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Déclaration introductive le 3 février 2011

Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion qui s'est tenue aujourd'hui.

Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a confirmé que le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Par conséquent, il a décidé de les laisser inchangés. Au vu de l'ensemble des nouvelles informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 13 janvier 2011, nous continuons de constater des signes de tensions à court terme sur l'inflation globale, pour l'essentiel sous l'effet des prix de l'énergie et des matières premières. Cela ne modifie pas, pour le moment, notre diagnostic selon lequel l'évolution des prix restera compatible avec la stabilité des prix à l'horizon pertinent pour la politique monétaire. Cela étant, un suivi très attentif s'impose. Les données économiques récentes confirment la tendance positive de l'activité économique dans la zone euro, malgré la persistance d'une forte incertitude. Notre analyse monétaire indique que les tensions inflationnistes devraient demeurer contenues à moyen et long termes. Les anticipations d'inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L'ancrage solide, sur la durée, des anticipations d'inflation est primordial.

Globalement, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, et l'orientation actuelle de la politique monétaire reste accommodante. Cette orientation, de même que la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication, seront ajustés en fonction de la situation, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions au cours de la période à venir.

Permettez-moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Après la progression de 0,3 % en glissement trimestriel du PIB en volume de la zone euro au troisième trimestre 2010, les données statistiques et les résultats d'enquêtes publiés récemment pour le quatrième trimestre et le début de l'année 2011 continuent de confirmer la tendance positive de l'activité économique dans la zone euro. À l'avenir, les exportations de la zone euro devraient bénéficier de la reprise en cours de l'économie mondiale. En parallèle, au vu du niveau relativement élevé de confiance des chefs d'entreprise de la zone euro, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance, soutenue par l'orientation accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour améliorer le fonctionnement du système financier. Toutefois, le redressement de l'activité économique devrait être freiné par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.

D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques sont encore légèrement orientés à la baisse, dans un contexte d'incertitude toujours élevée. Certes, le commerce mondial pourrait continuer à progresser plus rapidement que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. En outre, la confiance affichée par les chefs d'entreprise pourrait apporter à l'activité économique intérieure de la zone euro un soutien plus important qu'on ne le prévoit actuellement. Cela étant, des risques à la baisse sont liés aux tensions sur certains compartiments des marchés financiers et à leur répercussion potentielle sur l'économie réelle de la zone euro. D'autres risques à la baisse ont trait à de nouveaux renchérissements des prix du pétrole et des autres matières premières, à des pressions protectionnistes ainsi qu'à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.

En ce qui concerne l'évolution des prix, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 2,4% en janvier 2011 selon l'estimation rapide d'Eurostat, après 2,2% en décembre. Cette nouvelle augmentation était largement prévue et reflète essentiellement les hausses des prix de l'énergie. Au cours des prochains mois, les taux d'inflation pourraient temporairement augmenter encore. Ils devraient demeurer légèrement supérieurs à 2 % sur la majeure partie de 2011, avant de se modérer à nouveau vers la fin de l'année. Dans l'ensemble, nous continuons de constater des signes de tensions à court terme sur l'inflation globale, exercées principalement par les prix de l'énergie et des matières premières. Des tensions sont également perceptibles en amont de la chaîne de production. Ces évolutions n'ont pas, jusqu'ici, affecté notre diagnostic selon lequel l'évolution des prix restera compatible avec la stabilité des prix à l'horizon pertinent pour la politique monétaire. Cela étant, un suivi très attentif s'impose. Les anticipations d'inflation à moyen et long termes demeurent solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.

Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme sont encore globalement équilibrés mais, comme cela a déjà été indiqué en janvier, pourraient s'orienter à la hausse. Pour l'heure, les risques à la hausse sont notamment liés à l'évolution des prix de l'énergie et des matières premières hors énergie. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années, et les tensions sur les prix tout au long de la chaîne de production pourraient s'accentuer. Les risques à la baisse sont surtout liés à l'incidence sur l'inflation d'une croissance potentiellement plus faible, compte tenu du contexte actuel empreint d'incertitude.

En ce qui concerne l'analyse monétaire, le rythme d'expansion annuel de M3 est revenu à 1,7 % en décembre 2010, après 2,1 % en novembre. La progression annuelle des prêts au secteur privé s'est également repliée, de façon modeste toutefois, à 1,9 % en décembre, après 2,0 % en novembre. Ces baisses reflètent pour partie le retournement des facteurs exceptionnels qui ont été à l'œuvre en novembre et n'indiquent pas un affaiblissement général de la dynamique monétaire. Globalement, toutefois, la croissance de l'agrégat monétaire large et celle du crédit sont encore faibles, confortant le diagnostic d'un rythme d'expansion monétaire sous-jacent modéré et de tensions inflationnistes à moyen et long termes qui devraient rester contenues.

