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Déclaration introductive le 5 août 2010

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion qui s’est tenue aujourd’hui.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs considère que le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Par conséquent, il a décidé de les laisser inchangés. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations devenues disponibles depuis notre réunion du 8 juillet 2010, nous continuons de nous attendre à ce que l’évolution des prix reste modérée à l’horizon de moyen terme pertinent pour la politique monétaire, à la faveur de faibles tensions d’origine interne. Les données économiques disponibles et les indicateurs tirés d’enquêtes montrent que l’activité économique s’est renforcée au deuxième trimestre 2010 et les données disponibles pour le troisième trimestre sont meilleures que prévu. À plus long terme, et après prise en compte d’un certain nombre de facteurs temporaires, nous continuons de considérer que l’économie de la zone euro devrait progresser à un rythme modéré et encore irrégulier, dans un contexte d’incertitude. Notre analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial.

La politique monétaire prendra toutes les mesures qui s’imposent pour préserver la stabilité des prix dans la zone euro à moyen terme. Il s’agit de la contribution nécessaire et centrale de la politique monétaire pour favoriser une croissance économique soutenable, la création d’emplois et la stabilité financière. Toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers, qualifiées de « mesures de soutien renforcé au crédit », ainsi que le Programme pour les marchés de titres (Securities Market Programme), sont entièrement conformes à notre mission et, par construction, de nature temporaire. Nous restons fermement déterminés à maintenir la stabilité des prix à moyen et à long termes. L’orientation de la politique monétaire comme la fourniture globale de liquidité seront ajustées en fonction de cet objectif. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l’ensemble des évolutions au cours des prochaines semaines.

Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Après une période de fort recul, l’activité économique dans la zone euro progresse depuis mi-2009. Le PIB en volume de la zone euro a augmenté de 0,2 % en rythme trimestriel au premier trimestre 2010. Les données économiques disponibles et les indicateurs tirés d’enquêtes montrent que l’activité économique s’est renforcée au deuxième trimestre 2010 et les données disponibles pour le troisième trimestre sont meilleures que prévu. Par la suite, et après prise en compte de facteurs temporaires, le Conseil des gouverneurs s’attend toujours à une progression du PIB en volume à un rythme modéré et encore irrégulier dans la période à venir selon les économies de la zone euro et les secteurs. La reprise en cours au niveau mondial et son incidence sur la demande extérieure adressée à la zone euro, conjuguée à l’orientation accommodante de la politique monétaire et aux mesures adoptées pour rétablir le bon fonctionnement du système financier, devraient continuer de soutenir l’économie de la zone. Toutefois, la reprise de l’activité devrait être freinée par le processus d’ajustement des bilans dans différents secteurs et par les perspectives sur le marché du travail.

D’après l’évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur les perspectives économiques sont globalement équilibrés, dans un contexte d’incertitude. S’agissant des aspects positifs, le redressement de l’économie mondiale et des échanges extérieurs pourrait être plus marqué que prévu actuellement, continuant par là même de soutenir les exportations de la zone euro. En revanche, des inquiétudes subsistent quant à un regain de tensions sur les marchés financiers, à de nouvelles hausses des cours du pétrole et des autres matières premières, à des pressions protectionnistes ainsi qu’à la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.

En ce qui concerne l’évolution des prix, la hausse annuelle de l’IPCH dans la zone euro s’est établie à 1,7 % en juillet, selon l’estimation rapide d’Eurostat, après 1,4 % en juin, très vraisemblablement en raison d’effets de base haussiers relatifs aux composantes énergie et produits alimentaires. Au cours des tout prochains mois, la progression annuelle de l’IPCH devrait continuer d’afficher une certaine volatilité autour de son niveau actuel. Au delà, en 2011, les taux d’inflation devraient rester globalement modérés, à la faveur de faibles tensions d’origine interne sur les prix. Les anticipations d’inflation à moyen et long termes demeurent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix sont globalement équilibrés. Les risques à la hausse à moyen terme sont notamment liés à l’évolution des cours des matières premières. En outre, les relèvements de la fiscalité indirecte et des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Dans le même temps, les risques pesant sur les évolutions des prix et des coûts intérieurs sont limités. Globalement, le Conseil des gouverneurs suivra attentivement l’évolution future de l’ensemble des indicateurs de prix disponibles.

S’agissant de l’analyse monétaire, le rythme d’expansion annuel de M3 est devenu positif, s’établissant à 0,2 % en juin 2010 après -0,1 % en mai. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé a encore légèrement augmenté, tout en restant faible, à 0,3%. Au total, ces données continuent de conforter le diagnostic d’un rythme d’expansion monétaire sous-jacent modéré et de tensions inflationnistes à moyen terme contenues. Les évolutions à court terme de M3 et de certaines de ses composantes et contreparties sont demeurées volatiles, et cette volatilité pourrait perdurer.

