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Déclaration introductive le 3 mars 2011

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion qui s'est tenue aujourd'hui, et à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les taux d'intérêt directeurs de la BCE. Les informations devenues disponibles depuis notre réunion du 3 février 2011 indiquent une hausse de l'inflation, essentiellement sous l'effet du renchérissement des matières premières. L'analyse économique montre que les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix sont orientés à la hausse, tandis que le rythme sous-jacent de l'expansion monétaire reste modéré. Les données économiques récentes confirment que la tendance de l'activité économique dans la zone euro demeure positive, malgré la persistance d'une forte incertitude. L'orientation actuellement très accommodante de la politique monétaire apporte un soutien considérable à l'activité économique. Il est essentiel que la hausse récente de l'inflation n'entraîne pas de tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Une grande vigilance s'impose, en vue de contenir les risques à la hausse pour la stabilité des prix. Au total, le Conseil des gouverneurs reste prêt à agir de manière résolue et en temps opportun pour éviter que les risques à la hausse pesant sur la stabilité des prix à moyen terme ne se matérialisent. L'ancrage solide, sur la durée, des anticipations d'inflation est primordial.

Le Conseil des gouverneurs a également décidé, de continuer à conduire les opérations principales de refinancement et les opérations de refinancement exceptionnelles dont la durée correspond à une période de constitution de réserves sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie, aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu'à la fin de la sixième période de constitution de réserves de 2011, le 12 juillet 2011. De plus, le Conseil des gouverneurs a décidé de conduire les opérations de refinancement à plus long terme d'une durée de trois mois dont l'adjudication doit intervenir le 27 avril, le 25 mai et le 29 juin 2011 sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie. Le taux de ces opérations d'une durée de trois mois sera égal à la moyenne des taux des opérations principales de refinancement effectuées pendant la durée des opérations à plus long terme.

Comme nous l'avons indiqué précédemment, la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication seront ajustés en fonction de la situation, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions au cours de la période à venir.

Permettez-moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Après la progression de 0,3 % en glissement trimestriel enregistrée par le PIB en volume de la zone euro au troisième trimestre comme au quatrième trimestre 2010, les données statistiques et les résultats d'enquêtes publiés récemment continuent de confirmer la tendance positive de l'activité économique au sein de la zone euro au début de l'année 2011. Dans les mois à venir, les exportations de la zone euro devraient continuer de bénéficier de la reprise en cours de l'économie mondiale. En parallèle, au vu du niveau relativement élevé de confiance des chefs d'entreprise de la zone euro, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance, soutenue par l'orientation très accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour améliorer le fonctionnement du système financier. Toutefois, le redressement de l'activité devrait être légèrement freiné par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.

Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de mars 2011 établies par les services de la BCE pour la zone euro, qui tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume comprise entre 1,3 % et 2,1 % pour 2011 et entre 0,8 % et 2,8 % pour 2012. Par rapport aux projections macroéconomiques de décembre 2010 établies par les services de l'Eurosystème, les chiffres inférieurs de ces deux fourchettes ont été révisés à la hausse, reflétant l'amélioration des perspectives d'évolution de l'économie mondiale, et donc des exportations de la zone euro, ainsi que de la demande intérieure. Les projections de mars 2011 établies par les services de la BCE sont globalement conformes aux prévisions des organisations internationales.

D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques sont globalement équilibrés, dans un contexte d'incertitude élevée. Certes, le commerce mondial pourrait continuer à progresser plus rapidement que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. En outre, la forte confiance affichée par les chefs d'entreprise pourrait apporter à l'activité économique intérieure de la zone euro un soutien plus important qu'on ne le prévoit actuellement. Néanmoins, des risques à la baisse sont liés aux tensions persistantes sur certains compartiments des marchés financiers et à leurs répercussions potentielles sur l'économie réelle de la zone euro. Des risques à la baisse ont trait également à de nouveaux renchérissements des matières premières, compte tenu en particulier du regain de tensions géopolitiques, ainsi qu'à des pressions protectionnistes et à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.

