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Déclaration introductive le 2 septembre 2010
Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons maintenant vous faire part des conclusions de la réunion qui s’est tenue aujourd’hui, et à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.
Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs continue de considérer que le niveau actuel des taux directeurs de la BCE est approprié. Par conséquent, il a décidé de les laisser inchangés. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 5 août 2010, nous continuons de nous attendre à une évolution des prix modérée à l’horizon de moyen terme pertinent pour la politique monétaire, en raison des faibles tensions domestiques sur les prix. Les données économiques récentes relatives à la zone euro ont été meilleures que prévu, en partie en raison de facteurs temporaires. À plus long terme, la reprise devrait se dérouler à un rythme modéré, dans un contexte toujours empreint d’incertitude. Notre analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial.
Le Conseil des gouverneurs a également décidé, ce jour, de continuer à conduire les opérations principales de refinancement et les opérations de refinancement exceptionnelles dont la durée correspond à une période de constitution de réserves sous la forme d’appels d’offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servies, aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu’à la fin de la douzième période de constitution de réserves de cette année, le 18 janvier 2011. Le taux fixe de ces opérations de refinancement exceptionnelles sera identique à celui retenu lors de l’opération principale de refinancement en cours. De plus, le Conseil a décidé de conduire les opérations de refinancement à plus long terme d’une durée de trois mois dont l’adjudication doit s’effectuer en octobre, novembre et décembre 2010 sous la forme d’appels d’offres à taux fixe sans limitation de montant. Les taux appliqués dans le cadre de ces opérations d’une durée de trois mois seront égaux à la moyenne des taux des opérations principales de refinancement effectuées sur la durée des opérations de refinancement à plus long terme respectives. Le Conseil des gouverneurs a également décidé d’effectuer trois opérations supplémentaires de réglage fin les 30 septembre, 11 novembre et 23 décembre quand les opérations de refinancement d’une durée de six mois et de douze mois arriveront à échéance.
Globalement, l’orientation actuelle de la politique monétaire demeure accommodante. Le Conseil des gouverneurs prendra toutes les décisions de politique monétaire qui s’imposent pour préserver la stabilité des prix dans la zone euro à moyen terme. Il s’agit de la contribution nécessaire et centrale de la politique monétaire pour favoriser une croissance économique soutenable, la création d’emplois et la stabilité financière. Toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers, qualifiées de « mesures de soutien renforcé au crédit », ainsi que le Programme pour les marchés de titres (Securities Market Programme), sont entièrement conformes à notre mandat et, par construction, de nature temporaire. Nous restons fermement déterminés à maintenir la stabilité des prix à moyen et long termes. L’orientation de la politique monétaire, la fourniture globale de liquidité et les modes d’adjudication seront ajustés en fonction de cet objectif. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l’ensemble des évolutions au cours des prochaines semaines.
Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Après une période de net recul, l’activité économique dans la zone euro progresse depuis mi-2009. Le PIB en volume de la zone euro a fortement progressé en rythme trimestriel, de 1,0 % au deuxième trimestre 2010, soutenu par la reprise en cours au niveau mondial mais également, en partie, par des facteurs domestiques temporaires. Les données récentes et les résultats d’enquêtes confirment généralement l’anticipation d’une modération de ce rythme au deuxième semestre de cette année, tant au niveau mondial que dans la zone euro. Quoi qu’il en soit, alors que l’incertitude persiste, ces indicateurs continuent de faire état d’une dynamique de fond positive de la reprise dans la zone euro. La poursuite de la croissance au niveau mondial et son incidence sur la demande extérieure adressée à la zone euro, conjuguée à l’orientation accommodante de la politique monétaire et aux mesures adoptées pour rétablir le bon fonctionnement du système financier, devraient continuer de soutenir l’économie de la zone. Toutefois, la reprise de l’activité devrait être freinée par le processus d’ajustement des bilans dans différents secteurs et par les perspectives sur les marchés du travail.
Ce diagnostic est également conforme aux projections macroéconomiques de septembre 2010 établies par les services de la BCE pour la zone euro, selon lesquelles la croissance annuelle du PIB en volume devrait se situer entre 1,4 % et 1,8 % en 2010 et entre 0,5 % et 2,3 % en 2011. Par rapport aux projections macroéconomiques établies par les services de l’Eurosystème en juin 2010, la fourchette de croissance du PIB en volume pour cette année a été revue à la hausse, en raison d’un rebond plus fort que prévu de la croissance économique au deuxième trimestre ainsi que des évolutions meilleures qu’attendu au cours de l’été. Pour 2011, la fourchette a également été révisée à la hausse, reflétant essentiellement un acquis de croissance lié à l’expansion plus forte que prévu vers la fin 2010.
D’après l’évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur cette amélioration des perspectives économiques sont légèrement orientés à la baisse, dans un contexte toujours empreint d’incertitude. S’agissant des facteurs positifs, le commerce mondial pourrait continuer d’enregistrer des résultats meilleurs que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. En revanche, des inquiétudes subsistent quant à un regain de tensions sur les marchés financiers et à une incertitude concernant les perspectives de croissance dans les autres économies avancées et à l’échelle mondiale. En outre, des risques à la baisse sont liés à de nouvelles hausses des cours du pétrole et des autres matières premières, à des pressions protectionnistes ainsi qu’à la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.