S'agissant des composantes de M3, le taux de croissance annuel de M1 a de nouveau fléchi pour s'établir à 4,4 % en décembre 2010, reflétant la faible rémunération actuelle des dépôts à vue. Parallèlement, la pente de la courbe des rendements s'est encore légèrement accentuée, impliquant une nouvelle diminution de l'attractivité des dépôts à court terme inclus dans M3 par rapport à des actifs à plus long terme mieux rémunérés non compris dans cet agrégat.

Du côté des contreparties, le taux de progression annuel des prêts bancaires au secteur privé continue de masquer des divergences d'un secteur à l'autre. La croissance des prêts aux sociétés non financières s'est établie à - 0,2 % en décembre, après - 0,1 % le mois précédent, tandis que celle des prêts aux ménages s'est renforcée à 3,0 % en décembre, après 2,8 % en novembre. Compte tenu de l'incidence de la sortie de prêts des bilans des banques et abstraction faite de la volatilité à court terme, les données les plus récentes confirment une poursuite du renforcement progressif de la croissance annuelle des prêts au secteur privé non financier.

Parallèlement, les données les plus récentes font état d'une nouvelle contraction de la taille globale des bilans des banques après l'augmentation observée durant la majeure partie de 2010, essentiellement en raison d'une diminution des prêts entre banques. Il est important que les banques continuent à renforcer l'octroi de crédits au secteur privé, dans un contexte de raffermissement de la demande. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de consolider leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation.

En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Par conséquent, nous avons décidé de les laisser inchangés. Au vu de l'ensemble des nouvelles informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 13 janvier 2011, nous continuons de constater des signes de tensions à court terme sur l'inflation globale, pour l'essentiel sous l'effet des prix de l'énergie et des matières premières. Cela ne modifie pas, pour le moment, notre diagnostic selon lequel l'évolution des prix restera compatible avec la stabilité des prix à l'horizon pertinent pour la politique monétaire. Cela étant, un suivi très attentif s'impose. Les données économiques récentes confirment la dynamique de fond positive de l'activité économique dans la zone euro, malgré la persistance d'une forte incertitude. Le recoupement des conclusions de notre analyse économique avec celles de l'analyse monétaire indique que les tensions inflationnistes devraient demeurer contenues à moyen et long termes. Les anticipations d'inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L'ancrage solide, sur la durée, des anticipations d'inflation est primordial.

En ce qui concerne les politiques budgétaires, il est désormais impératif que tous les pays mettent pleinement en œuvre leurs programmes d'assainissement en 2011. Le cas échéant, des mesures correctrices supplémentaires doivent être mises en application rapidement afin de garantir des progrès sur la voie de la soutenabilité budgétaire. Au-delà de 2011, les pays doivent définir des mesures concrètes dans leurs programmes d'assainissement pluriannuels de manière à étayer la crédibilité de leurs objectifs d'assainissement budgétaire. L'expérience montre que la maîtrise des dépenses est une étape importante vers la réalisation et le maintien de finances publiques solides, notamment lorsqu'elle est inscrite dans des règles nationales contraignantes. Un tel engagement contribue à renforcer la confiance dans la soutenabilité des finances publiques, à réduire les primes de risque intégrées aux taux d'intérêt et à améliorer les conditions pour une croissance saine et durable. La mise en œuvre de politiques crédibles est capitale compte tenu de la persistance de tensions sur les marchés financiers.

Des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur doivent être mises en œuvre d'urgence, en complément de l'assainissement budgétaire, pour améliorer les perspectives d'une croissance et d'un emploi durablement plus élevés. Des réformes importantes s'imposent tout particulièrement dans les pays qui ont subi une perte de compétitivité ou qui sont actuellement en proie à des déficits budgétaires et extérieurs élevés. Une concurrence accrue sur les marchés de produits et une plus grande flexibilité du marché du travail faciliteraient les processus d'ajustement indispensables au sein de l'économie. Toutes ces réformes structurelles doivent être confortées par la nécessaire amélioration de la structure du secteur bancaire. Des bilans sains, une gestion efficace des risques et des modèles d'activité transparents et robustes restent essentiels pour renforcer la capacité de résistance des banques aux chocs, garantir un accès suffisant au financement et mettre ainsi en place les fondements propres à assurer durablement la croissance économique et la stabilité financière.

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