En ce qui concerne l'évolution des prix, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 2,4 % en février 2011 selon l'estimation rapide d'Eurostat, après 2,3 % en janvier. L'accélération de l'inflation début 2011 reflète dans une large mesure le renchérissement des matières premières. Les tensions provenant des fortes hausses des prix de l'énergie et des produits alimentaires se manifestent également en amont de la chaîne de production. Il est primordial que l'accentuation de la hausse de l'IPCH n'entraîne pas des effets de second tour, susceptibles de faire apparaître des tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Les anticipations d'inflation à moyen et long termes doivent demeurer solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les projections macroéconomiques de mars 2011 établies par les services de la BCE pour la zone euro prévoient une hausse annuelle de l'IPCH comprise entre 2,0 % et 2,6 % pour 2011 et entre 1,0 % et 2,4 % pour 2012. Par rapport aux projections macroéconomiques de décembre 2010 réalisées par les services de l'Eurosystème, les fourchettes de progression de l'IPCH ont été révisées à la hausse. Cette évolution est imputable essentiellement à la hausse considérable des prix de l'énergie et des produits alimentaires. Il convient de souligner que les projections se fondent sur les contrats à terme sur matières premières à mi-février 2011, et ne prennent donc pas en compte les augmentations les plus récentes des cours du pétrole. Par ailleurs, il faut noter que les projections tablent sur la poursuite d'un processus modéré de fixation des salaires et des prix intérieurs.

Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme sont orientés à la hausse. Ils tiennent, en particulier, à des hausses plus importantes que prévu des prix de l'énergie et des matières premières hors énergie. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Enfin, les risques sont également liés à des tensions plus importantes que prévu sur les prix intérieurs, dans le contexte de la reprise actuelle de l'activité. Le comportement des agents impliqués dans le processus de fixation des prix et des salaires ne devrait pas entraîner d'effets de second tour généralisés découlant de la hausse des prix des matières premières.

S'agissant de l'analyse monétaire, le taux de croissance annuel de M3 a diminué, revenant à 1,5 % en janvier 2011 après 1,7 % en décembre 2010, tandis que celui des prêts au secteur privé a progressé, passant à 2,4 % en janvier après 1,9 % en décembre. Abstraction faite des évolutions propres à un mois donné et des effets de facteurs spécifiques, les tendances de la croissance de l'agrégat monétaire large et de celle du crédit confirment le diagnostic d'un rythme d'expansion monétaire sous-jacent encore modéré et de tensions inflationnistes à moyen et long termes qui devraient rester contenues. Dans le même temps, le faible niveau de la croissance de la monnaie et du crédit n'a jusqu'à présent entraîné qu'une résorption partielle des importants montants de liquidité monétaire qui se sont accumulés dans l'économie avant la période de tensions financières. Cette liquidité pourrait permettre de mieux gérer les tensions sur les prix apparaissant actuellement sur les marchés de matières premières en raison de la vigueur de la croissance économique et de l'abondance de la liquidité au niveau mondial.

S'agissant des composantes de M3, la progression annuelle de M1 s'est encore modérée pour s'établir à 3,2 % en janvier 2011, reflétant la faible rémunération actuelle des dépôts à vue. Dans le même temps, la courbe des rendements s'est encore légèrement accentuée au début de l'année, impliquant une nouvelle diminution de l'attractivité des instruments à court terme inclus dans M3 par rapport à des actifs à plus long terme mieux rémunérés non compris dans cet agrégat.

Du côté des contreparties, la hausse du taux de progression annuel des prêts bancaires au secteur privé en janvier s'explique par une augmentation des prêts aux ménages et aux sociétés non financières. La croissance des prêts aux sociétés non financières est devenue positive, pour s'établir à 0,4 % en janvier après 0,2 % en décembre, et celles des prêts aux ménages a continué de s'accentuer, atteignant 3,1 %, après 2,9 % en décembre. Dans l'ensemble, l'activité de prêt au secteur privé non financier s'est progressivement renforcée au cours des derniers trimestres, à mesure que la reprise économique s'accélérait.