L’incidence précédemment forte de la configuration des taux d’intérêt sur la dynamique monétaire paraît s’atténuer progressivement. Il s’ensuit une diminution graduelle de l’effet, sur la croissance effective de M3, des répercussions négatives de la pente accentuée de la courbe des rendements et des mouvements de report qui en découlent vers les dépôts et les titres à plus long terme non inclus dans M3. Dans le même temps, le taux de croissance annuel de M1 a continué de se modérer, bien que demeurant soutenu, à 9,2 %, en juin 2010. Cela reflète en partie des coûts d’opportunité de la détention des dépôts à vue légèrement supérieurs à ceux de la détention d’autres dépôts à court terme.

La progression annuelle toujours faible des prêts bancaires au secteur privé masque la poursuite d’évolutions opposées, avec d’un côté une accentuation de la hausse des prêts aux ménages et de l’autre une stabilisation de la baisse des prêts aux sociétés non financières. Une réaction décalée des prêts aux sociétés non financières aux évolutions de l’activité économique constitue une caractéristique normale du cycle conjoncturel.

Les données jusqu’à juin indiquent que, après avoir augmenté pendant quelques mois au début de l’année, la taille des bilans des banques a cessé de croître. Le défi reste pour les banques de faciliter l’accès du secteur non financier au crédit lorsque la demande se redressera. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de renforcer leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de la recapitalisation.

À cet égard, nous saluons l’exercice de tests de résistance (stress tests), qui a été préparé et mené à l’échelle de l’UE par le Comité européen des contrôleurs bancaires (CECB) et les autorités nationales de surveillance, en coopération étroite avec la BCE. Il s’est agi d’un exercice de simulation exhaustif et rigoureux, dont les résultats confirment la capacité de résistance de l’ensemble des systèmes bancaires de l’UE et de la zone euro à de graves chocs économiques et financiers. Ces tests ont également amélioré de manière significative la transparence des conditions financières actuelles et des expositions aux risques des 91 établissements ayant participé à l’exercice ; ils représentent ainsi une étape importante dans le rétablissement de la confiance des marchés.

Nous saluons également l’engagement pris par les autorités nationales d’offrir aux banques des dispositifs de soutien lorsque les moyens du secteur privé sont insuffisants. Des bilans sains, une gestion efficace des risques et des modèles d’activité transparents et robustes sont déterminants pour renforcer la résistance des banques aux chocs, garantir un accès adéquat au financement et mettre ainsi en place les fondements propres à assurer durablement la croissance économique, la création d’emplois et la stabilité financière.

En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations devenues disponibles depuis notre réunion du 8 juillet 2010, nous continuons de nous attendre à ce que l’évolution des prix reste modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire, à la faveur de faibles tensions d’origine interne. Les données économiques disponibles et les indicateurs tirés d’enquêtes montrent que l’activité économique s’est renforcée au deuxième trimestre 2010 et les données disponibles pour le troisième trimestre sont meilleures que prévu. À plus long terme, et après prise en compte d’un certain nombre de facteurs temporaires, nous continuons de considérer que l’économie de la zone euro devrait progresser à un rythme modéré et encore irrégulier, dans un contexte d’incertitude. Le recoupement des conclusions de notre analyse économique avec celles de l’analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial.

S’agissant des politiques budgétaires, il est essentiel que les programmes budgétaires pour 2011 et au delà reflètent un engagement fort en faveur d’un retour à des finances publiques saines. Compte tenu de la détérioration exceptionnelle des finances publiques au cours des deux dernières années, il est urgent de mettre en œuvre des stratégies crédibles d’assainissement budgétaire à moyen terme visant à rétablir la soutenabilité budgétaire et à dégager des marges de manœuvre dans ce domaine. Les objectifs budgétaires des pays doivent, à tout le moins, respecter les impératifs d’assainissement prévus par la procédure de déficit excessif les concernant. Des objectifs plus ambitieux, déjà adoptés par un certain nombre de pays de la zone euro, peuvent s’avérer nécessaires lorsque les programmes actuels ne répondent pas à l’objectif principal consistant à interrompre et à inverser la hausse du ratio de dette publique. En outre, tous les pays doivent définir des mesures d’ajustement budgétaire crédibles, axées sur le volet dépenses, tout en se tenant prêts à mettre en œuvre des mesures supplémentaires, le cas échéant, au cours des prochaines années.

La poursuite de réformes structurelles de grande ampleur est essentielle pour soutenir le processus d’assainissement budgétaire, favoriser le bon fonctionnement de la zone euro et renforcer les perspectives d’une croissance plus forte et durable. Des réformes importantes s’imposent tout particulièrement dans les pays qui ont subi des pertes de compétitivité ou qui sont actuellement en proie à des déficits budgétaires et extérieurs élevés. Des mesures doivent assurer que le processus de négociations salariales permette d’ajuster les salaires de manière flexible à la situation du chômage et aux pertes de compétitivité. Des réformes visant à renforcer la croissance de la productivité favoriseraient le processus d’ajustement de ces économies.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

 

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