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Déclaration introductive le 2 décembre 2010
Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion qui s'est tenue aujourd'hui.
Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a confirmé que le niveau actuel des taux directeurs de la BCE est approprié. Par conséquent, il a décidé de les laisser inchangés. Au vu de l'ensemble des informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 4 novembre 2010, nous continuons de nous attendre à une évolution des prix modérée à l'horizon de moyen terme pertinent pour la politique monétaire. Les données économiques récentes vont dans le sens d'une dynamique de fond positive de la reprise, dans un contexte de forte incertitude. Notre analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes restent contenues à moyen terme. Nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d'achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d'inflation sont solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L'ancrage solide des anticipations d'inflation est primordial.
Le Conseil des gouverneurs a également décidé, ce jour, de continuer à conduire les opérations principales de refinancement et les opérations de refinancement exceptionnelles dont la durée correspond à une période de constitution de réserves sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie, aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu'à la fin de la troisième période de constitution de réserves de 2011, le 12 avril 2011.
De plus, le Conseil des gouverneurs a décidé de conduire les opérations de refinancement à plus long terme d'une durée de trois mois dont l'adjudication doit intervenir le 26 janvier, le 23 février et le 30 mars 2011 sous la forme d'appels d'offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servie. Le taux de ces opérations d'une durée de trois mois sera égal à la moyenne des taux des opérations principales de refinancement effectuées sur la durée des opérations de refinancement à plus long terme respectives.
Globalement, l'orientation actuelle de la politique monétaire reste accommodante. Cette orientation, de même que la fourniture de liquidité et les modes d'adjudication, seront ajustés en fonction de la situation, en tenant compte du fait que toutes les mesures non conventionnelles adoptées au cours de la période de vives tensions sur les marchés financiers sont, par construction, de nature temporaire. Le Conseil des gouverneurs continuera donc de suivre très attentivement l'ensemble des évolutions au cours de la période à venir.
Permettez-moi à présent d'expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l'analyse économique. Le PIB en volume de la zone euro a progressé de 0,4 % en rythme trimestriel au troisième trimestre 2010, après une croissance exceptionnelle de 1,0 % au deuxième trimestre. Les données statistiques et les résultats d'enquêtes publiés récemment confirment généralement que la dynamique de fond positive de la reprise dans la zone euro se maintient. Conformément aux anticipations antérieures, le PIB en volume devrait donc encore progresser au quatrième trimestre de l'année. Les exportations de la zone euro devraient continuer de bénéficier de la poursuite de la reprise économique mondiale. En parallèle, la demande intérieure privée devrait contribuer de plus en plus à la croissance, soutenue par l'orientation accommodante de la politique monétaire et les mesures adoptées pour rétablir le bon fonctionnement du système financier. Toutefois, le redressement de l'activité devrait être freiné par le processus d'ajustement des bilans dans différents secteurs.
Ce diagnostic est également conforme aux projections macroéconomiques de décembre 2010 établies par les services de l'Eurosystème pour la zone euro, selon lesquelles la croissance annuelle du PIB en volume devrait se situer entre 1,6 % et 1,8 % en 2010, entre 0,7 % et 2,1 % en 2011 et entre 0,6 % et 2,8 % en 2012. Par rapport aux projections macroéconomiques de septembre 2010 établies par les services de la BCE, la fourchette pour 2010 s'est légèrement resserrée pour se rapprocher de la limite supérieure de la fourchette de septembre, et celle pour 2011 est légèrement plus étroite. Les projections de décembre 2010 établies par les services de l'Eurosystème sont globalement conformes aux prévisions des organisations internationales.
D'après l'évaluation du Conseil des gouverneurs, les risques pesant sur ces perspectives économiques sont orientés à la baisse, dans un contexte d'incertitude toujours forte. Certes, le commerce mondial pourrait continuer à progresser plus rapidement que prévu, soutenant par là même les exportations de la zone euro. Il convient d'ailleurs de souligner que le niveau de confiance des chefs d'entreprise de la zone euro demeure relativement élevé. Cela étant, les risques à la baisse sont liés aux tensions sur certains compartiments des marchés financiers et à leur répercussion potentielle sur l'économie réelle de la zone euro. D'autres risques à la baisse sont liés à de nouvelles hausses des cours du pétrole et des autres matières premières, à des pressions protectionnistes ainsi qu'à la possibilité d'une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.
En ce qui concerne l'évolution des prix, selon l'estimation rapide d'Eurostat, la hausse annuelle de l'IPCH dans la zone euro s'est établie à 1,9 % en novembre, sans changement par rapport à octobre. Au cours des prochains mois, les taux d'inflation oscilleront autour des niveaux actuels avant de fléchir à nouveau dans le courant de l'année prochaine. Ils devraient rester globalement modérés dans la période à venir. Les anticipations d'inflation à moyen et long termes demeurent solidement ancrées à un niveau compatible avec l'objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de décembre 2010 établies par les services de l'Eurosystème pour la zone euro, qui tablent sur une hausse annuelle de l'IPCH comprise entre 1,5 % et 1,7 % pour 2010, entre 1,3 % et 2,3 % pour 2011 et entre 0,7 % et 2,3 % pour 2012. Par rapport aux projections des services de la BCE publiées en septembre, la fourchette pour 2010 est stable, tandis que celle pour 2011 est légèrement plus haute. Les prévisions publiées par les organisations internationales dressent un tableau comparable dans l'ensemble.
Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix sont globalement équilibrés. Les risques à la hausse sont notamment liés à l'évolution des prix de l'énergie et des matières premières hors énergie. En outre, les majorations de la fiscalité indirecte et les relèvements des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l'assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder au cours des prochaines années. Dans le même temps, les prévisions font toujours état de risques limités entourant les évolutions des prix et des coûts internes.