Les données les plus récentes confirment également que les banques ont continué d'accroître leurs prêts à l'économie de la zone euro, la taille de leurs bilans demeurant globalement stable dans le même temps. Il est important que les banques continuent à renforcer l'octroi de crédits au secteur privé, dans un contexte de raffermissement de la demande. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de consolider leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation. En particulier, les banques qui ont actuellement un accès limité au financement de marché doivent de toute urgence accroître leurs fonds propres et améliorer leur efficacité.

En résumé, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les taux directeurs de la BCE. Les informations devenues disponibles depuis notre réunion du 3 février 2011 font état d'une hausse de l'inflation, reflétant largement le renchérissement des matières premières. L'analyse économique indique que les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix sont à la hausse, et le recoupement avec l'analyse monétaire montre que le rythme d'expansion monétaire sous-jacent reste modéré. Les données économiques récentes confirment que la tendance de l'activité économique dans la zone euro demeure positive, malgré la persistance d'une forte incertitude. L'orientation très accommodante de la politique monétaire apporte un soutien considérable à l'activité économique. Il est essentiel que la récente accélération de l'inflation n'entraîne pas de tensions inflationnistes généralisées à moyen terme. Une grande vigilance s'impose afin de contenir les risques à la hausse pour la stabilité des prix. Au total, le Conseil des gouverneurs reste prêt à agir de manière résolue et en temps opportun pour éviter que les risques pesant sur la stabilité des prix à moyen terme ne se matérialisent. L'ancrage solide, sur la durée, des anticipations d'inflation est primordial.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, tous les pays doivent mettre intégralement en œuvre leurs programmes d'assainissement en 2011. Le cas échéant, des mesures correctrices supplémentaires doivent être mises en application rapidement afin de garantir des progrès sur la voie de la soutenabilité budgétaire. Au-delà de 2011, les pays doivent définir des mesures ambitieuses et concrètes dans leurs programmes d'ajustement pluriannuels de manière à étayer la crédibilité de leurs objectifs d'assainissement budgétaire qui consistent à assurer une correction rapide des déficits excessifs et le retour à une situation proche de l'équilibre ou excédentaire. Le renforcement de la confiance dans la soutenabilité des finances publiques est primordial, dans la mesure où il réduira les primes de risque intégrées aux taux d'intérêt et améliorera les conditions pour une croissance saine et durable.

Dans le même temps, il est capital que des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur soient mises en œuvre dans la zone euro afin de renforcer sa croissance potentielle, sa compétitivité et sa flexibilité. S'agissant des marchés de produits, des politiques destinées à stimuler la concurrence et l'innovation doivent, en particulier, être poursuivies. Sur le marché du travail, la priorité doit être accordée au renforcement de la flexibilité des salaires et des incitations à exercer un emploi, et à la suppression des rigidités du marché du travail.

La crise actuelle de la dette souveraine dans la zone euro a renforcé la nécessité d'une réforme ambitieuse du cadre de gouvernance économique de la zone euro. Le Conseil des gouverneurs de la BCE considère que les propositions législatives qui ont été formulées par la Commission européenne constituent une avancée sur la voie d'une amélioration de la surveillance économique et budgétaire dans la zone euro. Cependant, elles sont en deçà du nécessaire saut qualitatif en matière de surveillance de la zone euro qui est requis pour assurer le bon fonctionnement de l'Union économique et monétaire. Ainsi qu'il est précisé dans l'avis de la BCE du 17 février 2011 relatif à ces propositions, des exigences plus sévères, davantage d'automaticité dans les procédures et un accent mis plus clairement sur les pays les plus vulnérables enregistrant des pertes de compétitivité sont nécessaires pour garantir que le nouveau cadre sera réellement efficace à long terme.

Nous sommes maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

 

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