qui concerne l'évolution des prix, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 2,8 % en avril selon l'estimation rapide d'Eurostat, après 2,7 % en mars. L'augmentation de l'inflation au cours des quatre premiers mois de 2011 reflète dans une large mesure le renchérissement des matières premières. L'inflation va probablement rester nettement supérieure à 2 % au cours des prochains mois. Des tensions à la hausse sur l'inflation, principalement exercées par les prix de l'énergie et des matières premières, sont également perceptibles en amont de la chaîne de production. Il est primordial que l'accentuation de la hausse de l'IPCH n'entraîne pas des effets de second tour sur le processus de fixation des prix et des salaires, susceptibles de faire apparaître des tensions inflationnistes généralisées. Les anticipations d'inflation doivent rester solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme demeurent orientés à la hausse. Ils sont notamment liés au renchérissement plus important que prévu de l'énergie, en particulier sous l'effet des tensions politiques actuelles en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Plus généralement, une croissance économique robuste dans les marchés émergents, soutenue par une liquidité abondante au niveau mondial, pourrait continuer d'alimenter les hausses des prix des matières premières. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Enfin, les risques sont également liés à des tensions plus fortes que prévu sur les prix intérieurs, dans le contexte actuel de reprise économique.

S'agissant de l'analyse monétaire, le rythme d'expansion annuel de M3 s'est établi à 2,3 % en mars 2011, après 2,1 % en février. Abstraction faite de la récente volatilité due à des facteurs particuliers, la croissance de l'agrégat monétaire M3 a continué de se renforcer au cours des derniers mois. Le taux de croissance annuel des prêts octroyés au secteur privé est resté pratiquement inchangé à 2,5 % en mars, après 2,6 % en février. Globalement, le rythme d'expansion monétaire sous-jacent se redresse progressivement, tout en restant modéré. Dans le même temps, la liquidité monétaire accumulée avant la période de tensions sur les marchés financiers demeure abondante et pourrait permettre aux tensions sur les prix dans la zone euro de se manifester.

En ce qui concerne les composantes de M3, la progression annuelle de M1 est demeurée quasiment stable en mars, tandis que la croissance des autres dépôts à court terme s'est renforcée. Cette évolution s'explique en partie par la hausse régulière de la rémunération de ces dépôts au cours des derniers mois. Cependant, la forte pente de la courbe des rendements implique un effet modérateur sur la croissance globale de M3, étant donné qu'elle réduit l'attractivité des actifs monétaires par rapport à des instruments à plus long terme mieux rémunérés non compris dans M3.

Du côté des contreparties, la croissance des prêts aux sociétés non financières s'est à nouveau légèrement renforcée, ressortant à 0,8 % en mars, après 0,6 % en février. La progression des prêts aux ménages s'est établie à 3,4 % en mars, contre 3,0 % en février. En faisant abstraction de la volatilité à court terme, les données les plus récentes confirment la poursuite d'un renforcement progressif de la croissance annuelle des prêts au secteur privé non financier.

La taille globale des bilans des banques est restée pratiquement inchangée ces derniers mois, en dépit d'une certaine volatilité. Il est important que les banques continuent de renforcer l'octroi de concours au secteur privé, dans un contexte de raffermissement de la demande. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de consolider leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation. En particulier, les banques qui ont actuellement un accès limité au financement de marché doivent de toute urgence accroître leurs fonds propres et améliorer leur efficacité.

En résumé, au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser les taux directeurs de la BCE inchangés après le relèvement de 25 points de base opéré le 7 avril 2011. Les informations devenues disponibles depuis lors confirment notre jugement selon lequel un ajustement de l'orientation très accommodante de la politique monétaire était nécessaire. Nous continuons d'observer des tensions à la hausse sur l'inflation globale, liées principalement aux prix de l'énergie et des matières premières. Un recoupement avec les signaux de l'analyse monétaire montre que, si le rythme d'expansion monétaire sous-jacent reste modéré, la liquidité demeure abondante, ce qui pourrait permettre aux tensions sur les prix de se manifester. En outre, les données économiques récentes confirment la tendance positive de l'activité économique dans la zone euro, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Dans l'ensemble, il est essentiel que les récentes évolutions des prix n'entraînent pas de tensions inflationnistes généralisées. Les anticipations d'inflation dans la zone euro doivent rester solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. Cet ancrage est indispensable pour que la politique monétaire contribue durablement à la croissance économique et à la création d'emplois dans la zone euro. Compte tenu de la persistance de taux d'intérêt faibles sur l'ensemble des échéances et de l'orientation toujours accommodante de la politique monétaire, nous continuerons de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions relatives aux risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix. Le maintien de la stabilité des prix à moyen terme est notre principe directeur, que nous appliquons quand il s'agit d'évaluer des informations nouvelles, de former un jugement et de décider de tout nouvel ajustement de l'orientation accommodante de la politique monétaire.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, les informations actuelles font état d'évolutions inégales s'agissant de l'adhésion des différents pays aux programmes d'assainissement budgétaires décidés. Le risque existe que, dans certains pays, les soldes budgétaires n'atteignent pas les objectifs approuvés par le Conseil Ecofin en vue de la correction nécessaire et en temps opportun des déficits excessifs. Il est impératif que l'ensemble des gouvernements respectent les objectifs budgétaires qu'ils ont annoncés pour 2011. Le cas échéant, des mesures correctrices supplémentaires doivent être appliquées rapidement afin de progresser sur la voie de la soutenabilité budgétaire. La mise en œuvre de politiques crédibles est primordiale compte tenu des tensions persistantes sur les marchés financiers.

Dans le même temps, il est capital que des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur soient mises en œuvre d'urgence dans la zone euro afin de renforcer sa croissance potentielle, sa compétitivité et sa flexibilité. En particulier, les pays dont les déficits budgétaire et extérieur sont élevés ou qui souffrent d'une perte de compétitivité doivent mettre en œuvre de vastes réformes économiques. S'agissant des marchés de produits, des politiques destinées à stimuler la concurrence et l'innovation doivent, en particulier, être poursuivies pour accélérer la restructuration de ces marchés et favoriser les gains de productivité. Sur le marché du travail, la priorité doit être accordée au renforcement de la flexibilité des salaires et des incitations à exercer un emploi, et à la suppression des rigidités du marché du travail.

Le Conseil des gouverneurs, conformément à l'avis de la BCE du 17 février 2011 relatif au paquet de six propositions législatives sur la gouvernance économique, incite vivement le Conseil Ecofin, le Parlement européen et la Commission européenne à s'accorder, dans le cadre de leur " trialogue ", sur des exigences plus sévères, davantage d'automaticité dans les procédures et un accent mis plus clairement sur les pays les plus vulnérables enregistrant des pertes de compétitivité.

Enfin, le Conseil des gouverneurs accueille favorablement le programme d'ajustement économique et financier dont les termes ont été approuvés par le gouvernement portugais après l'issue positive des négociations avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE, et avec le Fonds monétaire international.

Le programme contient les éléments nécessaires pour permettre une stabilisation durable de l'économie portugaise. Il aborde avec détermination les causes économiques et financières à l'origine des inquiétudes actuelles des marchés et contribuera ainsi à restaurer la confiance et à sauvegarder la stabilité financière dans la zone euro.

Le Conseil des gouverneurs se félicite de l'engagement des autorités publiques portugaises à prendre toutes les mesures nécessaires pour réaliser les objectifs du programme. Il attache une très grande importance au large soutien politique dont bénéficie le programme d'ajustement, qui voit ainsi sa crédibilité d'ensemble renforcée.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

 

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