S'agissant de l'analyse monétaire, le rythme d'expansion annuel de M3 est resté globalement inchangé, à 1,0 % en octobre 2010, après 1,1 % en septembre. Le taux de croissance annuel des prêts au secteur privé a augmenté pour s'établir à 1,4 % en octobre, après 1,2 % le mois précédent. La croissance de l'agrégat monétaire large et celle du crédit sont donc restées faibles, confortant le diagnostic d'un rythme d'expansion monétaire sous-jacent modéré et de tensions inflationnistes à moyen terme contenues.
La pente de la courbe des rendements a continué à s'atténuer quelque peu, impliquant une diminution progressive de l'incidence modératrice sur M3 associée aux arbitrages effectués au détriment des actifs monétaires, en faveur d'actifs financiers à plus long terme non compris dans M3. La configuration des taux d'intérêt comporte également un nouveau creusement de l'écart entre les taux d'intérêt appliqués aux dépôts à court terme et ceux rémunérant les dépôts à vue. Par conséquent, le taux de croissance annuel de M1 a encore diminué pour s'établir à 4,9 % en octobre 2010, après 6,2 % en septembre, tandis que celui des autres dépôts à court terme continue à être de moins en moins négatif.
La progression annuelle des prêts bancaires au secteur privé continue de masquer une croissance positive des prêts aux ménages, ressortie à 2,9 % en octobre après 2,8 % en septembre, et le maintien d'une croissance négative des prêts aux sociétés non financières, à - 0,6 % en octobre, sans changement par rapport à septembre. Après correction de l'incidence de la sortie des prêts des bilans des banques, la croissance des prêts aux sociétés non financières a continué de se renforcer, confirmant de nouveau qu'un point de retournement a été atteint courant 2010.
Au cours des derniers mois, les banques ont généralement stabilisé la taille de leurs bilans tout en renforçant l'octroi de crédits au secteur privé. Toutefois, le défi reste pour elles de faciliter l'accès à ces crédits lorsque la demande se raffermira. Pour relever ce défi, elles doivent, le cas échéant, mettre leurs bénéfices en réserve, se tourner vers le marché pour continuer de renforcer leur assise en fonds propres ou utiliser pleinement les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de la recapitalisation.
En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Par conséquent, nous avons décidé de les laisser inchangés. Au vu de l'ensemble des informations et analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 4 novembre 2010, nous continuons de nous attendre à une évolution des prix modérée à l'horizon de moyen terme pertinent pour la politique monétaire. Les données économiques récentes vont dans le sens d'une dynamique de fond positive de la reprise, dans un contexte de forte incertitude. Le recoupement des conclusions de notre analyse économique avec celles de l'analyse monétaire confirme que les tensions inflationnistes demeurent contenues à moyen terme. Nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d'achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d'inflation sont solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme. L'ancrage solide des anticipations d'inflation est primordial.
En ce qui concerne les politiques budgétaires, si les évolutions budgétaires sont plus favorables que prévu pour certains pays de la zone euro, dans d'autres, la situation non soutenable des finances publiques et la vulnérabilité à des réactions négatives des marchés continuent de susciter de vives inquiétudes, et ont eu des répercussions dans l'ensemble de la zone. Dans ce contexte, il est très clairement nécessaire que les autorités responsables renforcent la confiance dans la solidité des finances publiques, réduisant ainsi les primes de risque intégrées dans les taux d'intérêt et favorisant une croissance soutenable à moyen terme. Dans le même temps, tous les pays de la zone euro devraient mener des programmes d'assainissement pluriannuels ambitieux et crédibles et mettre pleinement en œuvre les mesures d'assainissement prévues, axées sur le volet dépenses. Dans leurs budgets 2011, les pays doivent définir de façon détaillée les mesures d'ajustement budgétaire indispensables, tout en se tenant prêts à corriger tout dérapage par rapport aux objectifs annoncés.
Des réformes structurelles ambitieuses et de grande ampleur doivent être mises en œuvre rapidement pour améliorer les perspectives d'une croissance durablement plus forte. Des réformes importantes s'imposent tout particulièrement dans les pays qui ont subi une perte de compétitivité ou qui sont actuellement en proie à des déficits budgétaires et extérieurs élevés. La suppression des rigidités du marché du travail favoriserait le processus d'ajustement de ces économies. Une concurrence accrue sur les marchés de produits, notamment dans les services, faciliterait également la restructuration de l'économie et encouragerait l'innovation et l'adoption des nouvelles technologies. Ces mesures sont essentielles pour renforcer la croissance de la productivité, qui est l'un des principaux déterminants de la croissance à long terme. Toutes ces réformes structurelles doivent être soutenues par une restructuration appropriée du secteur bancaire. Des bilans sains, une gestion efficace des risques et des modèles d'activité transparents et robustes restent essentiels pour renforcer la capacité de résistance des banques aux chocs, assurer un accès suffisant au financement et mettre ainsi en place les fondements propres à assurer durablement la croissance économique et la stabilité financière.
Enfin, permettez-moi de rappeler que le Conseil des gouverneurs accueille favorablement le programme d'ajustement économique et financier qui a été approuvé par le gouvernement irlandais après l'issue positive des négociations avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE, et avec le Fonds monétaire international. Le programme contient les éléments nécessaires pour permettre une stabilisation durable de l'économie irlandaise. Il aborde avec détermination les causes économiques et financières à l'origine des inquiétudes actuelles des marchés et contribuera ainsi à restaurer la confiance et à sauvegarder la stabilité financière dans la zone euro. Le Conseil des gouverneurs se félicite de l'engagement des autorités publiques irlandaises à prendre toutes les mesures supplémentaires qui pourraient s'avérer nécessaires pour réaliser les objectifs du programme.
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