S’agissant de l’évolution des prix, la hausse annuelle de l’IPCH s’est établie à 1,6 % en août, selon l’estimation rapide d’Eurostat, contre 1,7 % en juillet. Ce léger recul de l’inflation reflète probablement des effets de base relatifs à la composante énergie. Au cours des prochains mois, les taux d’inflation annuels devraient augmenter légèrement tout en affichant une certaine volatilité. Au-delà, en 2011, ils devraient rester globalement modérés, à la faveur de faibles tensions d’origine interne sur les prix. Les anticipations d’inflation à moyen et long termes demeurent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de septembre 2010 établies par les services de la BCE pour la zone euro, qui tablent sur une hausse annuelle de l’IPCH comprise entre 1,5 % et 1,7 % en 2010 et entre 1,2 % et 2,2 % en 2011. Par rapport aux projections macroéconomiques établies par les services de l’Eurosystème en juin 2010, ces fourchettes ont été revues légèrement à la hausse, en raison essentiellement du renchérissement des matières premières.
Les risques pesant sur les perspectives d’évolution des prix sont légèrement orientés à la hausse. Ils sont notamment liés à l’évolution des prix de l’énergie et des cours des matières premières hors pétrole. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Dans le même temps, les risques entourant les évolutions des prix et des coûts internes sont limités.
En ce qui concerne l’analyse monétaire, le rythme d’expansion annuel de M3 s’est établi à 0,2 % en juillet 2010, inchangé par rapport à juin. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé, qui s’est progressivement redressé, a encore progressé pour s’établir à 0,9%, tout en restant encore relativement faible. Les évolutions peu marquées de la croissance de la monnaie et des prêts continuent de conforter le diagnostic d’un rythme d’expansion monétaire sous-jacent modéré et de tensions inflationnistes à moyen terme contenues.
L’effet à la baisse, sur la croissance monétaire, de la pente accentuée de la courbe des rendements, qui se traduit par des mouvements de report vers les dépôts et les titres à plus long terme non inclus dans M3, s’atténue progressivement. En outre, l’incidence des faibles écarts entre les différents taux d’intérêt à court terme sur la croissance des composantes de M3 continue de se réduire. Par conséquent, le taux de croissance annuel de M1, partant de niveaux élevés, a encore fléchi, pour s’établir à 8,1 % en juillet 2010, tandis que celui des autres dépôts à court terme est devenu moins négatif.
La progression annuelle toujours faible des prêts bancaires au secteur privé non financier masque la poursuite d’une croissance positive des prêts aux ménages et d’une croissance moins négative, en rythme annuel, des prêts aux sociétés non financières. Ces évolutions sont conformes à une réaction décalée et normale de l’évolution des prêts face à l’évolution de l’activité économique au cours du cycle conjoncturel.
Compte tenu des faibles évolutions d’ensemble de leurs bilans, le défi reste pour les banques de faciliter l’accès du secteur non financier au crédit lorsque la demande se redressera. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de renforcer leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de la recapitalisation.
En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Au vu de l’ensemble des nouvelles informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 5 août 2010, nous continuons de nous attendre à une évolution des prix modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire, en raison des faibles tensions domestiques sur les prix. Les données économiques récentes relatives à la zone euro ont été meilleures qu’attendu, en partie en raison de facteurs temporaires. À plus long terme, la reprise devrait se poursuivre à un rythme modéré, dans un contexte encore marqué par l’incertitude. Le recoupement des conclusions de notre analyse économique avec celles de l’analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme, comme l’indique la faible croissance de la monnaie et du crédit. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L’ancrage solide des anticipations d’inflation demeure primordial.
En ce qui concerne les politiques budgétaires, les évolutions actuelles observées à l’échelle de la zone euro apparaissent globalement conformes aux anticipations antérieures. Au niveau des différents pays, toute évolution budgétaire positive qui se ferait jour sous l’effet de facteurs tels qu’un environnement macroéconomique plus favorable qu’attendu, doit être exploitée pour accélérer l’assainissement budgétaire. Cependant, dans les pays où les mesures supplémentaires nécessaires pour atteindre les objectifs d’assainissement n’ont pas encore été prises, elles doivent être adoptées rapidement pour assurer le respect des engagements pris en ce domaine. Il s’agit d’une condition essentielle au maintien de la confiance dans la crédibilité des objectifs budgétaires des gouvernements. Des effets positifs sur la confiance peuvent compenser la réduction de la demande résultant de la consolidation budgétaire, dès lors que les stratégies d’ajustement budgétaire sont jugées crédibles, ambitieuses et axées sur le volet des dépenses. Les conditions permettant de tels effets positifs sont particulièrement favorables dans l’environnement actuel d’incertitude macroéconomique.
La poursuite de réformes structurelles de grande ampleur est essentielle pour soutenir le processus de consolidation budgétaire, favoriser le bon fonctionnement de la zone euro et renforcer les perspectives d’une croissance plus forte et durable. Des réformes importantes s’imposent tout particulièrement dans les pays qui ont subi des pertes de compétitivité ou qui sont actuellement en proie à des déficits budgétaires et extérieurs élevés. Des mesures doivent faire en sorte que le processus de négociations salariales permette d’ajuster les salaires de manière flexible et appropriée à la situation du chômage et aux pertes de compétitivité. Des réformes visant à renforcer la croissance de la productivité favoriseraient le processus d’ajustement de ces économies.
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